Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids
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Comment le poids est-il déterminé? Arnaud Basdevant
Pourquoi grossit-on? Jean-Philippe Zermati
Maigrir: l'histoire de Clara. Jean-Philippe Zermati
Réapprendre à manger à sa faim. Jean-Philippe Zermati
4 moments-clés de la vie. Dominique-Adèle Cassuto
Bouger, c’est essentiel! Jean-Michel Oppert et Chantal Simon
Mieux considérer son corps. Pierre Dalarun

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Hors Série 60 millions de consommateurs, Institut National de la Consommation, N°116, avril-mai 2004

60 millions

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Articles parus dans le Hors Série 60 millions de consommateurs, Institut National de la Consommation, N°116, avril-mai 2004.
Mis sur le net avec l'aimable autorisation de 60 millions de consommateurs


Comment le poids est-il déterminé? Arnaud Basdevant (Pr de nutrition, Hôtel-Dieu, Paris)


Le poids de chaque individu est en partie déterminé par son patrimoine génétique. Il dépend aussi du bilan entre les entrées d’énergie – l’alimentation – et les dépenses. Pour un même poids, certains individus paraissent maigres, d’autres gras.
Le poids est devenu l’une des grandes préoccupations de l’homme moderne. Alors que la prospérité économique laissait présager une relative insouciance alimentaire, il n’est question que de contrôle de poids et de régimes. L’idéal minceur est devenu une véritable idéologie des sociétés industrielle et post-industrielle. Nos ancêtres luttaient pour conserver une corpulence compatible avec la vie et la survie, nos descendants chercheront à éviter la pléthore. Pourquoi est-il devenu si difficile de “réguler” son poids ? Avant de répondre à cette question, voyons ce que traduit le poids d’un individu et ce qui le détermine.

De quoi est fait le poids ?
La balance indique votre poids en kilos. Vous poussez la coquetterie jusqu’à noter les chiffres derrière la virgule. Mais que traduisent ces kilos et ces quelques grammes ? Pas grand-chose si vous ne tenez pas compte de votre taille. Peser 70 kg n’a pas la même signification si vous mesurez 1,55 m ou 1,82 m. Il faut ajuster la mesure du poids à celle de la taille. C’est une évidence sur laquelle il est inutile d’insister. Chacun évalue son poids ou celui du voisin en fonction de la taille.
Mais, au-delà du poids, ce qui vous intéresse – ou vous préoccupe ! – dans la corpulence, c’est la forme du corps, sa composition. Celle-ci exprime bien d’autres choses que le poids lui-même. Pour un même poids, certains individus sont “baraqués”, d’autres “rondelets”.

La composition du corps
Le corps humain est fait de différents tissus : muscles, organes (foie, reins, poumons, tube digestif, etc.), de sang… Ces différents tissus sont constitués d’eau, de graisses, de protéines, de glucides, de minéraux, en proportions variables. Par exemple, le muscle contient beaucoup d’eau et de protéines, ainsi que des glucides. L’os est riche en calcium. Le tissu graisseux, comme son nom l’indique, est principalement constitué de lipides (graisses). Il existe donc différents compartiments corporels, répartis, pour la simplicité, en trois secteurs : la masse grasse (tissu graisseux), la masse osseuse (os) et la masse maigre (qui correspond aux muscles, aux cellules des différents organes et aux liquides de l’organisme).

À chaque secteur sa fonction
La masse osseuse constitue la charpente, le squelette. Elle augmente avec la croissance, atteint son maximum vers 20 ans et décline ensuite progressivement, avec une accélération au moment de la ménopause. Ces modifications de la masse osseuse ont une influence sur la taille, mais très peu sur le poids.
• La masse graisseuse sert au stockage de l’énergie. Nous y mettons en réserve l’énergie dont nous aurons besoin à distance des repas, en cas de jeûne ou de disette (heureusement, nos ancêtres savaient ainsi faire face aux périodes de famine... sinon nous ne serions pas là !). Les femmes ont des réserves graisseuses plus importantes que celles des hommes : en moyenne, les graisses représentent de 15 à 25 % du poids d’une femme, contre 10 à 20 % pour l’homme adulte. La masse grasse présente la particularité de pouvoir se développer de manière très importante : c’est l’obésité. Une personne qui grossit de 70 à 100 kg – donc qui “prend” 30 kg – double son stock de graisse, celui-ci passant à 20 kg. Un point est donc à retenir : les prises de poids importantes sont dues à une inflation des réserves énergétiques sous forme de graisse.
• La masse maigre est constituée de cellules, d’eau et de minéraux. Le poids des organes qui la composent peut augmenter, mais jamais dans des proportions importantes (sauf chez les body builders intensifs !). On peut se muscler en faisant de l’exercice, mais on ne gagnera pas 30 kg. Les maladies cardiaques ou rénales entraînant des œdèmes (rétention d’eau) importants constituent la seule exception.
Selon l’importance de ces différents compartiments, tel sujet paraîtra “maigre” et tel autre “gras” pour un même poids.

Comment est contrôlée la composition corporelle ?
Le poids d’un individu dépend du bilan entre les entrées d’énergie (alimentation) et les dépenses (activité physique, métabolisme de base…). La composition corporelle dépend également, dans une certaine mesure, de la composition de l’alimentation (par exemple, de sa teneur en sel, en matières grasses), de facteurs hormonaux (hormone de croissance, hormones sexuelles, insuline). Chez l’homme, le bilan d’énergie dépend avant tout de la prise alimentaire.
La composition corporelle est l’objet d’un contrôle, d’une régulation. Chez la majorité des individus, le poids est relativement stable sur de longues périodes. Autrement dit, il existe un système qui permet de compenser les variations des apports alimentaires et des dépenses énergétiques.
Par exemple, si, à la suite d’une grosse grippe, une personne mange moins pendant quelques jours, elle compensera ultérieurement en augmentant son alimentation, et elle reprendra le poids perdu.
Nous connaissons de mieux en mieux le système qui contrôle le poids de l’individu. Très schématiquement, on peut le décrire de la manière suivante : le cerveau reçoit des messages des différents organes (le tube digestif, les cellules graisseuses, le muscle, notamment), qui le renseignent sur l’état des réserves énergétiques. Ainsi, une diminution des réserves d’énergie est signalée à une zone spécialisée du cerveau, l’hypothalamus, qui répond en déclenchant une prise alimentaire pour compenser ce déficit. À l’inverse, un excès d’apport déclenche des mécanismes qui freinent la prise alimentaire. Chacun en a fait l’expérience : après une période d’excès, comme les fêtes de fin d’année, l’appétit et la faim diminuent.
Ces messagers qui renseignent le cerveau sur l’état de la composition corporelle sont de mieux en mieux connus. Le plus célèbre est la leptine. Cette hormone est sécrétée
par les cellules graisseuses : si le tissu graisseux croît excessivement, la leptine augmente ; le cerveau réagit en freinant la prise alimentaire et en augmentant la dépense énergétique pour réduire le volume du tissu adipeux.
Il existe donc un système biologique qui contrôle l’intégrité de la composition corporelle. Fort heureusement, la corpulence varie d’un individu à l’autre, comme la taille. Certains sont grands, d’autres petits ; certains sont maigres, d’autres gros. Nous différons les uns des autres par quantité de caractéristiques, notamment la corpulence : c’est une richesse pour l’espèce, et pour nos personnalités. Nous ne sommes ni des robots ni des produits manufacturés.

La corpulence varie d’un individu à l’autre
Comme la taille, la corpulence varie d’un sujet à l’autre, d’une famille à l’autre, et d’une population à l’autre. Le niveau de régulation du poids et de la composition corporelle diffère selon les individus. Certains ont un poids qui se régule à 58 kg, et d’autres à 70 kg pour une même taille. Chacun a pu constater que deux personnes qui se comportent de la même façon en termes d’alimentation et d’activité physique peuvent avoir des poids différents. Comment l’expliquer ?
Tout d’abord, par la génétique : il y a des familles de maigres et des familles de gros. De nombreux chercheurs pensent que nous avons hérité de nos ancêtres une caractéristique biologique, transmise génétiquement : la capacité à résister à la perte de poids. Nos ancêtres ont dû faire face à des périodes de famine. Ils ont été “sélectionnés” génétiquement pour stocker de l’énergie en période d’abondance et pour résister à la disette. Cette caractéristique leur a permis de survivre. Cette qualité est devenue un inconvénient dans notre société d’abondance. La société de consommation et la
disponibilité alimentaire nous conduisent à prendre facilement du poids… mais notre héritage génétique nous rend résistants à nos tentatives d’amaigrissement ! Toutefois, les gènes n’expliquent pas tout : la corpulence ne varie pas seulement d’un individu à l’autre, elle varie chez une même personne au cours de la vie.

La corpulence varie cours de la vie
L’âge, l’alimentation, les hormones, l’environnement, le stress, entre autres, peuvent intervenir pour modifier la régulation du poids. Ainsi, au lieu de régler le poids d’un individu à 60 kg comme prévu génétiquement, le système modifierait le réglage pour le situer à 70 kg. Comme si le thermostat, ou plus exactement le “pondérostat”, changeait la valeur du réglage.
C’est d’ailleurs heureux, car c’est ce qui détermine la croissance ! Pendant toute la croissance de l’enfant, le système qui contrôle la composition corporelle modifie ses réglages. La puberté, avec ses modifications morphologiques, en donne un exemple caricatural : apparition des rondeurs chez la fille, augmentation des masses musculaires chez le garçon. Autre exemple, le vieillissement se caractérise par une diminution de la masse maigre (muscles et os) et par une augmentation de la masse grasse (surtout au niveau du ventre). Ainsi, pour un même poids, le même individu n’a pas la même morphologie à 20 ans et à 50 ans. Ces changements dépendent de modifications hormonales, de variations de la dépense énergétique et de l’évolution des habitudes alimentaires.

Comment se développe le tissu adipeux ?
Lorsqu’une prise de poids importante se produit, elle s’explique avant tout par le développement du tissu graisseux, constitué de cellules : les adipocytes. Un excès d’apports alimentaires conduit à un stockage de graisse dans ces cellules, qui augmentent donc de volume. Si cette augmentation est excessive, la cellule qui a grossi appelle à la rescousse une nouvelle cellule
qui, à son tour, va stocker l’excès d’énergie fourni par le déséquilibre alimentaire. C’est ainsi que le tissu adipeux se développe. Si le phénomène se prolonge et se répète, la perte de poids deviendra de plus en plus difficile, car de nombreuses cellules auront augmenté de volume et auront été recrutées. Voilà pourquoi certaines personnes ont tant de mal à perdre du poids. Dans de rares cas, l’excès de cellules est génétique ; l’excès de poids est alors très difficile à contrôler.

Pourquoi est-il si difficile de contrôler son poids ?
Comment se fait-il que le système qui contrôle biologiquement le poids et qui a l’air si sophistiqué et précis se dérègle chez tant de personnes à l’heure actuelle ? Il est difficile de répondre à cette question, mais on peut schématiser le problème de la manière suivante : certains ont hérité d’un système de contrôle du poids qui n’est pas efficace, ou qui est réglé à un poids de référence au-dessus de la moyenne. Il leur sera donc difficile, pour des raisons biologiques, génétiques, de diminuer leur poids.
Il faut considérer une diversité de situations. La majorité de la population dispose d’un système de régulation du poids qui fonctionne correctement dans les conditions de vie habituelles. Mais les modes de vie modernes sollicitent excessivement ce système, qui peut alors être mis en échec ou s’altérer. Pour prendre une image, votre climatiseur est approprié pour la France, mais si vous l’utilisiez au sud du Sahara, au plus chaud de la saison, il serait inopérant. Pour la régulation du poids, la situation est comparable. Dans une société où la dépense énergétique est réduite et où la consommation alimentaire est effrénée, le système ne sait plus faire face. Et différents facteurs, comportementaux, psychologiques et autres, viennent majorer la vulnérabilité du système.


Plus d’info
• Médecine de l’obésité, dirigé par les Prs Arnaud Basdevant et Bernard Guy-Grand, éd. Médecine-Sciences Flammarion, 2004, 59 E.



Bon à savoir
• Le poids ne suffit pas à évaluer la composition corporelle.
• Pour un même poids, la composition corporelle peut varier.
• Les prises de poids importantes sont dues à une augmentation de la masse graisseuse.


Pourquoi grossit-on? Jean-Philippe Zermati (médecin nutritionniste, Paris)


POURQUOI GROSSIT-ON?
Dr Jean-Philippe Zermati

La plupart des techniques pour lutter contre le surpoids ont échoué. Mais, grâce aux nouvelles connaissances, un modèle biopsychosensoriel permet de comprendre les mécanismes de la prise de poids.
S’il existe bien un problème complexe aujourd’hui en médecine, c’est celui que pose l’augmentation du poids des citoyens du monde, tout au moins de ceux qui ont un accès facilité à une nourriture abondante. L’analyse généralement proposée du phénomène s’illustre par sa lumineuse simplicité: si nous grossissons, c’est que nous mangeons trop gras et que nous manquons d’activité physique. Un diagnostic d’une telle évidence ne peut qu’appeler un traitement d’une aussi grande évidence: pour maigrir, ou ne pas grossir, il suffira de manger moins gras et de s’activer davantage. C’est, à l’heure actuelle, l’antienne de toutes les politiques de santé publique dans le monde. Toutefois, rien n’y fait. Et, malgré la bonne volonté dont font déjà preuve certains pays, manger moins gras n’empêche pas les populations de grossir. Bien au contraire.
C’est peut-être que les choses sont moins simples qu’elles ne paraissent. Comme la plupart des variables biologiques définissant le milieu intérieur (la glycémie, la température, la pression artérielle, le pH…), la masse grasse est régulée par l’organisme de façon à se maintenir relativement constante. Le système de régulation est conçu de manière à réagir aux perturbations occasionnées, en l’occurrence, par les variations de la dépense énergétique ou des apports alimentaires. Ainsi, quand les dépenses énergétiques augmentent, la masse grasse qui renferme les réserves d’énergie diminue davantage. Les sensations de faim s’exacerbent, l’individu mange donc davantage et reconstitue d’autant sa masse grasse. Et inversement quand les dépenses diminuent. De la même façon, quand des apports alimentaires supérieurs aux besoins entraînent une augmentation de la masse grasse, le système réagit en réduisant les sensations de faim, afin que les prises alimentaires diminuent pour laisser l’organisme revenir à son set-point (voir encadré page 38). Et inversement quand les apports alimentaires sont inférieurs aux besoins et entraînent un amaigrissement. Il existe donc une compétence psychophysiologique permettant à chaque sujet d’ajuster sa consommation de nourriture à ses besoins d’énergie et à l’entretien de ses réserves énergétiques.

Manger à sa faim, et rien qu’à sa faim
Toutefois, le mangeur vit dans l’ignorance de ses besoins. En revanche, il sait s’il a faim et s’il a assez mangé. Lorsque, globalement, le sujet mange en fonction de sa faim, il se situe à son set-point. Alors qu’un sujet qui mange durablement sans faim ou plus qu’il n’a faim le dépasse.
Ce système est relativement indépendant de l’activité physique et de la nature des calories absorbées. Ce qui signifie que le poids d’un individu est censé se maintenir constant quel que soit son niveau d’activité physique, et que l’individu peut le maintenir en absorbant aussi bien une alimentation à forte proportion de graisse ou de sucre. Une erreur de quelques calories chaque jour, correspondant à la valeur d’un demi-yaourt à 0 %, commise pendant plusieurs années entraînerait une prise de poids obligatoire de plusieurs dizaines de kilos. Dans la mesure où un grand nombre de personnes prennent du poids au cours de leur vie, il nous faut donc envisager les défaillances de ce système de régulation. Nous pouvons discerner deux sortes de perturbations physiopathologiques, qui se distingueront aussi cliniquement.

Les anomalies du système réglant
Les premières portent sur le système de régulation lui-même. Elles entraînent d’emblée une augmentation du set-point et sont la conséquence de facteurs génétiques, de maladies, de tumeurs cérébrales, de troubles hormonaux, de la prise de certains médicaments, de l’arrêt du tabac, et même, d’après certains auteurs, de chocs psychologiques. Dans toutes ces situations, les sensations de faim augmentent, mais la personne continue de se laisser guider par sa faim. Maigrir, dans ce cas, se révèle pratiquement impossible. Cela imposerait de faire baisser le set-point par des moyens pharmacologiques, qui, pour le moment, n’existent pas, ou d’imposer au patient de manger moins qu’il n’a faim, ce qui ne semble pas réaliste sur une longue période.

Le problème de la sédentarité
De fait, les populations modernes se sédentarisent. Logiquement, cette réduction des dépenses devrait entraîner une diminution des sensations de faim et une réduction proportionnelle des prises alimentaires. C’est en partie d’ailleurs ce qui se produit. La sédentarisation spectaculaire du siècle dernier s’est bien accompagnée d’une diminution importante de la consommation de nourriture. Toutefois, alors que le mouvement de sédentarisation se poursuit, la diminution des apports alimentaires semble atteindre une limite. Comme s’il n’était pas possible de manger beaucoup moins. Bien que rien ne soit démontré, il n’est pas interdit d’envisager une hypothèse. Les prises alimentaires ne sont pas seulement impliquées dans l’homéostasie énergétique, elles interviennent dans d’autres boucles de régulation et, particulièrement dans celles des vitamines et des minéraux. Nous savons qu’une diminution trop importante des apports alimentaires ne permet plus de couvrir les besoins de ces micronutriments, dont certains ont une importance essentielle, car, sans eux, l’être humain ne pourrait survivre. Il se pourrait donc qu’il existe une compétition entre l’homéostasie énergétique et celle des micronutriments. L’organisme ferait le choix de maintenir un niveau d’apports alimentaires compatible avec les besoins en micronutriments en faisant le sacrifice de l’équilibre pondéral, qui, somme toute, est moins essentiel en termes de survie. Vue sous cet angle, l’augmentation du poids serait consécutive à une augmentation du set-point et devrait être envisagée comme une solution adaptative à une situation inédite dans l’histoire de l’humanité. Autre hypothèse: la sédentarité pourrait entraîner une forme de trouble de la conscience de soi et une diminution de la bonne perception des sensations corporelles, dont les sensations alimentaires font aussi partie (voir aussi pages 69 à 73).

Les troubles de la régulation des apportscaloriques (TRAC)
Les secondes perturbations physiopathologiques sont dues à des augmentations prolongées des apports alimentaires. Le système serait en quelque sorte dépassé par des perturbations qu’il ne parviendrait plus à corriger. Dans ces situations, consciemment ou non, le sujet mange plus qu’il n’a faim et dépasse son set-point. Le traitement, dans ce cas, consistera à restaurer les capacités de régulation en répondant à la question suivante: quelles sont les raisons qui peuvent conduire une personne à manger plus qu’elle n’a faim?
Il faut cependant observer qu’une telle situation, si elle se prolongeait trop longtemps, ne serait plus forcément réversible et pourrait, à son tour, entraîner une anomalie du système réglant et une augmentation peut-être définitive du set-point.
Réponses alimentaires aux émotions
De même qu’il existe une homéostasie énergétique ou vitaminique, il existe une homéostasie des émotions. Les émotions négatives créent un état de tension qui appelle de la part du sujet une réponse dont le but sera de réduire ou de faire disparaître cette tension. Dans le modèle cognitivo-comportemental, les émotions résultent non pas des situations qui les ont prétextées, mais de l’analyse qui est faite de ces situations. Elles sont généralement le résultat de pensées négatives sur soi-même, les autres ou les conditions de vie, et s’intègrent à la séquence suivante: situations – pensées – émotions négatives – réactions. Les réponses du sujet à ses émotions peuvent être spécifiques à la situation et à son analyse. Elles se traduiront alors par des actions qui s’exerceront sur la situation elle-même ou par des réflexions qui modifieront l’analyse première de la situation. Elles peuvent également être non spécifiques à la situation et faire simplement appel à des stratégies réconfortantes, dont le but sera de produire des émotions positives, qui viendront neutraliser les émotions négatives. Ces réponses sont considérées comme homéostasiques dans la mesure où elles contribuent à préserver la survie et le bien-être du sujet. Elles sont considérées comme non homéostasiques dans la mesure où elles atteignent un but opposé. Les émotions négatives peuvent, en effet, conduire la personne à produire des réponses inadaptées: psychosomatiques (ulcère à l’estomac, eczéma...), psychopathiques (agressivité, délinquance...), dépressives ou addictives (drogues, tabac, alcool, achats, nourriture...). Les addictions alimentaires, quand elles échappent à la régulation, peuvent naturellement être à l’origine d’une prise de poids. On voit ici clairement que les impulsions alimentaires ne constituent qu’une seule des nombreuses possibilités d’échapper à une réponse homéostasique.

Voir d’un bon œil ce que l’on mange
Mais arrêtons-nous un instant sur les réponses homéostasiques, et tout particulièrement sur les réponses non spécifiques. Nous voyons qu’appartiennent à cette catégorie toutes les stratégies qui permettront à la personne de se faire du bien en produisant des émotions positives. Certains rencontrent leurs amis ou pratiquent leur sport favori. D’autres font les magasins, vont chez le coiffeur ou tout simplement s’offrent un bon restaurant. Et cette prise alimentaire, dans la mesure où elle ne sera ni systématique ni exclusive et qu’elle sera ultérieurement régulée, participera à l’homéostasie émotionnelle. Il n’est donc pas anormal de manger pour neutraliser une émotion. Mais – car il y a un mais – il faut, pour que la réponse soit homéostasique, que la personne soit capable de penser du bien de ce qu’elle mange, afin que l’aliment puisse produire des émotions positives. En gros, elle doit penser: «Ce que je mange est bon et me fait du bien.»

Les pièges de l’hypercontrôle et de la déshinibition
Notre intention est de montrer que la dégradation de la relation avec la nourriture et le corps empêche la régulation de s’effectuer, favorise l’apparition des comportements compulsifs et augmente l’amplitude des réponses alimentaires aux émotions.
La restriction cognitive se caractérise par la présence de deux états qui couramment alternent dans le temps. Le premier est un état d’hypercontrôle, au cours duquel le sujet inhibe ses sensations alimentaires et contrôle son comportement alimentaire. Le second est un état de perte de contrôle ou de désinhibition des sensations alimentaires, qui peut prendre la forme de grignotages, de compulsions ou de crises boulimiques.

Les règles que l’on s’impose
L’état d’inhibition sans perte de contrôle évolue en deux temps. Le premier est caractérisé par la prédominance de cognitions imposant la manière de manger pour maigrir ou ne pas grossir: s’astreindre à trois repas par jour, ne pas manger entre les repas, manger copieusement le matin et légèrement le soir, réduire les quantités de certains aliments jugés “grossissants” et augmenter les quantités d’autres aliments jugés “non grossissants”. Ces règles ne respectent pas les sensations alimentaires et peuvent parfois conduire le sujet à manger sans faim (pour ne pas sauter un repas) pour s’empêcher de manger plus tard quand il aura faim (puisque l’on ne mange pas entre les repas). À ce stade, le sujet perçoit ses sensations alimentaires mais décide de ne pas en tenir compte. À ce jour, aucune de ces allégations n’a pu démontrer son efficacité sur la perte de poids. Il est, par exemple, parfaitement possible de maigrir en prenant deux, quatre, cinq ou six prises alimentaires, en ne prenant pas de petits déjeuners et en mangeant copieusement le soir ou en consommant une alimentation riche en graisse comprenant très peu de légumes. Le seul fait établi est la nécessité d’une diminution des calories, de quelque nature qu’elles soient.

Ces émotions qui nous envahissent
Le second temps de l’état d’inhibition est caractérisé par la prédominance des émotions. Les règles que s’impose le sujet ont donné naissance à de nombreuses émotions négatives qui prennent le dessus sur les sensations alimentaires et viennent les brouiller: la peur d’avoir faim, la peur de manquer, la frustration, la culpabilité...
La personne qui, par exemple, s’interdit de manger entre les repas craint la faim et surconsomme au cours des repas pour s’assurer que sa faim ne réapparaîtra pas prématurément. La personne qui limite sa consommation de gâteaux finit presque toujours par trop en manger quand elle se les autorise. Comme s’il lui fallait rattraper son retard et les manger comme si c’était la dernière fois. Parfois, les sensations disparaissent totalement. Le sujet ne les ressent plus, il doit alors les remplacer par des pensées ou des sensations imaginées. Ainsi, il ne ressent plus la faim, mais pense devoir manger. De la même manière, il ne ressent pas le rassasiement, mais pense avoir assez mangé.

Les troubles du réconfort
La peur de la faim, le manque, la frustration... entraînent couramment des surconsommations et prennent le dessus sur les processus physiologiques de la régulation. Manger devient finalement une activité stressante qui empêche les aliments d’exercer leur fonction réconfortante. Ce phénomène est désigné sous les termes “trouble du réconfort”. Quand il mange, le mangeur restreint produit des émotions négatives qui l’empêchent de s’arrêter et déterminent ainsi le cycle de la restriction cognitive.

Le cycle du corps gros
L’insatisfaction corporelle et le désir de minceur qui s’emparent de la population occidentale conduisent la plupart des mangeurs à ne pas supporter leur propre corps et, par conséquent, bien souvent à engager ou à renforcer leurs efforts d’amaigrissement. La vision de ce corps qui les insupporte, d’une part, produira des émotions négatives, qui, comme nous l’avons vu, trouveront leur issue dans la nourriture. Si elles ne sont pas compensées, ces prises alimentaires pourront naturellement entraîner une prise de poids. D’autre part, elle aboutira à un renforcement de la restriction cognitive dès lors que le sujet s’essaiera à vouloir maigrir. C’est ainsi que l’infortuné mangeur se trouvera pris à un double piège: plus je grossis, plus je mange. Et plus je mange, plus je grossis, et moins je suis capable de m’arrêter de manger. C’est le cycle du corps gros.

Le cycle des réponses alimentaires aux émotions
Certaines personnes parviennent à se contrôler, avec ou sans prise de poids, durant de longues périodes. Mais la plupart alternent les périodes de contrôle avec des périodes de pertes de contrôle. Les facteurs déclenchants sont divers. Il peut s’agir de modifications de l’état physiologique du sujet (prises d’alcool, fatigue, maladies, carences énergétiques liées à des régimes trop privatifs) ou, comme nous l’avons vu, d’émotions produites par des pensées négatives sur soi-même, les autres ou les conditions de vie survenant dans ce cas avant la prise alimentaire. Ou encore d’émotions provoquées par la restriction cognitive (je mange trop ou je mange mal) survenant lors de la prise alimentaire.
Dans tous les cas, l’incapacité à se contrôler viendra elle-même nourrir les pensées négatives sur soi-même et favoriser la production d’émotions négatives, qui constitueront autant de portes d’entrée dans le cycle du corps gros et dans le cycle de la restriction cognitive. Et ainsi refermer le dernier cycle, celui de la réponse alimentaire aux émotions.
Maigrir durablement en retirant quelques matières grasses et en s’activant davantage est sans doute une solution séduisante par sa simplicité. Elle est malheureusement fausse et peu compatible avec des problèmes d’une telle complexité. Ce que confirment d’ailleurs les résultats, qui montrent un taux d’échec de cette solution proche de 90 % ! Ce qui serait sans grande conséquence si le taux d’aggravation du problème (augmentation du poids, des troubles du comportement alimentaire et détresse psychologique) n’était pas du même ordre.




ENCADRÉ: Le système de régulation
Schématiquement, le système nécessaire à la régulation (le système réglant) comprend des capteurs, qui mesurent en permanence la quantité de masse grasse, un centre de commande situé dans l’hypothalamus, qui compare cette mesure à une valeur fixée (le set-point) par l’organisme, et des effecteurs (les sensations alimentaires), qui agissent sur la prise alimentaire afin de rétablir la masse grasse au niveau fixé. Le set-point est déterminé pour chaque individu par des facteurs biologiques et peut évoluer au cours de la vie.



ENCADRÉ: Le cycle de la restriction cognitive
Il est bien difficile, dans un monde au régime, de penser du bien d’un morceau de chocolat ou d’une rondelle de saucisson. Une nouvelle relation s’est établie entre le mangeur moderne et sa nourriture. Les psychologues ont décrit le phénomène dans les années 1970 et l’ont nommé restriction cognitive. En voici une définition: «Position mentale à l’égard des aliments dans l’intention de contrôler ses apports caloriques en s’imposant un ensemble d’obligations et d’interdictions alimentaires afin de perdre du poids ou de ne pas en prendre.»
Cette définition appelle plusieurs remarques. En premier lieu, la restriction cognitive n’est pas une manière de manger, mais une manière de penser. Elle n’implique donc pas la privation effective d’un aliment ou d’un groupe d’aliments. En deuxième lieu, il est seulement mentionné dans cette définition une intention de contrôle, et non un contrôle réel de l’alimentation. En fait, la restriction cognitive peut exister en dehors de tout contrôle. En troisième lieu, le contrôle des prises alimentaires s’effectue quasi exclusivement à partir de facteurs cognitifs et ne prend plus en compte le système physiologique de la régulation. Pour terminer, la restriction cognitive est indissociable d’une insatisfaction corporelle ou d’une crainte de grossir.



ENCADRÉ: Les trois cycles des défaillances de la régulation
>>> Cycle de la restriction cognitive
Je mange un gâteau, je sais que je ne devrais pas le faire (culpabilité), mais cela fait un mois que je me prive (frustration). Et puis, comme demain je reprendrai mon régime, autant en profiter aujourd’hui (anticipation du manque). Mais plus je mange, plus je me sens coupable (émotions négatives). Plus je me sens coupable, plus je me répète que c’est la dernière fois, et qu’il vaut mieux en profiter (peur de manquer). Et donc, plus je mange...

>>> Cycle du corps gros
Je suis trop grosse. C’est insupportable (image dégradée du corps gros). Cela m’angoisse (émotions négatives). Je vais me mettre au régime (efforts d’amaigrissement). En attendant, je mange du chocolat pour me réconforter (prises alimentaires). C’est stupide, mais autant en profiter si cela doit être la dernière fois (peur de manquer: cycle de la restriction cognitive). Mais, puisque je mange, je grossis encore plus. C’est encore plus insupportable. Cela m’angoisse encore plus (émotions négatives: peur de grossir). Je mange pour me réconforter...

>>> Cycle des réponses alimentaires aux émotions
Mon travail n’avance pas, mes collègues vont se rendre compte que je ne suis pas à la hauteur (pensées négatives sur soi-même). Je suis angoissée (émotions négatives). Je mange du chocolat pour me réconforter (réponse alimentaire aux émotions). Je jure que c’est la dernière fois, autant en profiter (peur de manquer: cycle de la restriction cognitive). Je suis incapable de me contrôler, je n’ai aucune volonté. Je suis vraiment nulle (pensées négatives sur soi-même). Je vais manger pour me consoler (cycle des réponses alimentaires aux émotions)... Et en plus, je deviens énorme (cycle du corps gros).

Sur ce même sujet, pour plus de détails, voir: Comment aider les personnes en restriction cognitive. Gérard Apfeldorfer (médecin psychiatre, Paris).





Maigrir: l'histoire de Clara. Jean-Philippe Zermati (médecin nutritionniste, Paris)


MAIGRIR: L’HISTOIRE DE CLARA.
Dr Jean-Philippe Zermati
Travail réalisé avec le Dr Gérard Apfeldorfer


Maigrir est une tâche complexe. Les approches classiques qui expriment l’objectif en nombre de kilos à perdre sont souvent vouées à l’échec, du moins à terme. Une nouvelle approche vise surtout à restaurer les capacités de régulation. Explications avec le cas de Clara.
Clara est âgée de 42 ans. Elle est d’origine italienne. Ses parents, de condition modeste, sont naturellement minces, mais très attentifs à leur poids et à leur alimentation. Ils consomment une nourriture “saine” et “équilibrée”. Ils n’ont jamais prononcé de réflexions désagréables sur le poids de leur fille, mais ils ne se privent pas de faire des commentaires désobligeants au sujet des gens trop gros. Sans les mots, ils savent faire comprendre l’importance qu’ils donnent à « ne pas se laisser aller ».

Des parents exigeants
Tous les deux se sont montrés particulièrement exigeants quant aux études de leur fille et, d’une manière générale, quant à ses performances, qu’ils tiennent pour la condition de son intégration dans leur pays d’adoption. Elle tire de son éducation un perfectionnisme exacerbé et un très haut niveau d’exigence vis-à-vis d’elle-même.

Le premier régime
À l’âge de 16 ans, un peu complexée par son changement de morphologie, elle tente brièvement un « petit régime ». À 18 ans, elle passe son bac, pèse 62 kg pour 1,75 m, commence à fumer et s’inscrit en sciences économiques. Elle constate que s’installent, à ce moment-là, des préoccupations pondérales et un léger contrôle de son alimentation. Elle commence à « faire attention ».

Les enfants arrivent
À 25 ans, elle commence sa carrière professionnelle comme consultante sur les marchés financiers. Elle rencontre son futur mari, qu’elle épouse deux ans plus tard. Leur premier enfant naît cette même année, et le second deux ans plus tard. Chaque grossesse est suivie d’un « petit régime », pour revenir plus rapidement à son poids habituel, qui se situe entre 65 et 67 kg. Dans le même temps, il n’est plus suffisant de “faire attention“, et un contrôle plus serré de l’alimentation se révèle nécessaire pour que son poids se maintienne.

Derrière la réussite sociale...
L’idée permanente que 4 ou 5 kg de moins seraient préférables habite Clara. Chaque fois qu’elle frôle la barre fatidique des 70 kg, elle se « serre un peu la vis en supprimant ce qui fait grossir ». Clara est très soucieuse de son apparence et ne supporte aucune marque de laisser-aller, concernant tant ses tenues vestimentaires que sa silhouette. L’éducation de ses deux enfants, les responsabilités grandissantes au sein de son entreprise, les difficultés professionnelles rencontrées par son mari et le décès de son père marquent l’évolution des années qui suivent. Clara présente les apparences d’une belle réussite sociale et personnelle. Elle se décrit pourtant comme anxieuse, vulnérable au jugement de ses amis et de ses collègues. Elle supporte très mal la perspective d’un échec quel qu’il soit.

Clara a pris 16 kilos
À 40 ans, Clara décide d’arrêter de fumer, alors que sa consommation quotidienne est de 20 cigarettes. L’arrêt du tabac entraîne une prise de poids dès les deux premiers mois, et celle-ci se poursuit au cours des deux années suivantes, malgré des efforts soutenus de régime. Au total, Clara a pris 16 kg, et elle pèse maintenant 83 kg. Son indice de masse corporelle (IMC) est de 27,1. Clara s’astreint à prendre trois repas par jour, et elle veille à n’en sauter aucun. Elle s’impose généralement une nourriture réduite en matières grasses et en sucre, et consomme régulièrement des légumes et des protéines maigres.
Toutefois, depuis l’arrêt du tabac, elle constate l’apparition de compulsions sucrées en fin de journée, après son travail, et le soir, après le dîner. Le week-end et les moments où elle est inoccupée sont fréquemment l’occasion de grignotages. D’une manière générale, ses contrariétés sont souvent suivies de compulsions.
Il est décidé d’un commun accord d’engager un travail sur les compulsions et la restriction cognitive, puis d’engager une réflexion sur son perfectionnisme qui semble se manifester dans le désir d’un corps irréprochable, les relations avec l’entourage et l’estime de soi.

Les réponses du nutritionniste

Le petit carnet
• Dans un premier temps, il est demandé à Clara de tenir un carnet alimentaire et de porter son attention sur ses sensations de faim et de rassasiement, ainsi que sur les situations au cours desquelles il lui semble manger sans faim.
Clara déclare ne pas très bien distinguer la faim de l’envie de manger. Elle perçoit très mal le rassasiement et mange assez souvent sans faim dans les situations problèmes suivantes:
• pour respecter des règles alimentaires (elle s’oblige à manger trois fois par jour, même si elle n’a pas faim);
• par crainte d’avoir faim entre les repas (elle s’interdit de manger entre ceux-ci);
• quand elle se trouve exposée à des aliments “interdits”;
• quand elle essaie de consommer des aliments “interdits”, même en petite quantité;
• quand son assiette comporte plus de nourriture qu’elle n’en mangerait par faim;
• quand elle éprouve des émotions négatives.

Se concentrer sur le goût
• Dans un deuxième temps, il est demandé à Clara de manger en consacrant plus d’attention à ses sensations alimentaires, en se concentrant sur le goût des aliments. Des exercices de concentration et de dégustation lui sont enseignés. Les processus de rassasiement lui sont expliqués. Les recommandations suivantes lui sont adressées:
• manger quand elle a faim et ne pas manger quand elle n’a pas faim, sans tenir compte de règles concernant les prises alimentaires et, dans la mesure du possible, sans même tenir compte des convenances sociales;
• manger, quand elle a faim, les aliments de son choix, sans tenir compte de la nature des aliments, et tout particulièrement de leur “pouvoir grossissant” ou non;
• dans le cas où elle ne parviendrait pas à respecter ses sensations alimentaires, il lui est demandé de préciser les situations problèmes qui la font manger sans faim et, le cas échéant, d’indiquer le nom et la cause des émotions responsables.
Clara déclare se sentir plus apaisée face à la nourriture, mais elle éprouve toujours des difficultés à discerner le rassasiement. La peur de la faim, l’exposition aux aliments “interdits” et la survenue d’émotions négatives sont le plus souvent responsables de ses surconsommations.

Clara pèse 75 kg…
• Dans un troisième temps, des expériences alimentaires et sensorielles sont proposées à Clara (voir encadrés ci-dessous).
Au terme de ces séances, Clara a perdu du poids et pèse maintenant 75 kg. Son IMC est de 24,5. Elle déclare se sentir en paix avec ses aliments et manger en fonction de ses sensations alimentaires, sans se préoccuper d’autre chose.

… mais elle n’a pas renoncé son poids idéal
Toutefois, Clara exprime une grande difficulté à accepter ce nouveau poids et ne se résout pas à renoncer à son poids idéal, qu’elle situe autour de 65 kg. Elle admet qu’il ne lui serait possible d’atteindre celui-ci qu’en mangeant moins qu’elle n’a faim. Ce qu’elle ne conçoit pas, mais ce qui ne l’aide pas non plus à accepter ce nouveau poids. Elle constate que ses émotions sont encore la cause de compulsions. Ces dernières sont devenues moins fréquentes, mais elles pourraient laisser persister un surpoids par rapport au set-point. Il est convenu de poursuivre les séances en se concentrant sur l’acceptation de soi et la représentation sociale du corps gros, ainsi que sur le perfectionnisme, cause majeure de son anxiété.
La peur de grossir de Clara se fonde sur l’idée qu’elle se fait du jugement des gens sur les personnes obèses. Elle considère elle-même que le surpoids est un signe de faiblesse et de manque de volonté, une sorte de maladie honteuse. Elle pense qu’il constitue aussi un obstacle majeur à son pouvoir de séduction, et même à son bonheur. Elle prend conscience qu’elle a renoncé à un grand nombre d’activités ou de projets à cause de son surpoids. Elle ne s’autorise plus à aller danser, à se mettre en maillot de bain ou à prendre des vacances à la mer. Elle n’ose plus porter des vêtements près du corps et porte à la place des vêtements amples, qui dissimulent ses fesses et ses hanches. Elle hésite même parfois à se rendre chez des amis qui l’ont connue plus mince.

Retrouver l’estime de soi
• Diverses pensées sont analysées: les gros n’ont pas de volonté; pour séduire, il faut être belle; je ne peux m’aimer que si je me plais; si je grossis, je vais perdre mes amis et je ne serai plus crédible dans mon travail; les gens se moquent de moi quand je parle… Plusieurs séances sont consacrées à discuter ces pensées et à expérimenter des situations qui permettent de réviser les croyances de Clara, en particulier sur la beauté, la séduction et l’amour. Des expériences sont proposées dans le but de mieux s’assumer et de recouvrer une meilleure estime de soi. Progressivement, les comportements d’évitement de Clara s’atténuent, et elle reprend confiance en elle.
Au cours de la prise en charge, Clara rencontre des difficultés dans son travail qui occasionnent de nouvelles compulsions et la reprise de quelques kilos. Son haut niveau d’exigence, la peur d’échouer et de décevoir sont la cause des émotions qui ont entraîné ces compulsions.

Enfin le poids se stabilise
• La relation avec son père est immédiatement évoquée. Et les entretiens se centrent sur la différenciation entre les désirs de Clara et ceux de son père. D’une façon générale, Clara apprend à moins dépendre des attentes des autres. Des expériences mettent Clara en situation d’échec acceptable, afin d’en constater les conséquences réelles et non pas imaginaires sur ses relations avec son entourage. On teste ainsi l’idée qu’il n’est pas nécessaire d’être parfaitement compétente pour être appréciée, ni parfaitement belle pour être aimée.
Clara a fini par stabiliser son poids autour de 73 kg. La prise en charge ne s’est pas résumée à une simple perte de poids. Elle s’est déroulée de façon complexe – elle a été accidentée par des avancées et des reculs – et inattendue, avec des détours loin de la nourriture. De profonds changements sont intervenus dans sa manière d’aborder la nourriture, l’image de soi et ses rapports avec les autres. Le poids n’est pas celui qu’elle avait espéré, mais c’est le sien, et elle l’accepte.



Bon à savoir
Tout ce que l’on mange après être rassasié est mangé sans faim. Par définition, ce que l’on mange sans faim représente la quantité de nourriture en trop, celle qui peut faire grossir quand elle n’est pas régulée, même s’il s’agit de radis ou de yaourts à 0 %.
Tout ce que l’on mange avant d’être rassasié est mangé par faim. Cela correspond aux besoins énergétiques et ne peut faire grossir, qu’il s’agisse de frites ou de chocolat.
Par conséquent, la question n’est pas de savoir s’il faut manger des frites ou des radis, mais de savoir, que l’on mange des frites ou des radis, s’il y en a assez ou trop.




Bon à savoir
Les expériences de substitution consistent à remplacer, durant quelques jours, la totalité du déjeuner habituel par la consommation d’un aliment “interdit”.
Leur but est double. D’une part, montrer à la patiente que la consommation d’un aliment “interdit” ne fait pas grossir quand il est mangé avec faim, et même qu’elle peut entraîner une perte de poids. D’autre part, faire progresser la patiente quant à sa perception du rassasiement et à sa capacité à respecter ses sensations alimentaires.
Ces expériences sont répétées plusieurs fois, avec divers aliments “interdits”, et complétées par d’autres expériences au cours desquelles il est demandé à la patiente de jeter les aliments qui excèdent sa faim, afin de marquer symboliquement l’idée qu’elle ne souffre pas d’un manque de nourriture, et tout particulièrement qu’elle ne sera plus privée des aliments qu’elle s’interdisait jusqu’ici.




Bon à savoir
Quand une personne a peur d’avoir faim, elle cherche généralement à faire disparaître sa faim en consommant plus qu’il n’est besoin. Alors qu’il lui faudrait faire disparaître sa peur.
Voici une expérience qui l’y aidera:
• le matin, ne pas prendre de petit déjeuner pendant quelques jours;
• se munir d’une collation de son choix;
• consommer cette collation dans la matinée, en cas de faim seulement.





Réapprendre à manger à sa faim. Jean-Philippe Zermati (médecin nutritionniste, Paris)


Réapprendre à manger à sa faim. Jean-Philippe Zermati (médecin nutritionniste, Paris).



RÉAPPRENDRE À MANGER À SA FAIM
Dr Jean-Philippe Zermati

Pour perdre du poids, il faut supprimer des calories, et non tel type d’aliments ou tel autre. Il faut restaurer les processus naturels de régulation, pour rétablir l’équilibre énergétique. Autrement dit, réapprendre à ne manger qu’en fonction de ses vrais besoins.
L’approche biopsychosensorielle des problèmes de poids impose de renoncer à présenter le poids comme l’objectif du traitement, à la différence de ce que préconisent habituellement la plupart des approches classiques, qui expriment les objectifs en nombre ou en pourcentage de kilos à perdre. Ce nouveau modèle impose de choisir comme objectifs la restauration des processus de régulation, ainsi que la recherche du set-point et le maintien du poids à ce niveau.

Qu’est-ce que le set-point?
Le set-point est le seul poids qu’une personne peut maintenir sans se restreindre, et il n’existe actuellement aucun moyen médical de le déplacer. Seules pourront maigrir les personnes se situant au-dessus de leur set-point. Celles qui se trouvent au-dessous, du fait d’une trop forte privation énergétique, grossiront. Celles qui se trouvent déjà à leur set-point ne changeront pas de poids, mais elles auront le bénéfice de maintenir leur poids grâce à leurs processus de régulation et non plus du fait d’un contrôle mental de leur alimentation.
Le set-point peut être sensiblement supérieur au poids que la personne espérait atteindre, au poids actuellement préconisé par les critères de beauté ou même au poids qu’il serait médicalement souhaitable d’atteindre.

Les bases physiologiques du traitement
Les principes universels de la thermodynamique restent la règle absolue: il n’est pas possible d’espérer une perte de poids autrement que par la négativation du bilan d’énergie. Toutefois, selon les individus, en raison des facteurs génétiques, la même réduction calorique n’entraînera pas la même perte de poids. En outre, toute augmentation prolongée des apports caloriques entraîne une prise de poids, que ces calories soient apportées par des aliments lipidiques ou glucidiques. Autrement dit, tous les aliments peuvent faire grossir, y compris les légumes verts ou les yaourts à 0 %, s’ils sont consommés en plus des besoins de l’organisme; ou aucun aliment ne fait grossir, même les frites ou le chocolat, tant qu’il apporte des calories nécessaires à l’organisme.
Pour maigrir, il est donc seulement nécessaire de supprimer des calories, et non de vouloir réduire une catégorie d’aliments (les frites ou le chocolat) plutôt qu’une autre (les légumes ou les yaourts à 0 %).
En situation d’équilibre énergétique, le poids se maintient aussi bien avec une alimentation riche en lipides qu’avec une alimentation riche en glucides. Si les apports n’excèdent pas les dépenses, on peut manger ce que l’on veut.
En d’autres termes, ce qui fait dépasser son set-point, ce sont toutes les calories apportées par des aliments consommés en plus des besoins. Et ce qui fait revenir à son set-point, c’est la suppression des calories apportées par les aliments consommés en plus des besoins. Pour être encore plus clair, ce qui fait grossir, c’est manger plus que sa faim. Ce qui peut faire maigrir, c’est ne pas manger plus que sa faim. Les personnes qui ont dépassé leur set-point enregistrent une diminution de leurs sensations de faim, dont le but est de les inciter à réduire leurs prises alimentaires, afin qu’elles retrouvent leur set-point. Il leur suffit donc, pour maigrir, de se remettre à manger à leur faim.

Les étapes du traitement
D’emblée, il faut distinguer deux aspects. Le premier est le traitement des complications du surpoids (métaboliques, cardiaques, articulaires, pulmonaires…), qui, dans tous les cas, contribuera au mieux-être immédiat ou futur du patient. Ces traitements ne présentent pas de spécificité particulière, ils sont identiques que l’on souffre ou non d’un surpoids.
Le second aspect peut être considéré comme le traitement de fond du surpoids. Il consiste à traiter les troubles de la régulation des apports caloriques (TRAC). Il faut pour cela identifier et neutraliser les différents agents dérégulateurs.
• La sédentarité: nous avons vu le rôle qu’elle pouvait jouer dans le dérèglement des processus homéostasiques.
• Le cycle de la restriction cognitive: il faut restaurer une relation sereine avec la nourriture guidée par les processus de régulation.
• Le cycle du corps gros. Il est indispensable de faire la paix avec son corps et d’accepter son set-point, même si celui-ci est très élevé.
• Le cycle des réponses alimentaires aux émotions: enfin, il faut rétablir une homéostasie émotionnelle. Ce qui signifie que la réponse à une tension émotionnelle doit entraîner la diminution ou la disparition de cette tension sans en créer une autre, de nature différente. En somme, la solution ne doit pas constituer un problème.




ENCADRÉ: Bases et objectifs du traitement
L’objectif du traitement n’est pas le poids, mais la restauration des capacités de régulation.
• Seules peuvent maigrir les personnes au-dessus de leur set-point.
• On ne choisit pas son set-point.

La négativation du bilan énergétique est la condition indispensable (mais non toujours suffisante) d’une perte de poids durable.
• La réduction calorique ne peut porter que sur les calories en trop.
• Les calories en trop sont celles qui sont mangées sans faim ou au-delà de la faim.
• Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises calories.

Le traitement n’est pas standardisé, mais il prend toujours en compte, dans un ordre propre à chaque patient:
• les complications médicales du surpoids;
• le comportement alimentaire et la restauration des processus de régulation;
• la peur de grossir et l’acceptation de son set-point;
• les causes émotionnelles des réponses alimentaires;
• la sédentarité.




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Quatre moments-clés de la vie. Dominique-Adèle Cassuto (médecin nutritionniste, Paris)



QUATRE MOMENTS CLÉS DE LA VIE
Dr Dominique-Adèle Cassuto




À certaines étapes de la vie, comme l’arrivée d’un enfant ou l’approche de la ménopause avec la cinquantaine, à l’arrêt du tabac, sous l’effet du stress, la prise de poids menace. Comment ne pas laisser les kilos s’installer ? Réponses avec ces quatre scénarios types.


JE VIENS D’ACCOUCHER

Âgée de 25 ans, Aline a accouché il y a 4 mois d’un garçon de 3,8 kg. Elle a toujours fait attention à son poids, car, dans sa famille, toutes les femmes sont rondes. Elle a débuté sa grossesse avec un poids de 55 kg pour une taille de 1,65 m, et elle pesait environ 80 kg lors de l’accouchement.
Elle raconte avoir grossi au début de la grossesse (de 10 kg en 3 mois), et beaucoup les 3 derniers mois. Elle a perdu 15 kg assez vite après la naissance, mais elle est désespérée, car elle n’arrive pas encore à remettre ses « jeans préférés ». Elle allaite son fils et n’a repris ni son travail ni son sport hebdomadaire.

La prise de poids pendant la grossesse est très différente d’une femme à l’autre, voire d’une grossesse à l’autre chez une même femme. La prise de poids “normale” est de 9 à 13 kg, mais les femmes très minces peuvent prendre jusqu’à 18 kg sans problèmes ni pour leur bébé ni pour leur poids futur. D’autres femmes, plus rondes, prennent moins de poids, mais retrouvent plus difficilement leur ligne. Quel que soit le poids des mères, le minimum accepté par les obstétriciens est de 7 kg. Ce poids correspond au poids du bébé augmenté de celui du placenta et du liquide amniotique. Une grande partie de ce poids sert également à la constitution d’une réserve utilisée lors de l’allaitement.
La prise de poids pendant la grossesse n’est pas régulière : très faible lors du 1er trimestre, elle s’accentue dès le 4e mois (1,5 kg en moyenne par mois). Les hormones liées à la grossesse favorisent l’appétence. L’augmentation excessive de la ration alimentaire passe souvent inaperçue, alors qu’elle est bien réelle. L’annonce de la grossesse peut entraîner une augmentation inadaptée des apports alimentaires (« Je mange pour deux ! »), parfois secondaire à la levée de la restriction alimentaire antérieure. L’apparition d’une rétention d’eau, voire d’œdèmes, entraîne souvent une impressionnante augmentation de la courbe de poids vers le 7e ou le 8e mois. Ces derniers kilos sont en général très vite perdus après la naissance. La perte de poids débute “naturellement” dès le retour à un cycle menstruel normalisé si l’alimentation est normale, et il faut en général un an pour retrouver son poids antérieur.
Indépendamment du poids, il faut aussi un certain temps pour que l’étirement des tendons responsable de l’élargissement du bassin diminue et que la femme retrouve sa silhouette. Mais il se peut qu’une femme ne puisse pas retrouver celle-ci du fait des modifications physiologiques et psychologiques que la grossesse a entraînées chez elle.

Ne surtout pas suivre un régime trop strict
Lors de l’allaitement, les besoins caloriques sont à peu près identiques à ceux de la fin de la grossesse. Aussi les femmes qui allaitent ont-elles un appétit plus aiguisé que celui des autres mamans. En bloquant le retour des règles, l’allaitement retarde les mécanismes qui facilitent l’amaigrissement. L’allaitement prolongé favorise néanmoins “à long terme” la fonte des graisses stockées pendant la grossesse. À son retour de couches, la femme doit être patiente pour perdre les kilos accumulés lors de sa grossesse et ne pas se fixer d’objectifs irréalisables. Inévitablement, un régime trop restrictif pourrait être contre-productif et risquerait de provoquer un épuisement physique à un moment où s’occuper de son bébé au quotidien exige beaucoup d’énergie.
• Cette période peut être l’occasion de reprendre une activité physique et son sport habituel (dès la fin de la rééducation périnéale).
• Il faut opter pour une alimentation saine et équilibrée, en ne focalisant pas sur les calories, mais sur la valeur nutritionnelle des aliments. Comme dans un régime classique, il faut modérer l’apport en matières grasses sans les supprimer totalement de l’alimentation. Il faut penser à consommer des poissons gras, des noix et des noisettes pour leur teneur en oméga 3, des acides gras essentiels importants après une grossesse. Il faut aussi surveiller le taux de calcium, et combler les déficits inhérents à la grossesse et à l’allaitement en consommant 3 ou 4 produits laitiers par jour. On sait également que de 30 à 40 % des femmes présentent des carences en fer après l’accouchement ; aussi ne faut-il pas oublier de manger régulièrement de la viande. Il faut prévoir, si c’est nécessaire, une collation équilibrée dans la matinée et/ou l’après-midi (surtout durant l’allaitement).
• Ce régime alimentaire doit être aussi repensé dès la reprise du travail et/ou de l’activité physique. Une consultation chez un médecin nutritionniste peut être nécessaire si la perte de poids ne s’amorce pas.


J’APPROCHE DE LA CINQUANTAINE

Catherine, âgée de 45 ans, accuse un léger surpoids : 70 kg pour 1,64 m. Elle a pris en 2 ans 7 kg, qu’elle n’arrive pas à perdre. Elle est depuis 10 ans proviseur d’un lycée et habite un logement de fonction sur place. Elle n’a jamais pratiqué de sport.

Dès la période de la périménopause, de nombreuses femmes se plaignent de prendre du poids. La principale cause de prise de poids – et difficulté à en perdre – est le ralentissement du métabolisme de base. Due en partie à la diminution de la masse musculaire venant avec l’âge, la prise de poids est favorisée par la sédentarité. En effet, plus la masse musculaire est importante, plus l’énergie fournie par l’organisme est grande ; et inversement. Une jeune femme de 20 ans peut consommer de 2 000 à 2 200 kilocalories par jour, alors qu’à 45 ans, l’apport quotidien doit se situer entre 1 700 et 1 800 kilocalories si elle ne pratique aucune activité physique.
L’histoire de Catherine illustre bien ces propos : elle habite sur son lieu de travail et ne fait aucun sport. Comme elle est très sédentaire, il est logique que son poids augmente régulièrement.

Apprendre à bouger
En dehors de la diminution du métabolisme de base se greffent les variations hormonales. La périménopause se traduit par une perte, brutale ou progressive, de la sécrétion hormonale en progestérone, puis en œstrogènes.
L’excès relatif d’œstrogènes par la chute de la progestérone favorise une augmentation de la graisse au niveau des fesses, des cuisses et des hanches. En ménopause confirmée, la chute des œstrogènes modifie sa répartition, avec une augmentation de la graisse abdominale. La prise de poids survient en peu de temps.
• Le premier conseil pour Catherine sera d’augmenter son activité physique journalière (par exemple, une marche rapide d’au moins 30 minutes) et de faire du sport une fois par semaine.
• Par la suite, son gynécologue pourra faire le point sur les variations de son cycle. En cas de ménopause confirmée, la décision de prendre ou non un traitement substitutif dépendra d’un certain nombre de facteurs, comme l’intensité de ses bouffées de chaleur, ses antécédents de cancer du sein, etc. La peur de la prise de poids sous traitement substitutif ne doit pas être un facteur décourageant, car, bien adapté, il pourrait la limiter.
• En parallèle, Catherine se verra proposer une prescription qui adaptera les apports alimentaires à son âge et à son activité physique. La masse musculaire sera maintenue grâce à un exercice régulier, mais aussi par la consommation d’une quantité suffisante de protéines. Les grignotages pourront être diminués par une réorganisation des apports dans la journée.
• En ce qui concerne les hommes, leur métabolisme de base est plus élevé que chez les femmes, car leur masse musculaire est plus importante. Cette dernière décroît moins vite, laissant la possibilité aux hommes de la cinquantaine de manger plus que les femmes de leur âge. La prise de poids chez eux peut cependant apparaître secondairement à une trop grande sédentarité et/ou à une alimentation trop riche. On visera alors la reprise d’une activité physique régulière, couplée à une alimentation plus adaptée.


JE NE MANGE RIEN, ET POURTANT…

Martine, qui a 37 ans, consulte pour une prise de poids récente (9 kg en 15 mois). Elle a été licenciée l’année précédente et a eu une multitude de problèmes familiaux. Auparavant, elle a toujours été mince, sauf à l’adolescence, où elle était un peu plus ronde.
Elle raconte qu’elle mange toujours de la même façon et essaie depuis 2 mois, sans résultat, de perdre les kilos pris.

Si on soumet un animal à des stress répétés en présence de nourriture, il risque fort de développer une hyperphagie et une obésité. Les expériences de “stress” faites sur des rats (on leur pince la queue) ont montré une relation positive entre “stress” et prise de poids, à condition que la nourriture soit disponible et hautement goûteuse. Dans le cas contraire, l’animal montrera des comportements agressifs ou violents. Chez l’homme, le stress n’a de valeur qu’individuelle (ce qui stresse l’un ne stresse pas nécessairement l’autre). L’addition et la répétition de stress vont entraîner des traumatismes cumulatifs aboutissant à des réactions comportementales.
En ce qui concerne le poids, le stress pourrait agir de plusieurs façons : soit il modifie le comportement alimentaire ; soit il perturbe le métabolisme en favorisant le stockage (soit les deux !). La première hypothèse, la plus couramment vérifiée, est souvent admise : « Je me venge sur la nourriture. » On peut assister à une augmentation des apports alimentaires sans modification qualitative de l’alimentation. Elle peut être due à l’affaiblissement par le stress des signaux internes de faim et de satiété, mais elle est souvent secondaire à la levée d’une restriction alimentaire chronique.
Sans enquête alimentaire détaillée, il est difficile de connaître les apports alimentaires réels pour Martine, mais sa biographie nous signale qu’elle a toujours été mince, probablement au prix du maintien d’une restriction alimentaire chronique (elle était une adolescente ronde). Dans le cas de stress chronique, une alternance de périodes de restriction et de désinhibition, majorée par une volonté de régime, se traduit souvent par l’apparition de grignotages ou de compulsions plus graves.
La seconde hypothèse, celle de la perturbation du métabolisme, suggère des prises de poids sans élévation des apports alimentaires. Elle paraît paradoxale et renvoie à une modification des rendements énergétiques par une altération des interactions entre les centres régulateurs et les neuromédiateurs et les hormones du stress (adrénaline, noradrénaline, dopamine...).
• Dans les deux cas de figure, Martine doit bénéficier d’une prise en charge psychologique couplée à une meilleure gestion de son stress.
• Quant à la prise en charge nutritionnelle, elle doit s’attacher d’abord à stabiliser sa courbe pondérale et à lutter contre les effets de la restriction cognitive.


J’AI ARRETÉ DE FUMER

• Marc, 40 ans, a arrêté de fumer il y a 6 mois, et il a pris 10 kg, surtout au niveau de l’abdomen. Il n’a jamais été gros et n’a jamais fait de régime. Il consulte car il s’inquiète : son père est obèse et diabétique non insulinodépendant. Actuellement, il pèse 85 kg pour 1,80 m (avec un indice de masse corporelle de 26,23, il est actuellement en surpoids, selon la définition). Il est informaticien, et il ne fait pas de sport régulièrement. Il a arrêté de fumer sans aucune aide médicamenteuse ou psychologique. Depuis l’arrêt du tabac, il a envie de grignoter tout le temps.

• Isabelle, publiciste âgée de 40 ans, fume depuis qu’elle a 16 ans. Elle a toujours gardé le même poids depuis sa grossesse, il y a 20 ans : 62 kg pour 1,70 m. Elle est vraiment décidée à arrêter de fumer, mais elle a très peur de prendre du poids. Est-ce possible de l’éviter ?

Voici deux cas tout à fait exemplaires. La prise de poids découlant de l’arrêt du tabagisme peut être dissuasive pour les candidats au sevrage. C’est un facteur de rechute pour bon nombre de fumeurs.
De nombreuses études épidémiologiques ont prouvé que, à sexe et âge équivalents, un fumeur a un poids inférieur à celui d’un non-fumeur. Ainsi, une femme de 30 à 40 ans qui fume pèse 2,8 kg de moins qu’une femme abstinente au même âge ; la différence atteint 4,8 kg pour une femme de 50 à 60 ans.
À l’arrêt du tabagisme, la prise de poids moyenne pour une femme est de 3,8 kg, contre 2,8 kg chez l’homme. Il existe bien sûr des variations individuelles. Ainsi, près du tiers des ex-fumeurs ne prennent pas de poids à l’arrêt de la cigarette. Un gain de poids très important (de plus de 13 kg) est observé chez 10 % des fumeurs et 14 % des fumeuses, essentiellement chez les plus de 50 ans.

Retour au poids normal
À l’arrêt du tabac, les ex-fumeurs retrouvent leur poids “naturel”, celui qu’ils auraient eu s’ils n’avaient pas fumé. Mais, s’ils n’observent pas de précautions particulières, une prise de poids plus importante peut apparaître.
Cette prise de poids est proportionnelle à l’ancienne consommation de cigarettes, car les effets de la nicotine sont indiscutables. D’une part, elle augmente les dépenses énergétiques de base de l’organisme d’environ 6 à 10 %. Ainsi, une personne qui fume 20 cigarettes par jour dépense environ de 200 à 300 kilocalories par jour de plus qu’un non-fumeur pour une même activité et un même apport alimentaire. D’autre part, la nicotine freine l’appétit, ce qui permet à certains fumeurs de maîtriser leur comportement alimentaire.
Le sevrage nicotinique entraîne de plus une modification de la sécrétion d’insuline, avec une augmentation des ingestats (l’ensemble des aliments ingérés), ainsi qu’un retard d’apparition de la sensation de satiété. L’ensemble de ces éléments peut provoquer une augmentation des apports caloriques de l’ordre de 400 à 500 kilocalories par jour. Tous ces mécanismes concourent à une prise de poids. Ils peuvent être majorés par d’autres, susceptibles d’influencer la prise alimentaire, comme la réapparition du goût et de l’odorat, qui renforce l’appétit. Enfin, l’arrêt du tabac peut induire l’apparition de troubles du comportement alimentaire comme des fringales, en compensation de la cigarette.
Malgré l’existence de ce risque, ce dernier est moins néfaste que la poursuite de l’intoxication tabagique, et il est possible de l’éviter. Une prise en charge globale lors du sevrage peut en effet limiter la prise de poids. Il faut anticiper, et surtout s’organiser.
• Pour Isabelle, une préparation est indispensable pour vivre l’arrêt du tabac dans les meilleures conditions et se donner toutes les chances de réussite. Elle peut avoir recours aux apports nicotiniques (patch, gomme à mâcher, traitement pharmacologique…) et à un suivi diététique. Les enquêtes sur le régime alimentaire des fumeurs montrent qu’ils consomment peu de fruits, de légumes, de céréales, de produits laitiers et de produits sucrés. Ils consomment en revanche plus volontiers viandes en sauce, charcuterie, frites, alcool et café. Des études ont montré l’intérêt de modifier l’alimentation dès l’arrêt du tabac – voire avant – sans véritable restriction calorique, impossible à tenir pendant cette période de sevrage tabagique. Il est recommandé de prendre trois repas par jour. Une collation dans l’après-midi peut remplacer la pause cigarette. Si des troubles du comportement alimentaire plus graves apparaissent, un suivi psychologique doit être proposé.
• Pour Marc, un arrêt de la prise de poids, voire un amaigrissement, est souhaitable. En effet, il a des antécédents d’obésité et de diabète, et sa prise de poids (abdominale) constitue un risque pour sa santé. Il doit arriver à augmenter son activité physique et à mettre en place un régime avec un soutien pour éviter ses grignotages, cela d’autant plus qu’il n’a pas été aidé lors du sevrage.





Bouger, c'est essentiel! Jean-Michel Oppert (nutritionniste, Paris) et Chantal Simon (nutritionniste, Strasbourg)


BOUGER, C’EST ESSENTIEL !
Jean-Michel Oppert (nutritionniste, Hôtel Dieu, Paris)
Chantal Simon (nutritionniste, Hôpital Hautepierre, Strasbourg)

Pour ne pas reprendre les kilos perdus, pour rester mince, il est indispensable de pratiquer une activité physique. Pas forcément un sport intensif, marcher peu suffire. En plus, cela améliore le bien-être.
La capacité de mouvement – bouger au sens large – et le contrôle du poids sont très étroitement liés. Mais si la pratique régulière d’une activité physique d’intensité modérée permet avant tout un meilleur maintien du poids après un régime, elle joue également un rôle bénéfique sur l’état de santé, en particulier sur la diminution du risque cardio-vasculaire et sur la qualité de vie. Il ne s’agit pas seulement de bouger plus, mais encore de limiter le temps consacré à des occupations sédentaires.

Les effets bénéfiques lors de la perte de poids
De façon générale, la perte de poids obtenue en associant un régime et un programme d’activité physique est supérieure à celle qui résulte du régime seul. Mais la différence est faible, de l’ordre de quelques kilos seulement. Pour obtenir une perte de poids importante, il faudrait pratiquer plusieurs heures d’entraînement intensif par jour !
En revanche, après un amaigrissement initial, pratiquer une activité physique contribue notablement au maintien de cette perte de poids (ou à une moindre reprise). Le seuil permettant ce maintien de poids après amaigrissement fait l’objet de controverses. Une heure quotidienne d’une activité équivalente à de la marche rapide semble actuellement un minimum pour parvenir à ce résultat, ce qui correspond en fait au double de la durée recommandée pour la santé de la population générale (voir page 67).

Préservation du capital musculaire
Perdre du poids ne veut en fait rien dire. Le but recherché est de perdre de la masse grasse corporelle en conservant le reste, c’est-à-dire la masse non grasse – ou masse maigre, dont les muscles sont l’un des principaux constituants.
Quand le régime est associé à un programme d’activité physique de type “endurance”, la perte de masse maigre est réduite de moitié ! Cet effet sur la composition du poids perdu est important à plusieurs titres. D’une part, la masse maigre est le déterminant majeur de la dépense énergétique de repos, c’est-à-dire la dépense de base nécessaire au fonctionnement de l’organisme. Une diminution de masse maigre entraîne une réduction de la dépense énergétique, et cette situation peut favoriser la reprise de poids ultérieure. D’autre part, une importante diminution de masse maigre, notamment de la composante musculaire, peut sérieusement altérer les capacités fonctionnelles, donc la mobilité, ce qui est l’inverse du but recherché.

Réduction du risque cardio-vasculaire
Différentes anomalies liées au syndrome de résistance à l’insuline (hyperglycémie, augmentation des triglycérides et baisse du cholestérol HDL protecteur, augmentation de la pression artérielle) sont améliorées par la pratique régulière d’une activité physique d’intensité modérée. Ces améliorations de la sensibilité à l’insuline, de la tolérance au glucose et du profil lipidique sous l’effet d’un entraînement régulier peuvent être observées indépendamment des modifications du poids ou de la masse grasse et en l’absence de modifications majeures de la capacité physique. Les résultats d’études épidémiologiques prospectives suggèrent également que les sujets corpulents avec une bonne capacité physique ont un risque de mortalité totale et cardio-vasculaire plus faible que celui des sujets de corpulence normale mais dont la capacité physique est plus faible.

Amélioration du bien-être
L’activité physique a des effets positifs sur le plan psychologique en améliorant l’humeur, la sensation de bien-être et l’estime de soi. Il n’est pas nécessaire de pratiquer une activité physique d’intensité élevée pour obtenir ce type de bénéfices psychologiques, qui pourraient être associés à une meilleure adhésion aux conseils diététiques (voir tableau).

À faire avant de reprendre une activité physique
Évaluer l’activité habituelle
Seule une évaluation à la fois quantitative et qualitative de l’activité physique habituelle permet de définir une stratégie cohérente et des conseils adaptés sur une base individuelle. Grâce à des questions simples, il est possible d’évaluer en quelques minutes le niveau habituel d’activité dans toutes ses dimensions (loisirs, sports, travail, transports, à la maison…), sans oublier le temps passé à des occupations sédentaires.
L’activité de marche peut également être autoévaluée de façon simple, en utilisant un podomètre.
L’autoévaluation de l’activité physique peut aussi être réalisée à l’aide d’un carnet, comparable au carnet alimentaire. On pourra y reporter le nombre de pas effectués quotidiennement (voir tableau).

Évaluer les obstacles
Apprécier la motivation et repérer les obstacles à la pratique d’une activité physique, même si celle-ci est d’intensité faible ou modérée, constituent des étapes essentielles. Qu’ils relèvent du domaine physique ou physiologique, individuel ou socio-environnemental, ces obstacles, nombreux, doivent être pris en compte au cas par cas (voir tableau).

Estimer les risques
Les effets secondaires liés à l’activité physique les plus fréquents sont les lésions de l’appareil musculo-squelettique. De gravité variable, celles-ci peuvent limiter la mobilité, et donc majorer secondairement le problème de poids. D’où l’importance de procéder graduellement et de développer la souplesse. Les accidents les plus graves sont cardio-vasculaires (infarctus du myocarde, mort subite…). Ils sont beaucoup plus rares dans la population générale et surviennent principalement chez les sédentaires qui débutent une activité d’intensité élevée sans entraînement ni évaluation médicale préalables. D’après les recommandations actuelles en matière d’activité physique pour la population générale, une évaluation médicale préalable est nécessaire chez les hommes de plus de 40 ans et chez les femmes de plus de 50 ans qui souhaitent entreprendre un programme d’activité d’intensité élevée, et chez les personnes qui présentent une pathologie chronique ou des facteurs de risque cardio-vasculaire.

Les conseils pour se mettre en mouvement
Les préconisations visent à la fois à limiter la sédentarité et à promouvoir l’activité physique. Comme pour les conseils alimentaires, il n’existe ni recettes toutes faites ni traitement standard. Les recommandations doivent être individualisées et réévaluées en fonction de la situation de chacun, en fonction de son activité physique habituelle actuelle et passée, des obstacles, de sa motivation, de ses souhaits et des objectifs poursuivis. Ces conseils d’activité physique doivent être considérés dans une perspective de progression individuelle, par étapes.
Dans les situations d’excès de poids important, la remobilisation progressive utilisant la kinésithérapie et/ou les techniques de la psychomotricité (travail sur la posture, la souplesse, la respiration…) constitue une approche intéressante, qui devrait être développée. Il peut s’agir, par exemple, de rééducation en piscine, prolongée par des séances de gymnastique aquatique. Lorsque la mobilisation est possible, une première approche consiste à limiter les activités sédentaires et à encourager une activité minimale (voir tableau).

Au minimum 30 minutes par jour
« Tous les adultes devraient pratiquer au moins 30 minutes d’activité physique d’intensité modérée, en une ou plusieurs fois, si possible tous les jours de la semaine. » Cette recommandation actuelle destinée à la population générale est centrée sur le volume d’activité physique nécessaire à la diminution du risque de pathologie chronique. Elle constitue un objectif minimal important, d’autant qu’elle fait appel à un concept intéressant, celui de l’“accumulation” d’activité physique au cours de la journée. En effet, si le but est la pratique quotidienne d’au moins 30 minutes d’activité modérée, cet objectif peut être atteint en plusieurs fois, par exemple par sessions d’environ 10 minutes au minimum chacune. Le principal avantage de ce fractionnement réside bien sûr dans son côté pratique, afin que le plus grand nombre possible de personnes puissent pratiquer cette activité physique au quotidien.

Si l’on veut contrôler son poids
La dépense énergétique moyenne liée à l’application des recommandations d’activité modérée (soit environ 1 000 kilocalories par semaine) est actuellement de plus en plus considérée comme insuffisante si l’on veut contrôler son poids, en particulier dans le cadre de la prévention de la reprise de poids après amaigrissement initial.
Dans ce cas, il est donc recommandé, en association avec des conseils alimentaires, de pratiquer quotidiennement de 60 à 80 minutes d’activité physique d’intensité modérée, qui permettent une dépense énergétique d’environ 2 500 kilocalories par semaine. C’est-à-dire plus du double de la recommandation pour la population générale ! De nombreuses études sont en cours sur ce sujet. Par ailleurs, l’intérêt d’exercices de force (résistance) par rapport aux activités d’endurance (aérobies) n’est pas clairement défini actuellement dans le cadre du contrôle du poids.

Atteindre ces objectifs n’est pas si compliqué
Le corps est conçu pour bouger. Nous sommes éveillés de 15 à 19 heures par jour, mais il suffit de 30 à 60 minutes d’activité pour être en forme, et il n’est pas nécessaire qu’elles soient consécutives. Quelques séances de 10 minutes au cours de la journée voient leurs effets se cumuler, et l’objectif est atteint. Diverses activités peuvent être combinées. Contrairement à une opinion courante, il ne s’agit pas nécessairement de pratiquer une activité sportive au sens strict. La marche à bonne allure, exemple type de l’activité d’intensité modérée, est facile à pratiquer. Mais d’autres choix sont possibles : un peu de gymnastique le matin sous la forme d’étirements suivis d’une courte promenade ; une balade à bicyclette le soir en rentrant du travail ou après le dîner ; 10 minutes de danse sur sa musique préférée…
Du fait des problèmes ostéo-articulaires liés à l’excès de poids, des activités portées comme la natation ou l’aquagym sont intéressantes. Sont en revanche déconseillées les pratiques qui mettent à l’épreuve les articulations des membres inférieurs et du rachis, comme le basket, le volley ou le hand-ball. Différentes stratégies peuvent être proposées pour initier les activités et favoriser leur maintien à long terme : effectuer un suivi de l’activité physique par jour ou par semaine, se fixer des objectifs en termes de pas à réaliser dans la journée et suivre les progrès grâce à l’utilisation d’un podomètre (30 minutes de marche représentent de 2 400 à 3 600 pas), inviter un ami ou un groupe de travail à participer aux activités, former un groupe de marche, organiser des réunions “en marchant”, fixer des défis au sein d’un groupe, ne pas oublier que les activités faites avec plaisir ont plus de chances d’être poursuivies…
Avec le temps, des activités plus longues ou de plus grande intensité pourront être réalisées sur une base individuelle. À ce stade, les conseils d’un éducateur sportif et/ou d’un médecin du sport peuvent être nécessaires. Ils permettront une évaluation plus complète de l’aptitude physique et, éventuellement, une orientation vers une structure (club, association) où la réalisation d’activités sera structurée, avec un bon encadrement.


Bon à savoir
La perte de masse maigre quand on fait juste un régime correspond à environ 25 % du poids total perdu. Pour 1 kilo perdu, la perte de masse grasse est donc de 750 grammes environ, et celle de masse maigre de 250 grammes.


Bon à savoir
Le podomètre est le plus simple des compteurs de mouvements. Il permet de mesurer, dans la vie quotidienne, le nombre de pas effectués en marchant ou en courant. Mais il n’est pas destiné à évaluer l’intensité du mouvement ou la dépense énergétique liée à l’activité physique. De la taille d’une petite boîte d’allumettes, le boîtier se fixe latéralement à la ceinture au-dessus de la hanche à l’aide d’un clip, et il est porté du lever au coucher. Après avoir mesuré la longueur du pas habituel du sujet, certains modèles convertissent le résultat en distance parcourue.


Mieux considérer son corps. Pierre Dalarun (psychomotricien, Paris)



MIEUX CONSIDÉRER SON CORPS
Pierre Dalarun

Le corps n’est pas qu’une machine difficile à entretenir. Il est aussi le réceptacle des sensations et des émotions. Retrouver l’équilibre du poids, c’est aussi se réconcilier avec lui, se remettre en mouvement. Pour le plaisir.

Le slogan « Manger moins, bouger plus » est présent dans tous les esprits quand il s’agit de perdre du poids. En ce qui concerne le « bouger plus », la littérature médicale insiste effectivement sur l’importance d’une activité physique modérée, régulière et fréquente, dans la prévention et le traitement de l’obésité. L’objectif premier n’est pas forcément d’obtenir une perte de poids, mais d’éviter la prise ou la reprise de poids, et de traiter les complications asso