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Groupe de Réflexion sur lObésité et le Surpoids
Association selon la loi de 1901 |
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60 millions de consommateurs |
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| Hors Série 60 millions de consommateurs, Institut National de la Consommation, N°97, août-septembre 2000 | ||||||||||||
| Dr Jean-Philippe Zermati. Comportement alimentaire: la nouvelle approche des nutritionnistes Dr Jean-Philippe Zermati. Stress et alimentation: le trouble du réconfort Dr Gérard Apfeldorfer. Comment perdre quelques kilos et ne pas les reprendre Dr Gérard Apfeldorfer. Pourquoi veut-on maigrir à tout prix |
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Comportement alimentaire: la nouvelle approche des nutritionnistes, par le docteur Jean-Philippe ZERMATI, médecin nutritionniste
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Article paru dans le Hors Série 60 millions de consommateurs, Institut National de la Consommation, N°97, Juillet-août-septembre 2000, pages 58-70
Mis sur le net avec l'aimable autorisation de 60 millions de consommateurs
(L'article ci-dessous est l'article original de l'auteur, avant corrections du journal. A vos loupes pour traquer les différences!)
UN MODELE BIOPSYCHOSENSORIEL DE LOBESITE ET DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE
De nouvelles perspectives sont récemment apparues dans la prise en charge de lobésité et des troubles des conduites alimentaires. Depuis 30 ans, les connaissances dans les domaines de la neurophysiologie et la neuropsychologie se sont considérablement enrichies. Elles nous ont apporté à la fois une nouvelle compréhension de cette maladie ainsi que de nouveaux espoirs dans le traitement dun problème qui se caractérise par la mise en échec de la plupart des techniques actuelles, quelles soient diététiques, psychologiques ou pharmacologiques.
Il est possible à partir de ces connaissances récentes denvisager lobésité comme le résultat dun Trouble de la Régulation des Apports Caloriques, un TRAC. Dans lequel un individu serait devenu incapable dadapter sa consommation alimentaire à sa dépense énergétique. Car nous savons, aujourdhui, que les apports alimentaires sont régulés tant sur un plan quantitatif que qualitatif, dune manière extrêmement précise. Le développement de ces nouvelles disciplines nous permet denvisager lobésité suivant un modèle bio-psycho-sensoriel que nous allons exposer dans cet article. Le terme bio-psycho-sensoriel utilisé ici signifie simplement que le modèle explicatif de lobésité que nous allons décrire intègre les dimensions biologiques, psychologiques et sensorielles du comportement alimentaire. Il sappuie essentiellement sur les processus de régulation du poids qui permettent à lindividu en bonne santé de maintenir son poids déquilibre.
I. Les apports caloriques sont régulés
Imaginons une personne dont lorganisme dépenserait en moyenne 2 500 calories par jour et dont le poids serait stable. Que pourrait-on déduire de ses apports alimentaires ? Pour la totalité des nutritionnistes et des scientifiques, il va de soi que les apports caloriques de cette personne se situent à un niveau strictement égal à celui de ses dépenses et quelle consomme donc 2 500 calories en moyenne chaque jour. Il est, en effet, aujourdhui parfaitement admis par lensemble de la communauté médicale, sans plus aucune contestation, que la prise de poids, et lobésité, résulte dun déséquilibre de la balance énergétique. Dune manière ou dune autre, la personne qui consomme plus de calories quelle ne peut en dépenser, accumule un surpoids qui se constitue sous forme de graisses. Et ceci, quelle que soit la nature des calories consommées en excès, protéines, glucides ou lipides. Tout excès ayant la fâcheuse conséquence de toujours entraîner une augmentation des réserves adipeuses.
Ainsi, comme la montré un nutritionniste malicieux, si cette personne se trompe et augmente seulement de 1 % sa consommation calorique, soit 25 calories de plus tous les jours, son poids augmentera de 9 kg en 10 ans ! Pour réaliser linsignifiance de ce petit écart, rappelons que 25 calories ne représentent quun malheureux carré de sucre dans le petit noir du matin ou 100 g de haricots verts. Or nous connaissons tous des personnes qui nont pas pris 9 kg de graisses tous les 10 ans. Si, pendant toutes ces années, ces individus sont parvenus à maintenir leur poids, nous pouvons logiquement en déduire quils nont donc pas commis cette minuscule erreur. Comment diable ont-ils bien pu sy prendre ? Comment ont-ils réussi toute leur vie durant à ne jamais se tromper de même 25 calories, un simple petit sucre tous les jours ?

Ces personnes connaissent-elles le niveau de leurs dépenses énergétiques ? Sûrement pas, il nexiste aucun moyen simple de le mesurer. Seules quelques machines existent en Europe. Se pourrait-il alors quelles connaissent le niveau de leurs apports alimentaires ? Sûrement pas, non plus. Pour y parvenir, il faudrait que ces personnes disposent en permanence dune balance pour peser au gramme près tous leurs aliments. Une petite erreur sur un gramme dhuile dans lassaisonnement dune salade modifierait déjà le calcul de 9 calories. Ensuite, il faudrait quelles puissent également disposer dune table de composition des aliments parfaite de précision. Mais encore faudra-t-il quelles interrogent leurs amis, les restaurateurs, leurs commerçants... sur la composition exacte des plats quon leur propose. Sur ce point encore, comment savoir si la composition de la tranche de jambon que leur a vendues le charcutier correspond bien à celle dont on parle dans les tables. En 1998, les agriculteurs annonçaient que la récolte de mirabelles était 15 % plus sucrée que celle des années précédentes. Tout cela ne peut, bien entendu, jamais figurer dans les tables de composition des aliments. Il faut donc bien admettre quil ne sera jamais possible à personne de connaître à 1 % près le niveau énergétique de ses apports caloriques.
Alors ? Comment font-ils ? Ils ne savent ni ce quils dépensent ni ce quils consomment et pourtant ils ajustent, en moyenne et sans jamais se tromper, leur consommation alimentaire à leurs dépenses énergétiques. Quel est donc ce mystérieux secret ?
Eh bien, cest tout simplement quils se laissent guider par leurs sensations alimentaires. Les seules informations dont ces personnes disposent ne sont rien dautre que la connaissance de leur faim et de leur satiété. " Ai-je faim et ai-je assez mangé ? " Rien dautre. Grâce à quoi elles savent toujours quelles quantités de nourriture leur sont nécessaires.

Les sensations alimentaires expriment, en effet, dune manière extrêmement précise les besoins de lorganisme. Par exemple, quand le corps se trouve en panne de carburant, cette dernière entraîne une hypoglycémie. Celle-ci sexprime par une sensation de faim. Lindividu se met alors en quête de nourriture. En mangeant, il corrige lhypoglycémie et reconstitue de manière parfaitement adéquate ses réserves de nutriments.
Cependant ce ne sont pas les signaux émis par lorganisme qui nous font agir mais les signaux tels que nous les percevons. Ainsi nous avons vu que la vraie faim correspondait à une hypoglycémie. Mais, en réalité, il existe quantité de phénomènes que nous pouvons interpréter comme de la faim. Nous pouvons, par exemple, la confondre avec une simple envie, avec la fatigue, avec lanxiété, la colère ou toute autre émotion. Toutes choses qui nous feront manger et que nous confondrons avec la faim. Dès lors si les signaux que nous percevons ne correspondent plus aux signaux qui ont réellement été émis par lorganisme, ladéquation entre la consommation alimentaire et la dépense énergétique ne peut plus seffectuer et la stabilité pondérale nest plus garantie. Lindividu peut alors tout aussi bien grossir ou maigrir.
Ainsi se dessine sous nos yeux un nouveau modèle de lobésité. Lobésité ne serait alors plus liée à des apports trop riches en ceci ou cela, à la sédentarité, à la destructuration des repas, à la télévision, à labsence de petit déjeuner... Mais tout simplement à des apports excessifs par rapport aux dépenses énergétiques. Lindividu obèse serait tout simplement devenu incapable dévaluer ses besoins et dajuster de manière adéquate sa consommation alimentaire à ses besoins physiologiques, plus simplement à sa dépense énergétique. Dans ce modèle, lobésité serait donc la conséquence dun Trouble de la Régulation des Apports Caloriques, un TRAC, qui entraînerait une surconsommation calorique et donc un surpoids.
Lutilisation du modèle bio-psycho-sensoriel ouvre des perspectives entièrement nouvelles dans la compréhension et le traitement de lobésité. En sappuyant sur la correction de ces TRAC, il permet de concevoir une approche thérapeutique radicalement différente de la conception diététique classique.
La génétique propose
Si lon imagine que les sensations alimentaires renseignent lindividu sur ses besoins physiologiques, on peut donc supposer quen se laissant guider par elles, le sujet atteindra un poids que lon pourrait considérer comme son poids déquilibre. Les nutritionnistes le désignent également sous les termes de set-point ou valeur de consigne. Il pourrait se définir comme le poids que maintiendrait un individu qui consommerait une quantité de calories correspondant strictement à sa dépense énergétique. Il est bien entendu que ce poids déquilibre serait lui-même lexpression de facteurs génétiques personnels. Ainsi certaines personnes seraient génétiquement déterminées pour avoir une faible ou une forte corpulence. Par exemple, les individus présentant une maigreur constitutionnelle possèdent un organisme très dispendieux et sont souvent obligés de consommer de grandes quantités de nourriture pour maintenir un poids inférieur aux normes médicales (BMI < 20). À lopposé, dautres individus possèdent un organisme très économe et peuvent se contenter de faibles quantités de nourritures pour maintenir un poids normal (BMI compris entre 20 et 25) ou même supérieur aux normes médicales généralement admises (BMI > 25). Les généticiens pensent aujourdhui que certaines personnes sont génétiquement déterminées pour être obèses. Malheureusement, nous devons le reconnaître, à lheure actuelle, la médecine ne sait toujours pas résoudre le problème de ces personnes.
Nous devons donc considérer que ce poids déquilibre peut être sensiblement différent du poids médicalement souhaitable. Il faut cependant rappeler que les normes médicales sont définies de manière statistique et quelles nimpliquent pas obligatoirement un risque à un niveau individuel. Si, à léchelle dune population, un BMI supérieur à 25 expose statistiquement à un risque de maladie, rien ne permet daffirmer quun individu en particulier, dont le BMI serait de 27, rencontre à coup sûr un problème de santé. Ce qui est vrai pour une population ne lest plus à léchelle dun individu.
Naturellement ce poids de consigne ne sera pas non plus obligatoirement le poids que la personne considérera comme son poids idéal, il faut dire quil est souvent si bas ! Il peut, bien entendu, se situer au-dessus, voire très au-dessus, du poids socialement et esthétiquement idéal. Mais il en est ainsi des autres caractéristiques morphologiques pour lesquelles nous avons moins la possibilité de nous maltraiter. Il ne viendrait à personne lidée de sagrandir en pratiquant des allongements forcés pour rejoindre la taille des top models.
Dès lors que sintroduirait un TRAC dans léquation énergétique, lindividu, soumis à une surconsommation alimentaire, sexposerait à prendre du poids. Le processus nest pourtant pas inéluctable dans la mesure où il existe des mécanismes dadaptation qui permettent à lorganisme de faire face pendant un certain temps à une augmentation même importante des apports caloriques. Dans une célèbre expérience, on a obligé pendant plusieurs semaines des volontaires à manger 1000 calories de plus que leur ration habituelle. Certains ont grossi, mais dautres ont réussi à maintenir leur poids. On sait aujourdhui quils y parviennent grâce à lefficacité de leurs processus dadaptation physiques et métaboliques. Les chercheurs ont découvert que ces sujets brûlaient ce surcroît de calories en augmentant leur activité physique " inconsciente ". Ce que les chercheurs ont nommé le " gigotage ". En multipliant les petits gestes de la vie quotidienne, les sujets augmentent à leur insu leurs dépenses énergétiques et brûlent les calories excédentaires. Il ne fait pas de doute quen maintenant cette contrainte pendant plusieurs mois ou années, tous auraient fini par grossir, tout simplement par usure de leurs capacités adaptatives. Nous savons que ces compétences métaboliques ne sont pas également distribuées chez tous les individus. Chez certains elles sont très faibles, voire inexistantes, les exposant à prendre facilement du poids lorsquils consomment de la nourriture en excès. Mais nous verrons quil existe encore dautres moyens de régulation.
Il semble donc que le poids dun individu soit génétiquement déterminé mais quil lui soit cependant possible de sen écarter en forçant son set-point. Néanmoins quand le poids sabaisse ou sélève, lorganisme agirait spontanément en mettant en action des mécanismes de défense destinés à ramener le poids à sa valeur d équilibre. Un peu comme un élastique sur lequel on tirerait et qui reprendrait dès quil le pourrait sa position de repos. Cest ainsi quen dessous de la valeur de consigne, la faim augmenterait pour inciter le mangeur à augmenter ses apports énergétiques et reprendre du poids. Au-dessus, la faim au contraire diminuerait incitant par là même le mangeur à réduire ses apports énergétiques afin de reperdre du poids.
Cependant, dans lobésité, puisque le sujet prend du poids, cest sans doute que les choses ne se sont pas passées ainsi. Nous verrons plus loin comment le mangeur devient incapable de percevoir correctement les signaux quil reçoit ou, quand il les reçoit, de parvenir à en tenir compte. Dautre part, plusieurs observations laissent aujourdhui penser quavec la pratique répétée des régimes entraînant au cours de la vie de nombreuses fluctuations pondérales le niveau du poids déquilibre sélève. Et rend de plus en plus difficile la possibilité dun retour en arrière. Cest ce qui a été décrit sous lappellation du syndrome yoyo. Il semble également, dans les cas dobésité ancienne, que le niveau du poids déquilibre soit capable de sélever avec le temps. La personne, tout en mangeant une quantité de nourriture équivalente à ses dépenses, maintient un nouveau poids supérieur à celui des années précédentes.
II. Les sensations alimentaires régulent les apports alimentaires.
A - Le modèle est biologique
Les sensations alimentaires résultent elles-mêmes des différents systèmes de régulation présents dans lorganisme et faisant intervenir des neuromédiateurs tels que la leptine, la sérotonine, le CPK, le NPY... habituellement impliqués dans la gestion de létat énergétique de lorganisme. Cest ainsi que les chercheurs ont récemment mis en évidence un gène, ce fameux " gène de lobésité ", qui permet la synthèse de la leptine. Il sagit dune substance jouant un rôle déterminant dans la satiété. Lindividu qui en est privé ne parvient pas à se rassasier, mange de grandes quantités de nourritures et devient obèse. Il sagit cependant dune anomalie exceptionnelle qui ne permet pas dexpliquer la fréquence de cette maladie. Tous ces neuromédiateurs jouent le rôle dindicateurs renseignant lorganisme sur létat de ses besoins, à la fois sur un plan quantitatif et qualitatif. Ils lui permettent de savoir à chaque instant de quels nutriments il a besoin et en quelles quantités. Et ainsi de maintenir son poids autour dune valeur déquilibre et de satisfaire ses besoins dans les différents nutriments qui lui sont nécessaires. Cependant lindividu na naturellement pas accès aux concentrations de ces différents neuromédiateurs et na donc pas directement accès aux indications quils apportent. Il lui faut pour cela disposer dune interface qui sadressera à lui dans un langage compréhensible. Un peu comme linterface graphique dun ordinateur qui permet à lutilisateur de déchiffrer les calculs de son microprocesseur. Pour le mangeur, linterface qui lui permet davoir accès à ses besoins est constituée par les sensations alimentaires : la faim, lalliesthésie négative et le rassasiement sensoriel spécifique. Ce sont elles qui le guident dans le choix de ses aliments et la gestion de leur quantité.
B - Le modèle est sensoriel.
La satisfaction quantitative et qualitative des besoins est conditionnée par trois mécanismes sappuyant sur les sensations alimentaires.
1 - La fréquence des repas.
On commence généralement à manger, mais pas toujours, quand la faim, parfois lenvie, se font sentir. La faim est une sensation se manifestant par une gêne, un " creux " au niveau de lestomac, voire une sensation douloureuse et pouvant saccompagner dune impression de faiblesse ou même de malaise général. Ce cortège de manifestations incite le mangeur à se mettre en quête de nourriture dautant plus rapidement quelles sont intenses. " Avoir lestomac dans les talons " illustre parfaitement bien la fébrilité de cette recherche. Cependant contrairement à ce que pensent beaucoup, la faim ne donne pas dinformations sur la quantité de nourriture que nous allons devoir ingérer mais seulement sur le délai quil nous est possible de tolérer avant de manger. Un individu qui a très faim se doit de manger dans un bref délai. Alors que celui qui a peu faim est encore capable dattendre avant de manger. Avoir très faim ne signifie donc pas que nous devons manger beaucoup.
La faim apparaît quand les cellules du cerveau commencent à manquer de glucose. Elle se manifeste quand les aliments du repas précédent finissent dêtre digérés et signale la nécessité de satisfaire un besoin global de nutriments énergétiques. Lhomme affamé ne fait pas le difficile. Il a faim et pourrait manger " nimporte quoi ". Voilà dailleurs ce qui distingue la faim de lappétit. Lappétit, lui, est sélectif. Il ne se satisfait que de ce qui calme une envie spécifique. Celui qui a envie dune glace au citron nacceptera pas quon lui propose à la place une bavette aux échalotes. Cette dernière aurait sans nul doute pu calmer sa faim mais assurément pas son appétit.
La fréquence des repas, quant à elle, est avant tout déterminée par des contraintes sociales. Le mangeur apprend à régler la taille de ses repas pour avoir faim à des heures socialement acceptables. Il sait, avec une assez bonne précision et par un apprentissage inconscient, quelle quantité de nourriture il lui faut prendre au petit-déjeuner pour ne pas avoir faim avant le déjeuner. Et quelle quantité de nourriture il lui faut prendre au déjeuner pour ne pas voir faim avant le dîner. Cest donc seulement par apprentissage puis un conditionnement que les mangeurs dun même groupe social apprennent à voir faim à la même heure.
2. La taille des repas.
La faim nous dit que nous devons commencer à manger mais il nous faut également posséder un moyen de savoir quand nous arrêter de manger. Alors équipés de ces deux informations, un signal de début et un signal de fin, nous sommes capables de régler les quantités daliments que nous ingérons. Nous disposons pour y parvenir de plusieurs systèmes qui nous incitent à interrompre nos repas. Les deux premiers sont sensoriels, le dernier est mécanique.
Les deux systèmes sensoriels. La disparition du plaisir gustatif entraîne larrêt de la consommation de laliment et résulte de la combinaison de deux processus : lalliesthésie alimentaire négative et le rassasiement sensoriel spécifique. Le cerveau, grâce à toutes les informations produites par la stimulation de nos sens, identifie laliment. Si ce dernier est connu, sa composition aura été apprise et mémorisée lors dexpériences précédentes. Le cerveau peut alors, dans son langage, nous faire savoir quelle quantité il faut en consommer pour satisfaire nos besoins. Il nous le dit par la décroissance du plaisir gustatif que nous éprouvons à sa consommation. Tant quil y a du plaisir gustatif, il faut continuer à remplir les réservoirs. Quand le plaisir gustatif a disparu, les réservoirs sont pleins, il faut sarrêter. Aller au-delà de lextinction du plaisir gustatif, cest manger plus que ses besoins et donc manger trop et prendre du poids. Cest donc la modulation du plaisir qui guidera lindividu dans lajustement des quantités qui lui sont nécessaires. Cependant, pour traiter les informations quil reçoit et nous faire connaître ses conclusions le cerveau a besoin dun certain délai. Lalliesthésie alimentaire négative est un phénomène lent qui prend une vingtaine de minutes avant de se mettre en place, il est donc souvent peu utile au cours du repas. En revanche, le rassasiement sensoriel spécifique se met en route très rapidement après seulement quelques secondes et nous permet donc de moduler nos consommations même lors de repas très courts. Il est donc faux de dire quil est nécessaire dattendre 20 minutes avant de savoir si lon est rassasié. Et, heureusement dailleurs, car en France la durée moyenne dun repas est de 17 minutes. Nous serions tous sortis de table avant même de savoir si nous avons assez mangé !
Ce processus dynamique de diminution du plaisir correspond au phénomène de rassasiement. Tandis que lextinction du plaisir correspond à létat de satiété.
Le système mécanique. Ce dernier est représenté par la distension gastrique. Le volume des aliments distend les parois de lestomac et entraîne une sensation confortable de plénitude. Au-delà, la poursuite du repas deviendrait pénible. Une sensation désagréable de lourdeur semparerait de nous et pourrait même se transformer en douleur. On voit que ce mécanisme est très rudimentaire et peu précis. Il intervient souvent trop tard alors que les besoins sont déjà comblés. De plus, sil savère utile pour des aliments à faible densité calorique, tels que les légumes, il ne présente cependant plus aucun intérêt pour des aliments à forte densité calorique, tels que le foie gras ou le chocolat.
Ces trois systèmes vont permettre à lindividu de maintenir léquilibre de sa balance énergétique en consommant une quantité de nourriture correspondant strictement à sa dépense énergétique et ceci quelles que soient les variations de cette dernière. Cette compétence physiologique a été démontrée aussi bien chez lanimal que chez lhumain. Quand on diminue par 2 la densité des boulettes de nourriture habituellement distribuées au rat de laboratoire, ce dernier, après quelques apprentissages, réagit en multipliant par 2 sa quantité de nourriture, de façon à maintenir une quantité de calories appropriée à la couverture de ses besoins énergétiques. Les premières expériences sur lhumain sont plus récentes et ont été conduites par Birch et Deysher, en 1985, sur des enfants de 3 à 5 ans. On donne avant un repas une crème dessert soit très calorique aromatisée à labricot, soit une crème dessert peu calorique aromatisée à la fraise. On voit que les enfants réduisent leur repas après la crème à labricot et mangent plus après la crème à la fraise. Dans les deux groupes, la somme calorique de la crème dessert et du repas restant à peu près identique. Puis après 6 jours, on inverse les saveurs : la crème à labricot devient peu calorique et la crème à la fraise très calorique. Après quelques essais, qui leur permettent danalyser inconsciemment la nouvelle valeur énergétique des crèmes dessert, les enfants modifient la taille de leur repas et se mettent à manger moins après la crème à la fraise et plus après la crème à labricot. Ils ont adapté leur consommation afin de maintenir un apport calorique correspondant à leurs besoins. Si les animaux et les enfants paraissent être de très bons régulateurs, les psychologues Herman et Polivy ont bien montré, quà lopposé, les personnes qui restreignaient leur alimentation pour sempêcher de grossir, devenaient, elles, de très mauvais régulateurs ne sachant plus adapter la taille de leurs repas à létat de leurs besoins. Lestimation des justes quantités devenant pour elles de plus en plus imprécise et sopposant à une bonne régulation pondérale.
3. Le choix des aliments.
Une fois la faim déclarée, il faut décider de ce que lon va manger et satisfaire ainsi ses appétits : que vais-je manger ? quel plat me ferait plaisir ? Cest en effet le plaisir gustatif qui va guider le mangeur dans son choix. Il se dirigera vers le plat qui lui procurera le plus grand plaisir gustatif et qui correspondra sans quil sen rende compte à celui qui comblera le mieux les besoins de son corps. Sans quil le sache, à cet instant, ce quil désire le plus cest précisément laliment que son corps lui réclame. Son désir et son plaisir prochain seront dautant plus intenses que son besoin sera important. À linverse, sil vient de faire une cure de spaghettis, il est probable que tout aliment riche en sucres lents néveillera que très faiblement son désir et quil éprouvera peu de plaisir à en manger.
Habituellement, dès quil commence à manger, le sujet ressent du plaisir. À la fois parce quil soulage sa sensation désagréable de faim et parce que le plat quil a choisi stimule agréablement ses papilles. Puis, au fil de sa consommation, le plaisir gustatif décroît jusquà disparaître. Cest alors quil décide de choisir un second plat qui a son tour lui procurera un grand plaisir gustatif car il correspondra à la satisfaction dun besoin différent. Une fois ce besoin satisfait, le plaisir, encore une fois, séteindra. Quand le mangeur aura satisfait lensemble de ses appétits, et donc de ses besoins, il aura atteint létat de satiété, létat de non-faim. Sil se force à poursuivre, il peut même ressentir une gêne digestive voire des douleurs et des nausées. Il faut enfin souligner que lexistence de ces appétits spécifiques est en parfaite adéquation avec notre statut domnivore qui nous impose de diversifier notre alimentation.
En fonction de ses besoins, lorganisme va donc apprendre à sélectionner des aliments. Et de même façon que les apports alimentaires sont régulés sur le plan quantitatif, ils le seront également, là encore grâce aux sensations alimentaires, sur le plan qualitatif. À ce titre, certaines expériences menées sur les animaux sont tout à fait édifiantes.
Si lon soumet des rats à un régime carencé en protéines, spontanément, par la suite, quand ils auront le choix, ils se dirigeront vers des aliments leur apportant des protéines. La même expérience peut être répétée en infligeant des carences beaucoup plus spécifiques en un acide aminé, une vitamine ou un sel minéral. Lanimal prend du plaisir et trouve bon les aliments qui lui apportent le nutriment qui lui fait défaut. Chose importante, son goût pour cet aliment persistera bien au-delà de la réparation de cette carence. On a ainsi créé durablement une préférence alimentaire. Il a même été possible, grâce à des protocoles de conditionnement, de transformer des aversions en préférences. Par exemple, les animaux détestent tous leau acide et préfèrent naturellement leau pure. Après consommation dun régime carencé en zinc, ils finissent tous par préférer leau acide si celle-ci leur apporte le zinc qui leur manque. De la même manière, chez lhomme qui présente une insuffisance surrénale, on constate une attirance étonnante pour la réglisse. Ce produit contient des substances qui corrigent les troubles dont souffrent ces personnes. Celles-ci ressentent alors un grand plaisir à consommer des aliments pour lesquels elles pouvaient navoir jusqualors quindifférence. Soudainement, la réglisse deviendra pour eux un aliment recherché et qui aura " bon goût ". De même, au cours dun régime hypoglucidique, pouvons-nous décider de nous priver pendant plusieurs semaines de manger des féculents. Si soudainement on nous présente un délicieux plat de pâtes, à sa simple vue nous éprouverons un plaisir intense. Et nous en consommerons aussi longtemps que ce plaisir sera ressenti. Par ce message, le cerveau nous fait savoir que notre organisme est en état de manque et que nous devons reconstituer les stocks de glucides épuisés.
À lopposé, il est aussi possible dinverser une préférence si la consommation de laliment napporte plus ce que lon en attend. Ainsi, chez les animaux, le goût inné pour le sucré ne se maintient que sil correspond à un apport dénergie. En remplaçant le sucre par de la saccharine, on assiste progressivement à une extinction du goût pour le sucré. Lanimal finit par se désintéresser de ce type daliments sil apprend quil ne lui permet plus de satisfaire ses besoins.
4. Cest le goût qui permet la régulation.
Bien évidemment, un aliment ne se caractérise pas pour nous par sa composition nutritionnelle. Nous sommes bien incapables den connaître sa composition précise. En revanche, il possède un goût. Il faut naturellement entendre ce terme dans son acceptation la plus large, faisant intervenir la totalité des sens qui permettront son identification ainsi que la valeur affective et symbolique que nous lui affectons. La vue nous renseigne sur son aspect, laudition et les récepteurs mécaniques sur sa consistance, les récepteurs gustatifs sur sa saveur, les récepteurs olfactifs sur son odeur, les récepteurs thermiques sur sa température,... Au bout du compte, nous sommes capables den dresser une véritable image sensorielle. La tomate, par exemple, devient un aliment rouge et rond, craquant à lextérieur, mou à lintérieur, comportant de petites particules plus dures, discrètement sucré, etc. Chaque aliment possède ainsi une sorte de carte didentité sur laquelle sont consignés tous les effets quil produit à nos sens. Mais pour notre cerveau, chaque image sensorielle est associée à une autre image, biologique cette fois. Grâce à tous les sens, stimulés par la présence de laliment, le cerveau peut le reconnaître et lassocier à sa composition nutritionnelle. Celle-ci a été apprise lors des ingestions précédentes. Lorganisme possède une mémoire dans laquelle il a enregistré quun aliment rouge, rond, discrètement sucré, craquant à lextérieur, mou à lintérieur, et comprenant des petites particules dures, apporte beaucoup deau, de petites quantités de glucides, de vitamines et de minéraux. Inconsciemment, nous connaissons la composition exacte de cet aliment. Nous lavons expérimenté au cours des ingestions précédantes et mémorisé à la manière dune table de composition des aliments. Bref, nous avons appris et sommes désormais capables de lidentifier et savoir inconsciemment ce quil contient. Grâce à cela, nous serons aussi capables de savoir combien il nous faut en manger.
III - Les troubles de la régulation des apports caloriques : les TRAC
Cependant cette régulation très efficace des apports alimentaires est remarquablement fragile et influençable par de nombreux " agents dérégulateurs " qui auront pour conséquence dentraîner un Trouble de la Régulation des Apports Caloriques, un TRAC. Cette régulation semble finalement très opérationnelle chez lanimal et les jeunes enfants, mais paraît se détériorer chez certains adultes qui deviendraient ainsi de " mauvais régulateurs ". Ces derniers, sous lemprise des agents dérégulateurs, seraient devenus incapables de percevoir correctement leurs sensations alimentaires ou ne seraient plus en mesure den tenir compte. Sexerçant sur un terrain génétiquement prédisposé, laugmentation des apports caloriques qui en résulte entraînerait alors une augmentation de la masse grasse et éventuellement un surpoids ou même une obésité.
La cause de ces TRAC pourrait avoir différentes origines :
IV - LA RESTRICTION COGNITIVE.
Cet état présente trois caractéristiques qui pourraient sinstaller successivement dans le temps.
A - Les croyances remplacent les sensations alimentaires.
Dans un premier temps, le sujet en difficulté avec son poids, cesse de sen remettre à ses sensations alimentaires (faim, rassasiement, satiété) et confie, en quelques sortes, la direction de son comportement alimentaire à des processus mentaux, des croyances alimentaires. À ce stade, les sensations alimentaires sont correctement perçues, mais elles ne sont plus prises en compte. Le sujet mange en tenant compte de ce quil pense, sen remettant ainsi à des indications extérieures à lui-même, au détriment de ses sensations qui expriment ses propres signaux internes. Les croyances les plus habituelles concernent la fréquence et la répartition des repas ainsi que celles obligeant ou interdisant la consommation de certains aliments, dans la perspective de perdre du poids.
Ces idées qui font grossir.
Je dois faire trois repas par jour et ne pas manger entre les repas. Il est vrai quil est difficile pour le mangeur moderne déchapper à cette croyance tant elle est rebattue par la presse et les nutritionnistes. Pourtant, chose étrange, plus aucun scientifique naccorde aujourdhui dimportance à la fréquence des repas dans le problème du poids. Les historiens savent très bien que les trois repas sont une invention récente qui nexiste que depuis le début de ce siècle. Pour lhistorien J.L Flandrin : " les textes antérieurs au XIXe siècle, nous parlent tantôt de quatre repas quotidiens, tantôt de deux, voire même dun seul vrai repas, mais rarement de trois ". Le fait remarquable de notre époque est donc quelle semble bien avoir imposé une norme unique, celle des trois repas du matin, de midi et du soir, à la place de la grande diversité des pratiques qui prévalait jusque-là. Les sociologues, qui étudient le comportement alimentaire des français aujourdhui, savent que très peu de personnes ne mangent que trois fois par jour, seulement 17 à 20 % de la population. La plupart font quatre, cinq, six prises alimentaires dans la journée. Par conséquent, ils sinterrogent souvent sur la nécessité dobliger 80 % des français à manger comme les seuls 20 % qui seraient jugés diététiquement corrects. Enfin, les physiologistes ont étudié le rôle du fractionnement des repas sur la perte de poids. Ils ont pour cela observé, chez des volontaires obèses, la différence entre des régimes de niveau calorique équivalent, répartis d'un jusqu'à dix-sept repas par jour. Ils nont constaté aucune influence du nombre de repas sur la perte de poids. La plupart des arguments qui imposeraient lobligation de manger même en labsence de faim repose sur lidée étonnante que le corps se venge sil est privé. Ce qui aboutit à létrange comportement de manger parfois sans faim pour éviter de manger en ayant faim ! Il nest pas rare de rencontrer des patients qui, pour respecter cette croyance, sobligent à prendre sans faim un copieux petit déjeuner alors quils ont fait la veille un dîner de fêtes. Ils décident délibérément de passer outre les signaux qui leur indiquent quils ne devraient pas manger. Dans tous les cas, retenons quil est tout fait possible de maigrir en répartissant son alimentation sur deux, quatre, cinq ou six prises alimentaires par jour. Cest-à-dire en ne prenant pas de petit déjeuner ou en sajoutant des collations.
Je dois faire un gros petit déjeuner et alléger mon repas du soir. On nous dit bien souvent quil est plus facile de maigrir en mangeant davantage au déjeuner quau dîner. Certaines recherches semblent dailleurs bien le confirmer. Ainsi, les enfants obèses mangent moins le matin et davantage laprès-midi et en soirée, que les enfants minces. Ces études statistiques qui établissent une relation entre un comportement et une maladie naffirment pas, en revanche, quil existe là un lien de causalité. Rien ne dit, en effet, que ces enfants sont obèses parce quils ne mangent pas le matin. Peut-être, nont-ils tout simplement pas faim parce quils mangent trop le soir. Dans ce cas, les obliger à prendre un petit-déjeuner reviendrait simplement à leur demander de manger encore plus. Malheureusement, ce type détudes a conduit certains spécialistes à vouloir imposer à tous la prise dun petit-déjeuner consistant et dun dîner léger. Linconvénient de cette nouvelle mesure que lon souhaiterait nous imposer, est quelle va à lencontre de toute la vie sociale de nos contemporains. De nos jours, le déjeuner devient le plus souvent un repas " fonctionnel ", il est pris rapidement, parfois seul, parfois dans le stress et se prolonge par un après-midi de travail. Pas question donc dêtre alourdi et de dépenser son énergie à digérer. Quant au dîner, il reste souvent le seul repas familial de la journée, il correspond aussi à un moment de détente et de décompression après la journée de travail. La famille se retrouve et apprécie de partager ce moment et ce repas.
Par ailleurs, deux études récentes apportent des conclusions opposées. Ainsi, des chercheurs ont observé les populations qui jeûnaient pendant le mois de Ramadan. Ces personnes mangent en un seul repas nocturne léquivalent de ce quelles mangent habituellement en trois repas répartis sur la journée, une véritable hérésie pour le diététiquement correct. La première étude, menée au Maroc, montre que le poids de ces personnes sest maintenu à un niveau identique et la seconde, conduite en Israël, a même montré une légère diminution du poids. Quand des études produisent des résultats si contradictoires cest que la vérité est loin d'être acquise. Dans le doute, le bon sens est de se laisser guider par ce que lon ressent et de manger au moment où la faim nous lindique. On peut donc très bien maigrir en prenant un gros petit déjeuner ou en mangeant plus le soir quà midi. Les Espagnols qui ont lhabitude de manger beaucoup au cours dun dîner tardif ne sont dailleurs pas plus gros que les Anglais qui ont lhabitude de prendre un copieux petit déjeuner. LAngleterre est dailleurs le pays occidental où lobésité a le plus augmenté dans ces 20 dernières années !
Pour maigrir, je dois manger équilibré. Beaucoup de personnes ont fini par se convaincre quil suffisait ou quil était nécessaire de manger équilibré pour perdre du poids. Elles ont donc renoncé à leur manière de manger pour adopter lidée que se font actuellement les scientifiques de lalimentation équilibrée. Soulignons que leur conception de léquilibre alimentaire a déjà changé six fois, seulement dans le dernier siècle et quil est peu probable quils décident de sen tenir là au siècle prochain. Léquilibre alimentaire, sur une très longue période, est une notion qualitative de lalimentation qui, en fonction des connaissances contemporaines, donnent pour une population donnée des indications qui lui permettrait de se maintenir en bonne santé. Elle perd toute sa signification au niveau de lindividu. Mais surtout, manger équilibré ne fait pas maigrir. Bien des sujets obèses ont une nourriture équilibrée, mais en consomment des quantités bien supérieures à leurs besoins et entretiennent ainsi leur surpoids. À linverse, bien des minces ont une alimentation déséquilibrée mais, sen remettant à leurs sensations alimentaires, nen consomment que la quantité qui leur est nécessaire. Il nest pas rare de voir certaines personnes sobliger à finir leur repas pour atteindre cet équilibre alors même quelles nont plus faim. " Ce soir, je me serai bien contenté dune soupe, mais jai ajouté une protéine et un laitage pour avoir un repas équilibré ". Et oui, Chère Madame, mais vous avez mangé sans faim et deux fois plus. Et demain matin, alors que vous naurez toujours pas faim, du fait de votre dîner trop important, vous prendrez tout de même votre petit-déjeuner. Car léquilibre veut aussi que vous mangiez le matin.
Manger certains aliments, même en petite quantité, fait grossir. Manger certains aliments, même en grande quantité, ne fait pas grossir. Cest sûrement lidée la plus nuisible qui soit et partagée par le plus grand nombre de personnes. Je vous propose pour vous en convaincre de réaliser le petit test suivant. Voici deux menus différents :
Menu 1:
Salade de crudités avec sauce au yaourt
Poisson cuisiné au court-bouillon
Ratatouille sans huile
Yaourt à 0 %
Menu 2:
Salade de tomates
Poisson frit
Mousse au chocolat
Question 1 : de ces deux menus, quel est celui qui fait grossir et celui qui fait maigrir ?
Ajoutons maintenant une information supplémentaire : le niveau calorique de ces deux repas est de 750 Calories.
Question 2 : sachant que ces deux menus ont une teneur calorique identique mais une composition différente, le premier est préparé sans aucune matière grasse alors que le second contient davantage de graisses et de sucres, quel menu fait maigrir et quel menu fait grossir ?
À la première question, 100 % des personnes répondent que le menu 2 fait grossir. À la seconde question, 90 % des personnes continuent à soutenir que cest le menu 2 qui fait grossir. En réalité, la bonne réponse à la première question était : "cela dépend des quantités". La bonne réponse à la seconde était : "ils sont identiques". Donc si lun fait grossir, le second aussi ou si lun fait maigrir le second aussi. Les réponses de ces personnes ne font finalement que confirmer ce quelles pensent des aliments. Elles démontrent quil existe pour eux des aliments qui ne feraient pas grossir, voire même feraient maigrir, et dautres qui au contraire feraient grossir. Et cela pratiquement en dehors de toutes notions des quantités ingérées. Voyons quel comportement adoptera une personne qui tient ce raisonnement.
Si le premier menu ne fait pas grossir, voire même pour certains fait maigrir, je peux donc en manger sans grossir, et même, en théorie, en remanger et donc me resservir. Cependant, en me resservant, je nai plus 750 calories dans mon assiette mais plutôt 1000. Et je me comporte là, exactement comme si je pensais que 750 calories allaient produire sur mon corps le même résultat que 750. Ce qui nest pas très rationnel. Au contraire, le second menu fait grossir car il contient des aliments qui font grossir, la friture et la mousse au chocolat. Manger ce type daliments expose quoi quil arrive à prendre du poids. Je me dis donc que si je nen mange que 500 calories, je grossirai moins que si jen mange 750 mais, à coup sûr, je grossirai quand même. Et je finis par dire que 500 calories parce quelles proviennent dune mousse au chocolat me font plus grossir que 1000 calories qui proviendraient dune ratatouille. Ce qui semble également assez peu rationnel.
Au bout du compte, il nest pas surprenant quen se tenant des discours si irrationnels, la personne finisse par adopter des comportements tout aussi irrationnels. Au prise avec cette croyance "aliments autorisés/aliments interdits" la personne se met à manger sans rapport avec ses sensations alimentaires. Elle surconsomme, sans faim, les aliments autorisés et perd, parfois, le contrôle sur sa consommation daliments interdits quelle mange également sans faim.
B - Les sensations alimentaires ne sont plus perçues
Plus le sujet sen remet à ses croyances, plus il perd le contact avec ses sensations alimentaires. À ce stade, la personne finit par ne plus pouvoir interpréter ce quelle ressent. La faim est confondue avec toute autre sensation ou émotion. La colère, la peine, la fatigue, le manque de sommeil peuvent être interprétée comme de la faim. Les sensations alimentaires sont masquées par un brouillard denvie de manger et de peur de manquer. La faim et lenvie de manger nont plus aucune distinction. Une heure après un plantureux repas, la personne peut encore croire quelle a faim et se remettre à manger. Son discours donne alors une impression détrangeté : " - Vous avez mangé un yaourt à 0 % au milieu de laprès-midi, aviez-vous faim ? - Sûrement, puisque je lai mangé. - Vraiment ? - Non, finalement, je crois que javais envie dun carré de chocolat. - Ce nétait donc pas de la faim mais de lenvie. - Peut-être bien ". Ou bien, " - Pourquoi mangez-vous ? - Parce quil est lheure. - Mais avez-vous faim ? - Sûrement, puisquil est lheure ". Même quand elle est certaine davoir faim, elle peut encore se tromper. Le rassasiement et la satiété lui causent encore plus de difficultés. Au cours du repas, elle ne sent pas quelle mange trop mais se dit, après coup, quelle a dû trop manger parce quelle se sent lourde. Ou bien, elle ne sarrête pas de manger car elle se sent rassasiée mais parce quelle pense que cest assez. " Je pense quil est raisonnable de sarrêter là ". En réalité, elle est devenue incapable de distinguer lassez mangé du trop mangé. " - Comment savez-vous que vous avez assez mangé ? - Parce que jai mangé les mêmes portions que les autres. - Mais avez-vous les mêmes besoins que les autres ? - Non mais je me suis dit que ce nétait pas trop ! ". Dans la plupart des cas, les mécanismes de rassasiement, alliesthésie alimentaire négative et rassasiement sensoriel spécifique, sont devenus inopérants et seul reste le mécanisme de la distension gastrique. Pour le mangeur, avoir assez mangé devient alors synonyme davoir le ventre plein. Certains finiront même par dire " je sais que jai assez mangé quand jai le ventre plein et que je ne peux plus rien avaler ". Les limites sensorielles nexistent plus. Il ne reste plus que les limites de la paroi de lestomac... et les mentalisations de la personnes. Il est terrifiant de penser que certains spécialistes sont convaincus quune alimentation de faible densité calorique est une des meilleures garanties de la perte de poids. Ils ne font quaggraver le handicap de la personne, la privant davantage de se servir de ses sensations alimentaires et lincitant à manger jusqu'à ce que son estomac limplore darrêter.
C - Les consommations ne sont plus contrôlées que par les croyances.
À ce stade, les sensations alimentaires ont disparu. Le sujet na plus de limites. Comme elles lui sont absolument nécessaires, il ne peut plus faire autrement que de sen remettre effectivement à ses croyances puisquil ne lui reste rien autre. Son comportement alimentaire devient guidé par des mentalisations. Il se comporte comme il pense quil est bien de se comporter. Malheureusement face à la cacophonie diététique, certains se sentent si perdus au milieu de ces discours dans lesquels ils cherchent désespérément des repères, quils avouent même ne plus savoir ce quils doivent manger. " Dites-moi ce que je dois manger. Il faut aussi que vous me donniez des quantités et que je my tienne ". Les règles que lon pourra leur donner apparaissent même comme un soulagement et les rassure : manger trois fois par jour, un légume, une viande, un laitage, ne prendre que 100 g de féculents, etc. Malheureusement, létat de vigilance nécessaire pour manger en fonction de ses croyances sans tenir compte des sensations alimentaires ne supporte aucune faille. La moindre faille peut, en effet, aboutir à une perte de contrôle. Au cours de laquelle le sujet ne peut plus tenir compte de ses sensations alimentaires : " je me rends bien compte que je nai pas faim mais je mange quand même " ou " je me rends bien compte que je nai plus faim mais je ne m'arrête pas ". " Je navais plus faim, mais jai quand même mangé un deuxième yaourt " ou " javais envie dun carré de chocolat mais jai fini toute la tablette ".
On conçoit facilement comment ces croyances erronées jouent leur rôle dagents dérégulateurs. Même quand les sensations sont perçues ce sont les croyances qui seront prises en compte au détriment des sensations qui, elles, expriment les besoins de la personne. À un stade ultérieur, on peut considérer comme une complication, lincapacité à percevoir les sensations. Le sujet au prise avec la croyance aliments interdits-aliments autorisés, soblige à consommer les aliments dont il pense quils ne font pas grossir et renonce à la consommation de ceux dont il pense quils font grossir. Très vite, son comportement devient dominé par ses envies quil identifie à ses besoins. La faim, avant le repas, est confondue avec lenvie de manger. Après le repas, sil perçoit un manque, il devient incapable de dire sil sagit encore dune faim ou dune envie de manger. Son comportement alimentaire finit par sorganiser autour dun sentiment permanent de peur de manquer. Les manifestations cliniques de cet état sont la peur de la faim, la surconsommation daliments autorisés ou interdits, la peur de la disparition des aliments.
D - La peur de manquer
La peur de la faim
La personne redoute la confrontation avec la faim. Cette peur de la faim est souvent décrite par le patient comme une hypoglycémie occasionnant des malaises. Une investigation plus attentive révélera quil sagit au contraire de manifestations danxiété pouvant parfois prendre la forme de véritables états de panique. Le sujet justifie sa peur dune part par le risque quil encoure de transgresser ses croyances alimentaires (ne pas manger entre les repas, ne pas manger daliments interdits) et le fait que sa consommation daliments interdits se réalise bien souvent sur un mode compulsif. Dautre part, même sil sagit daliments autorisés, le sujet mange si fébrilement pour faire disparaître sa faim, quil ne perçoit plus le seuil de satiété et constate, après coup, quil a mangé bien souvent au-delà. Ces conséquences négatives jouent le rôle dagents renforçateurs et confortent le sujet dans lidée que la faim est réellement une sensation dangereuse quil se doit à tout prix déviter. Pour y parvenir, la personne adoptera diverses stratégies dévitement : manger avant davoir faim, manger au-delà de la faim afin den retarder la réapparition. Elle se munira, entre les repas, daliments autorisés qui lui permettront de se sentir rassurée. Peur, états de panique, stratégies dévitement, objets contra-phobiques, tous les symptômes sont réunis pour que, dans certains cas, lon puisse parler dune véritable phobie de la faim.
Surconsommation des aliments autorisés et/ou interdits
Les effets de la croyances aliments interdits-aliments autorisés ne sont pas toujours faciles à percevoir. Leffet le plus visible est quelle conduit habituellement les personnes à supprimer certains aliments de leur alimentation. La consommation de ces derniers saccompagne de reproches et de sentiments de culpabilité et seffectue souvent sur un mode compulsif. Leffet moins facile à percevoir est que pour sempêcher de manger ce quelles aiment, mais quelles sinterdisent, ces personnes nhésitent pas à surconsommer des aliments dont elles pensent quils ne font pas grossir. Aussi, les repas sont bien souvent composés de grandes quantités daliments " non grossissants " pour être ensuite suivis de compulsions portant sur les aliments " grossissants ". Par cette double conséquence, cette croyance devient une véritable machine à faire manger sans aucun rapport avec la faim. Les aliments autorisés ne sont pas surconsommés par faim mais pour se mettre à labri des envies daliments interdits. Quant aux aliments interdits, ce nest pas davantage la faim qui en fait tant manger mais cest parce quils sont toujours mangés comme sils étaient les derniers.
La peur de la disparition des aliments
Même une fois débarrassés de leur croyance aliments interdits, on constate que certains sujets parviennent difficilement à sarrêter de manger alors même quils savent quils nont plus faim. Concrètement, ils se sentent incapables de renoncer à une partie de leur nourriture et ne peuvent sempêcher de finir leur assiette. Il ne sagit pas là dun principe éducatif (" il est impoli de ne pas finir son assiette " ou " dautres nont pas la chance de pouvoir manger à leur faim "). En réalité, ces sujets se comportent comme si la nourriture quils nont plus sous les yeux allait disparaître. Ils la mangent comme sils devaient en faire des provisions. Ils anticipent la pénurie et se comportent comme sils mangeaient pour la dernière fois.
Voilà donc le "désarroi du mangeur moderne". Entouré de plus de nourriture quil nen a jamais eu, il sapplique à manger rationnellement et scientifiquement pour se mettre à labri de nouvelles maladies quil ne connaissait pas. Ficelé dans un comportement normatif, statistiquement confectionné, il a fini par se perdre et ne plus rien savoir de lui-même tant il aspire à tout savoir de ce qui lentoure. Et à tout attendre dune science dont il espère quelle lui dira ce quil doit manger, et même en quelle quantité, pour le mettre à labri des nouveaux dangers qui le guettent. Aussi consternant que cela paraisse, au milieu de toute cette abondance alimentaire, son comportement est devenu dominé par lenvie de manger des nourritures interdites. Puis, quand il les mange, par la peur den manquer qui le pousse à manger plus quil nen a besoin. Au point quil devient malade de ne plus pouvoir percevoir ses limites, celles qui séparent lassez mangé du trop mangé. Or ce nest pas en regardant son assiette quil pourra le savoir. La vraie bonne question que devrait se poser le mangeur nest pas " que dois-je manger ? " Mais " quest-ce que je ressens ? ". Le modèle biopsychosensoriel propose donc une approche thérapeutique radicalement différente de lapproche diététique classique. Il sappuie sur un travail de conscience de soi qui autorise à chacun à salimenter, loin des idées reçues, selon ses rythmes et sa personnalité unique de mangeur. Le but recherché sera de lui permettre de redécouvrir ses sensations alimentaires régulatrices qui lui permettront de retrouver son poids déquilibre. Ce dernier, si, parfois, il ne correspond pas véritablement au poids idéal que souhaiterait atteindre la personne, constitue néanmoins un objectif réaliste quil est possible datteindre
et de maintenir. Dans la pratique, ces nouvelles approches nous conduisent à proposer une démarche thérapeutique qui sappuiera sur les points suivants : 1 - Retrouver la perception des sensations alimentaires. 2 - Identifier tous les facteurs psychologiques qui empêchent le sujet de percevoir ses sensations alimentaires ou den tenir compte. 3 - Traiter la restriction cognitive. 4 - Prendre en charge les facteurs psychologiques dérégulateurs.
Article paru dans le Hors Série 60 millions de consommateurs, Institut National de la Consommation, N°97, Juillet-août-septembre 2000, pages 71-74
Mis sur le net avec l'aimable autorisation de 60 millions de consommateurs
(L'article ci-dessous est l'article original de l'auteur, avant corrections du journal. A vos loupes pour traquer les différences!)
STRESS ET ALIMENTATION : LE TROUBLE DU RÉCONFORT
Les obèses sont fréquemment décrits comme de personnes incapables de gérer leurs émotions de façon adaptée et systématiquement tentées de recourir à la nourriture pour apaiser leurs tensions. Ils seraient en quelque sorte victimes dune oralité effrénée. Or les études démontrent que les obèses, bien souvent après avoir mangé, loin de se sentir soulagés de leur tension, ne sen trouvent au contraire que plus anxieux, plus coupables, plus honteux... et même plus obèses. Car, pour ne rien arranger, force est de constater, quen plus de manger, ils mangent trop. Parfois, nous disent-ils, sans pouvoir sarrêter. Et pourtant, malgré cela, rien ne pourra les empêcher de récidiver comme sils recherchaient désespérément dans cet acte un bien-être auquel ils ne pouvaient avoir accès. Comme sils semblaient définitivement condamnés à mener une quête éternelle et inaccessible.
Dans bien des prises en charge, on a vu les thérapeutes singénier à convaincre leurs patients de lattrait dautres manières de sapaiser : prendre une douche froide, manger des bâtonnets de carottes, aller promener son chien... Mais dune certaine manière, linfortuné mangeur se sent toujours grugé. Car ce quil cherchait se trouvait dans la nourriture. Et il ne la toujours pas découvert. On lui suggère de regarder ailleurs, il ne dit pas non. On lui suggère doublier les aliments, il ne demande pas mieux. Mais il ny parvient pas. Il y a quelque chose dans la nourriture dont il ressent un immense besoin et quil ne trouve pas. Il ne peut sempêcher de le chercher et il ne sarrêtera que lorsquil laura trouvée. Devant tant dobstination, mieux vaut se demander ce quil cherche et peut-être laider à lobtenir. Voilà un remède qui lui permettra peut-être de cesser son errance. Pour laider dans sa quête, il nest pas inutile dexaminer comment se comportent ceux qui semblent avoir un comportement efficace face au stress.
Comment se comporte-t-on habituellement face à un stresseur ?
Certains événements, les stresseurs, génèrent chez lindividu la production danxiété ou dautres émotions négatives dont il cherchera naturellement à se libérer. Pour y parvenir il recourra à diverses stratégies. Certaines permettront de résoudre spécifiquement le problème initial. Elles permettront de se débarrasser du stresseur tout en faisant disparaître les émotions négatives. La mise en uvre de ces réponses nécessite de faire appel aux compétences propres de lindividu à faire face aux difficultés qui lentourent. Il sagit là de ses compétences intrapersonnelles : sa vision du monde et la place quil y occupe, et de ses compétences interpersonnelles : sa manière daborder ses relation avec lautre.
Malgré tout son talent à régler ses difficultés, lindividu peut se trouver face à des problèmes qui ne possèdent pas de solutions immédiates et nécessitent une attente avant dobtenir un règlement. Dans ce cas, lindividu peut être tenté de recourir à des solutions " palliatives ". Il sagit là de réponses non spécifiques qui ne permettront pas de faire disparaître le stresseur ni de se libérer définitivement des émotions négatives. Bien quelles laissent le problème en létat, elles pourront néanmoins apporter une certain soulagement et atténuer lanxiété en produisant un réconfort attendu. A cet effet, chaque individu possède un répertoire de stratégies réconfortantes dans lesquelles il peut puiser : boire, manger, fumer, faire lamour, ouvrir sa collection de timbres, dépenser de largent, partir en week-end, etc.
Cest donc dans ce cadre que la nourriture trouve sa place et peut être considérée comme " une réponse alimentaire à un problème non alimentaire ". A cet instant, en se nourrissant, lindividu sattend à éprouver une sensation agréable quil nomme plaisir, apaisement, soulagement, détente, décompression... Ce comportement traduit lune des fonctions la plus naturelle et la plus heureuse de la nourriture : la production dun réconfort. Quand la semaine a été désastreuse, que rien ne sest passé comme il le fallait, Monsieur dit à Madame : " Ce soir, Chérie, nous nous offrons un bon petit restaurant. ". Et pendant trois heures, Madame et Monsieur se réconfortent et oublient tous leurs tracas. Ils mangent une nourriture réconfortante, quils apprécient, dans laquelle ils trouvent du plaisir et qui, aussitôt après et peut-être même plus tard, laissera dans leur mémoire encore une trace... de plaisir. Voilà donc un repas réconfortant qui a produit leffet que lon attendait de lui. Les chercheurs ont pu démontrer que la prise alimentaire était une réponse adaptative normale aux états de stress. Ainsi, on constate que la prise de nourriture permet de faire baisser la concentration sanguine des marqueurs biologiques du stress : adrénaline, cortisol... A une condition cependant. Encore faudra-t-il que la personne se nourrisse dun aliment quelle affectionne : une glace au chocolat pour Marine, un chèvre bien sec pour Bertrand ou une jolie madeleine pour Marcel... Proust. On sait que le mangeur, en choisissant des nourritures quil apprécie, active ce que lon appelle aujourdhui ses systèmes récompensants (endorphines, dopamine) qui produisent un effet apaisant. On devine ici que la consommation de fromage ou de chocolat risque de pas aller sans poser de problème à celui qui bataille avec son poids.
Comment la réponse au stress peut-elle devenir inefficace ?
Il semble cependant que ce schéma comportemental soit parfois inopérant chez certains. Chacune des étapes peut être rendue inefficace par des attitudes dysfonctionnelles décelables cliniquement et ainsi devenir lobjet dune action thérapeutique.
Interrogeons-nous sur le déroulement de cette dernière étape. Le sujet sattend à ce que la prise de nourriture le soulage dune tension et lui apporte le réconfort attendu. Or cette attente ne se réalise pas. Non seulement le réconfort ne vient pas mais, bien souvent lacte alimentaire se transforme en une compulsion qui a elle seule vient gâcher toute trace de plaisir qui aurait pu survenir. Plus le réconfort tarde à venir plus le sujet mange. Comme sil vivait dans lespoir vain de le trouver dans la bouchée suivante. Mais son attente sera toujours déçue et se soldera encore une fois par le cortège habituel des reproches, de la culpabilité et de la honte. Alors que le sujet " normal " sarrête de manger dès le réconfort atteint, lobèse semble incapable de réconfort et ne peut sarrêter de manger.
Il semble atteint dun trouble du réconfort.
Les travaux portants sur le stress et la prise alimentaire montrent que les personnes qui mangent sous le coup dune anxiété se sentent généralement moins anxieuses après cette consommation. Mais lobèse, au contraire, néprouve, lui, aucunement moins danxiété. Manger ne le soulage de rien. Manger ne fait que lalourdir !
Doù lui vient donc cette incapacité ? Pourquoi sombre-t-il dans cet engrenage alimentaire sans rapport avec ses besoins physiques et psychologiques ? Plusieurs explications sont sans doute possibles mais lune dentre elles mérite toute notre attention, car elle offre des possibilités dinterventions thérapeutiques immédiates. Il sagit de létat de restriction cognitive, décrit dans larticle sur le modèle biopsychosensoriel, et dans lequel se trouve habituellement les obèses ou tout simplement ceux en difficulté avec leur poids.
Comment, en effet, le sujet au prise avec une croyance aliments interdits-aliments autorisés pourrait-il parvenir au moindre réconfort lorsquil mange des aliments dont il est convaincu quils le rendent obèse ? Que peut-il bien penser en mangeant un gâteau au chocolat ? " Non seulement, jai des tas demmerdements mais en plus je suis en train de grossir comme une baleine " ou " Ce que je mange est délicieux mais mempoisonne ". Quy a-t-il de réconfortant dans cette manière de manger ?
Malheureusement ses ennuis ne sarrêteront pas là. Convaincu quil transgresse sa ligne de conduite, quil commet une faute, il se promet bien quon ne ly reprendra plus. Demain sera un sans faute, après-demain aussi et, si possible, pourquoi pas, toute la semaine prochaine. Alors même quil se tient ce discours, il se tient également devant cet aliment quil aime tant. Quel être sensé ne serait pas tenté den faire quelques provisions avant dentamer une si longue pénurie ? Et il mange tout son chocolat comme si cétait le dernier. Il anticipe une pénurie quil a lui-même auto-programmé.
Soulignons, encore, un autre effet de la restriction cognitive. Herman et Polivy ont montré que les sujets restreints, en perdant le contact avec leurs sensations alimentaires, devenaient de mauvais régulateurs. Ils ne parviennent plus à compenser leurs excès alimentaires en réduisant spontanément leurs apports caloriques ultérieurs de manière adéquate. Un peu comme si manger ne les nourrissait plus. Et par conséquent, sexposent à la prise de poids. Certaines croyances alimentaires y contribuent davantage encore. La personne qui, pour se soulager dune tension, a trop mangé dans laprès-midi sastreindra malgré tout à prendre le soir un repas " équilibré ", si elle est convaincue que pour maigrir elle ne doit en aucun cas sauter un repas.
Cest ainsi que le sujet en restriction cognitive, après avoir perdu le contact avec ses sensations alimentaires, non seulement ne parvient plus à se réconforter, absorbe de trop grandes quantités de nourriture et devient incapable de les réguler.
Comment rendre plus efficace la réponse au stress ?
Si nous revenons à notre arbre décisionnel, nous pouvons distinguer deux groupes de désordres. Lun concerne des troubles psychologiques dépassant largement le cadre alimentaire. Le second concerne des troubles davantage circonscrits aux conduites alimentaires. Sagissant de ces derniers, il nous faut donc tout dabord considérer que la réponse alimentaire au stress est naturelle. Lanomalie nest pas de chercher à se réconforter en mangeant. Elle réside ailleurs, dans un trouble du réconfort qui justement empêche le sujet de parvenir à se réconforter en mangeant !
Lobjectif de la prise en charge thérapeutique réside donc essentiellement et avant toute chose à redonner à laliment sa fonction réconfortante. Pour cela, il faut traiter la restriction cognitive.
Les effets de la croyance aliments interdits-aliments autorisés
Leffet de cette croyance a été décrit dans larticle précédent. Il entraîne le plus souvent des surconsommations daliments autorisés qualifiés de " non grossissants ". Ces surconsommations ne sont généralement pas repérées par le mangeur qui se félicite plutôt davoir manger dans le sens de ses croyances et pense ainsi trouver le moyen de ne pas céder à ses envies de manger les aliments interdits. La consommation de ces derniers se fait le plus souvent sur un mode culpabilisant et peut parfois prendre la forme dune perte de contrôle. La personne se comportant comme si elle les mangeait pour la dernière fois.
Pour modifier cette croyance, nous devons démontrer à Sophie quil est possible de maigrir en mangeant toutes sortes daliments. Lui permettre de signer la paix avec la nourriture jusquau point de croire quelle peut maigrir même pendant quelle mange son gâteau de semoule.
Pour cela, nous devons recourir à des exercices de substitution qui remplacent des aliments autorisés par des quantités équivalentes daliments interdits. Ces exercices lui permettront de constater par elle-même quil est possible de manger sans grossir des aliments " grossissants " et de réaliser que 100 calories de gâteaux de semoule ne font pas plus grossir que 100 calories de yaourts à 0 %.
Augmenter le pouvoir réconfortant de laliment
Traiter le trouble du réconfort, augmenter le pouvoir réconfortant de laliment ont pour conséquence immédiate daugmenter son pouvoir rassasiant. En effet, un individu ne se rassasie parfaitement que sil est satisfait à la fois physiquement et psychologiquement. Plus vite il le sera, plus tôt il cessera sa consommation. Car lindividu ne se nourrit pas seulement de calories mais surtout de sens. " Pour quun aliment soit bon à manger, il faut avant tout quil soit bon à penser ", disait Levi-Strauss. Ou, comme le rappelait le Pr. Vachon-France, pour se rassasier complètement, chaque personne se doit de nourrir à la fois son être de besoin et son être de désir. Lêtre de besoin, lorganisme, quand il est en hypoglycémie, se nourrit dun objet concret, le sucre. Toutes formes de sucre en quantité appropriée pourront combler ce besoin : un morceau ce sucre, un carré de chocolat, une timbale de riz, même du glucose en perfusion. Cependant, lêtre de désir se nourrit, lui, dun objet subtil, quelque chose dindescriptible, dindéfinissable, qui fait que la personne aura une préférence pour le chocolat plutôt que la perfusion de glucose. Et pour que le mangeur soit correctement rassasié, il faudra que son être de besoin et son être de désir soient tous les deux nourris. Dans le cas contraire, il pourrait se lever de table avec une insatisfaction qui linciterait à poursuivre son repas.
Ainsi, pour chaque individu, seule lalimentation qui possède un sens pour lui parviendra à le rassasier. Cest alors que la fonction de plaisir pourra sassocier harmonieusement à la fonction de besoin.
Sophie et le gâteau de semoule
Sophie, 28 ans, présente un surpoids modéré (BMI = 27) mais ne parvient plus à contrôler sa manière de manger. Elle mange, dit-elle, " pour compenser ", en réaction à toutes sortes de stress. Dans ces moments-là, il lui arrive de se gaver de gâteaux de semoule. Pourquoi le gâteau de semoule ?
A lâge de 8 ans, avant lécole, sa maman lui préparait chaque matin un gâteau de semoule dont elle faisait une galette au fond de son assiette et quelle mangeait malicieusement en grignotant les bords et en se rapprochant progressivement du centre. Adolescente, alors quelle vivait chez ses grands-parents, elle adorait samuser à faire la course avec son grand-père. Le premier qui finissait sa part de gâteau de semoule avait le droit de venir manger dans lassiette de lautre.
Beaucoup plus tard, elle avait conservé lhabitude, "pour se faire du bien", de continuer à manger cet aliment de lenfance. Malheureusement, quand, jeune adulte, elle décida de perdre du poids, elle réalisa que son gâteau de semoule, riche en sucre, ne correspondait pas à lidée quelle se faisait dune alimentation minceur. Elle décida donc, à lavenir, de se passer de cette stratégie réconfortante. Elle résista longtemps puis, un jour, céda. Sen pouvoir sen empêcher, elle se mit à en manger de plus en plus grandes quantités. Elle découvrait les compulsions. Quand je lai rencontrée, elle terminait ses compulsions assise au pied de son lit, prostrée, le ventre rempli à se rompre et enroulée autour delle-même.
Elle grossissait et le gâteau de semoule ne lui faisait plus aucun bien !
Pour parvenir à ce résultat, nous utilisons des exercices sur le goût.
Peu à peu, Sophie abandonne létat de restriction cognitive. Elle mange moins mais à sa faim, que désormais elle reconnaît, et des aliments qui la nourrissent complètement. Elle ne surconsomme plus des aliments non réconfortants qui soi-disant la font maigrir. Elle ne ressent plus le besoin de manger des quantités inappropriées daliments réconfortants qui ne réconfortent plus. Elle ne se fait plus de reproches quand elle en mange. Et quand les choses vont mal dans la vie de Sophie, il y a toujours un peu de gâteau de semoule pour faire en sorte que, pendant quelques instants, les choses aillent un peu moins mal.
Au fait, Sophie a maigri.
Article paru dans le Hors Série 60 millions de consommateurs, Institut National de la Consommation, N°97, Juillet-août-septembre 2000, pages 75-82
Mis sur le net avec l'aimable autorisation de 60 millions de consommateurs
(L'article ci-dessous est l'article original de l'auteur, avant corrections du journal. A vos loupes pour traquer les différences!)
QUELQUES CONSEILS (PEU) PRATIQUES POUR SENRACINER DANS LA MINCEUR
"Pourriez-vous nous écrire un petit papier qui sintitulerait "Les conseils pratiques" pour notre numéro spécial, Bien manger et rester mince ? Pas un truc trop long, hein ? Cinq à six pages, avec des conseils faciles à suivre, si vous voyez ce que je veux dire
Le Professeur X, à qui on lavait demandé avant vous, a déclaré forfait. On ne voit pas pourquoi : ce nest pourtant pas un sujet compliqué. Il nous faudrait ça pour la semaine prochaine. Pour vous, cest facile, hein, vous allez nous torcher ça en trois coups de cuiller à pot, je suis sûr."
Il avait bien raison, le professeur X, de se récuser. Car prodiguer des conseils honnêtes, simples et raisonnables à ceux qui veulent perdre du poids constitue, en ces temps de folie amincissante, une véritable gageure. Le problème vient du mot " honnête ". Car il est assez simple de prodiguer des conseils simples, et même apparemment raisonnables, alors quils sont fondamentalement malhonnêtes. Nous avons passé en revue les principaux conseils de ce genre dans ce même numéro.
En fait, comme on va le voir, ce quhonnêtement on peut dire aux candidats à la minceur nest pas de lordre du simple " conseil pratique ", mais plutôt, dans la majorité des cas, de lordre dune réflexion de fond, dun travail au long cours.
Je vous propose tout dabord didentifier plusieurs situations, parmi les plus fréquentes, pour lesquelles les conseils que lon peut prodiguer ne sont pas forcément les mêmes. Limités dans mon propos, je ne ferai queffleurer le cas des personnes pour qui maigrir est une nécessité médicale impérieuse, une affaire de vie ou de mort, et je me centrerai sur les personnes ayant une obésité modérée, ou bien un simple surpoids, ou encore celles qui, bien que se trouvant trop grosses, ne le sont pas selon des critères médicaux.
MAIGRIR, TOUT SIMPLEMENT.
Et tout dabord, je vous propose de faire un test qui permettra de déterminer le niveau de vos difficultés. Vous vous trouvez trop gros(se) et désirez perdre du poids ? Fort bien. Passez à la pratique sans plus attendre et, sans faire de régime, en mangeant les mêmes choses que dhabitude, sans vous obnubiler sur des règles diététiques rigides, veillez à manger juste les quantités nécessaires.
Pour cela, mangez en prêtant attention au goût des aliments : quand ils vous apportent moins de plaisir gustatif, cest quils vous ont suffisamment nourri. Laissez ce qui est en trop dans votre assiette.
Certains aliments, comme le chocolat, les gâteaux et biscuits, le foie gras, les fromages secs, sont très nourrissants et il en faut de petites quantités pour être rassasié. Ce type daliment a un goût qui évolue en bouche de bouchée en bouchée. Dautres aliments sont si peu nourrissants que cette diminution du plaisir gustatif nest pas perceptible. Cest par exemple le cas des légumes à leau, où seul le volume quils occupent dans lestomac signale quon en a consommé suffisamment. Enfin, dautres aliments, tels les viandes, les céréales, les légumineuses, les fruits frais ont une densité calorique intermédiaire et sont donc moyennement nourrissants par unité de volume.
Si vous ne consommez quun aliment unique lors de votre prise alimentaire, les choses sont simples : vous mangez en vous fiant à vos sensations corporelles. Si vous faites un repas classique, avec par exemple une entrée, un plat principal, un fromage et un dessert, les choses sont un peu plus complexes puisquil est alors normal de construire son repas mentalement (habituellement en grande partie de façon inconsciente). On reste ainsi sur sa faim à lentrée, on anticipe la valeur nourrissante du plat principal afin de pouvoir profiter du dessert : " Je mange moins de bifteck et de frites, afin de conserver une petite faim pour le gâteau. "
Veillez à ne pas confondre la " faim ", une sensation physique dorigine biologique, de lordre de la nécessité, ou " lappétit ", une sensation physique traduisant le fait quon mangerait avec plaisir tel ou tel aliment, avec le " désir de manger ", une attirance dordre psychologique. Mais nous y reviendrons.
Ne tentez pas de manger par anticipation, pour le cas où vous auriez faim un peu plus tard. Au contraire, cessez de manger dès que vous vous sentez rassasié. Ne cherchez pas non plus à être régulier dans vos prises alimentaires : votre organisme a des besoins variables, et procède à des ajustements selon des rythmes qui ne sont pas toujours repérables immédiatement.
Si, après un moment, vous avez faim à nouveau, nhésitez pas, ne vous préoccupez pas de lheure et mangez. Nimporte quoi. Ce qui vous fait plaisir. Une barre chocolatée, un yaourt, un fruit, un macaron à la pistache. Mais nen mangez à nouveau que la quantité nécessaire pour satisfaire votre appétit. En fait, vous naviez quune petite faim et un demi macaron suffit ? Abandonnez le morceau en trop sans scrupule. Rappelez-vous : vous pouvez avoir des macarons (ou des crèmes glacées, ou du fromage de chèvre) chaque fois que vous le désirez, puisque vous nêtes pas au régime.
Si, quelle quen soit la raison, vous avez mangé de façon excessive, attendez davoir faim pour manger à nouveau. Ne vous forcez en aucun cas à manger alors que vous navez pas faim.
Il ny a donc quune règle à suivre : manger ce qui vous chante quand vous avez faim, sarrêter dès que vous navez plus faim. Il sagit là de remettre à lhonneur une certaine spontanéité alimentaire, qui permet aux mécanismes de régulation de la prise alimentaire de jouer leur rôle. Ainsi, on consommera tout et nimporte quoi, selon son goût, mais juste les quantités nécessaires.
Bon, et maintenant, de deux choses lune : vous parvenez à suivre ces conseils ou bien vous ny parvenez pas. Si cela vous est possible et que vous maigrissez, fort bien. Cette façon de procéder devrait vous permettre de mincir, puis de vous stabiliser à votre poids déquilibre.
Plus de gens quon ne le croit parviennent ainsi à perdre du poids sans le reprendre, en mangeant tout simplement un peu moins. Il sagit le plus souvent de personnes qui nont pas de problème de fond, mais qui par exemple auront pris de lembonpoint à larrêt du tabac, ou bien en raison de la prise de certains médicaments, ou encore lors dun traumatisme comme lexistence en inflige. Ces personnes, dès quelle sen sentent capables, mangent moins et reviennent à leur poids de départ. La plupart du temps, elles ne consultent pas de médecin, et de ce fait nentrent pas dans les statistiques des traitements amaigrissants.
Seconde possibilité : vous mangez déjà plus ou moins ainsi, mais cela ne vous fait pas maigrir. Si cest vrai, vous êtes sans doute déjà à votre poids déquilibre et nous allons étudier votre cas un peu plus loin.
Ou bien, et cest le cas le plus fréquent, vous nessayez même pas de suivre ces conseils, tant vous vous savez incapable de manger ainsi. Votre comportement alimentaire est sans doute perturbé et vous avez toutes sortes de problèmes liés à votre surpoids. Nous allons nous pencher sur votre cas.
MAIGRIR : CELA SE COMPLIQUE.
Examinons là encore plusieurs tableaux, parmi les plus courants, sans perdre de vue que plusieurs dentre eux peuvent se retrouver chez une seule et même personne :
Si vous vous bagarrez avec votre poids depuis des années, si vous avez déjà fait toutes sortes de méthodes amaigrissantes, manger en vous fiant à vos sensations corporelles vous est devenu aussi étranger quil est possible. Vous vous méfiez de votre corps, des sensations quil vous procure, qui, pensez-vous, ne peuvent déboucher que sur des compulsions alimentaires incontrôlables. Vous vous méfiez dailleurs sans doute aussi de vos pensées, de vos émotions, de vos sentiments qui peuvent déboucher sur des pertes de contrôle. Au contraire, vous vous investissez dans le monde. Tant que vous êtes dans laction, vous ne pensez pas à manger et cela ne vous manque guère.
Cest pour lessentiel quand votre activisme permanent se relâche que vous perdez le contrôle de vos prises alimentaires. Vous vous contrôlez bien et sans difficulté dans la journée mais craquez le soir, ou bien vous faites un parcours sans faute la semaine et boulottez le week-end, ou encore vous faites des régimes draconiens plusieurs semaines daffilée avant de manger comme quatre.
Votre comportement alimentaire obéit à la loi du tout ou rien : soit vous mangez " diététiquement correct " de façon excessive, soit vous perdez le contrôle et mangez de grosses quantités de nourritures " interdites ". En fait, votre vie est calquée sur le même modèle et vous vous montrez excessif dans bien des domaines.
Évidemment, votre poids suit la même évolution et est en yoyo. Votre moral a dailleurs tendance à lêtre aussi.
Si vous vous reconnaissez dans ce portrait, alors vous êtes en restriction cognitive. Vous êtes en guerre contre vous-même et contre la nourriture. Vous ne vous en sortirez pas par davantage de restriction. Au contraire, il convient darrêter la guerre, de faire la paix des braves. Mais, comme chacun sait, si les guerres sont féroces et joyeuses au début tout au moins les processus de paix demandent de la patience et de lacharnement.
Vos excès alimentaires sont le plus souvent en relation avec des difficultés affectives, psychologiques et relationnelles. Quand vous vous sentez seul(e) et abandonné(e), quand vous vous sentez rejeté (e), quand vous vous sentez mal à laise, quand vous êtes mécontent(e) de vous, quand vous ne vous trouvez pas à la hauteur, quand vous avez un souci dune sorte ou dune autre, bref quand ça ne va pas, vous mangez en excès. À linverse, lamour quon vous porte vous nourrit et vous dispense de manger. Il est clair que votre problème nest pas de lordre de la nutrition.
Mais peut-être avez-vous la sensation de manger à votre faim et pas plus, de ne pas vous livrer à des excès alimentaires extraordinaires. À supposer que vous ne vous leurriez pas sur votre consommation réelle, alors cest que vous êtes à votre poids déquilibre et que votre métabolisme de base est particulièrement bas.
Cette situation se voit habituellement dans deux cas, qui peuvent être associés chez une même personne. Tout dabord, vous êtes génétiquement programmé pour faire le poids que vous faites. Plusieurs membres de votre famille proche sont eux aussi obèses, en surpoids ou enrobés et vous leur ressemblez. Ou bien, vous avez dans le passé fait régime sur régime. Le plus souvent, vous avez perdu du muscle et repris de la graisse. Tout cela a abaissé votre niveau métabolique, votre mode de vie est particulièrement sédentaire, vous bougez peu et économisez vos gestes. Vous restez gros en mangeant peu, voire vous grossissez en mangeant bien moins que dautres.
Si vous vous reconnaissez dans ce tableau de petit mangeur en surpoids, vous devez savoir que, certes, vous pouvez maigrir, mais que dans votre cas, le prix du ticket à payer est bien plus élevé que pour dautres. Afin de maigrir et de ne pas regrossir, vous devrez contrarier votre nature, manger peu et sans grande fantaisie, votre vie durant. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Si vous vivez douloureusement cette situation, mon conseil sera de vous faire aider, non pas par un amaigrisseur, mais par un médecin ou un psy compréhensifs, qui vous aideront à faire vos choix et les assumer.
MAIGRIR EN PRENANT SON TEMPS
Si votre but est de maigrir vite et sans vous préoccuper du lendemain, si regrossir par la suite vous est égal, si votre seule et unique préoccupation est de faire bonne figure sur la plage pendant les quelques semaines dété, ou bien de parvenir à entrer dans votre robe ou smocking de marié, si peu vous chaut de regrossir en septembre ou après la cérémonie, alors dans ce cas, mon conseil sera simple : adressez-vous à un charlatan, un gourou amaigrisseur, un médecin peu scrupuleux et faites de préférence une méthode dure et privative.
Une diète protéinée en sachets, ou bien un régime hyperprotidique et très restrictif conviendront fort bien pour un tel objectif. Vous maigrirez vite et dans leuphorie, puis les vacances finies ou la cérémonie de mariage passée, vous regrossirez tout aussi vite.
Mais si votre objectif est daller plus au fond des choses, alors cest à vous, et à vous seulement, que sadresse la suite de cet article.
Posez-vous des questions sur votre motivation. Il nest pas inutile de vous demander ce que vous attendez dune perte de poids :
Peut-être êtes-vous très, très gros(se). Ou bien vous êtes moyennement gros(se), mais souffrez de problèmes de santé liés au surpoids. Il paraît donc raisonnable de maigrir ainsi que vous le conseille votre médecin. Certes, mais rappelons que ce nest pas parce que mincir est " raisonnable " ou nécessaire à la santé que la tâche est rendue plus aisée pour autant. Il nest pas rare de rencontrer des personnes qui ont un besoin urgent de perdre du poids en raison de leur santé, et qui ny parviennent pourtant pas, en tout cas de façon durable. En fait, ce type de motivation, en quelque sorte extérieur à soi-même (cest le corps qui se révolte et qui oblige à maigrir) nest pas toujours suffisant et nest pas automatiquement gage de réussite.
Quel est alors le type de motivation qui a le plus de chance de porter des fruits ? Vous êtes très obèse ou bien moyennement, ou vous navez quun surpoids relativement modéré ; vous souffrez physiquement de votre poids, ou bien ce nest pas vraiment le cas et vous aspirez simplement à un meilleur confort physique ; ou encore vos motivations principales sont dordre esthétique. Le monde étant ce quil est, vous pensez avec raison que la vie, sans être rose pour autant, est sans doute plus facile en mince. En fait, pour vous, il sagit avant tout de vous faire à vous-même ce cadeau : une meilleure santé, un physique amélioré, un confort accru, une esthétique davantage dans lair du temps. Vous savez que perdre du poids et rester mince nécessitent un travail de fond et ne sont pas des choses faciles, mais vous êtes prêt(e) à en payer le prix, à prendre le temps nécessaire. Vous savez que lamincissement ne saurait résoudre la totalité de vos problèmes, nen attendez pas plus quil ne saurait en donner. Bref, vous êtes lucide et sérieusement motivé(e). De telles motivations sont parmi les meilleures.
Mais parfois, maigrir est davantage que cela : cest une démonstration de volonté. Maigrir se m&eac