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Groupe de Réflexion sur lObésité et le Surpoids
Association selon la loi de 1901 |
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| Quelques aspects psychanalytiques concernant le surpoids et la relation à l'aliment |
Les conséquences psychologiques du surpoids |
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La tentation est grande de ne raisonner quen calories, cest-à-dire en énergie, et de ne considérer dès lors notre organisme que comme une machine thermodynamique. Malheureusement (et fort heureusement aussi) notre corps ne fonctionne pas seulement ainsi et il apparaît que les facteurs psychologiques jouent un rôle à la fois comme conséquences, mais aussi comme causes de la surcharge pondérale et des troubles de l'image du corps.
Les sujets obèses apparaissent souvent exagérément susceptibles, en raison des regards, des railleries, des quolibets et de lintolérance dont ils sont victimes, que celles-ci émanent du corps social et même parfois du corps médical.
A la longue, lintolérance sociale couplée au terrorisme de la minceur peuvent entraîner dauthentiques troubles dépressifs : irritabilité, tendance à linsomnie et au fil du temps angoisse, tristesse, incapacité dagir, image négative de soi-même et du monde, nécessitant de recourir à un traitement antidépresseur associé ou non à une psychothérapie.
A ce stade, létat dépressif peut entraîner ou aggraver des troubles du comportement alimentaires qui vont à leur tour retentir sur la surcharge et la mauvaise image de soi.
Chacun rencontre dans sa vie des difficultés. Certaines sont inévitables et, à vrai dire, quasi-nécessaires, dautres apparaissent comme accidentelles.
Les difficultés que le petit homme rencontre obligatoirement dans son évolution peuvent être schématisées autour de 3 grandes étapes qui lui permettent de parvenir à sa structure psychologique définitive.
LA PREMIÈRE EST LÉPREUVE DE LA RÉALITÉ,
qui survient au cours de la première année de la vie. Il nous faut en effet reconnaître que le monde existe en dehors de nous, que le corps de la mère (ou du personnage maternel), existe aussi en dehors de nous, de même que nous ne sommes pas que son prolongement. Certains sujets se vivent en effet comme ne sappartenant pas et dès lors ne peuvent ressentir et exprimer aucun désir propre sans en référer à la mère ou plus tard, à son substitut : épouse ; conjoint ; collègues et même enfants. A défaut de trouver la voie qui les mène à leur propre désir, ils restent rivés au désir de lautre, lui demandant même ce quils ressentent. Cette difficulté à se vivre comme autonomes peut les amener à rester fixés, non seulement au premier objet damour, cest-à-dire à la mère, mais aussi à ce quelle symbolise, cest-à-dire la nourriture. Celle-ci pourra colmater, plus tard, tous les désirs insatisfaits : non seulement le besoin de salimenter, mais aussi et surtout la tristesse, la colère et toute forme de manque vécue comme insupportable.
Du manque au désir
Pourtant, cest bien le manque qui permet daccéder au désir. Si nous ne sommes pas capables dattendre, de temporiser nos pulsions, si nous voulons du « tout, tout de suite », alors nous risquons de nous précipiter sur lobjet toujours disponible, toujours consommable, toujours agréable à savoir la nourriture sans pour autant accéder à notre DESIR authentique.
Sans la capacité délaborer nos pulsions fondamentales, la vie relationnelle, amicale, amoureuse reste pauvre et insatisfaisante et le recours systématique à lobjet-nourriture va progressivement dégrader notre propre corps et limage que nous en avons au point de détruire davantage notre vie relationnelle.
Ainsi, les sujets qui, en raison dun environnement familial précoce insatisfaisant nauront pas pu franchir de façon heureuse cette première étape resteront fixés à lobjet-nourriture. Ou bien, à loccasion de difficultés existentielles ultérieures, ils régresseront vers ce premier mode de fonctionnement qui se fait sous le signe de lurgence, de la violence et de limpulsivité, comme les troubles du comportement alimentaire dont ils souffrent et se plaignent.
On comprend dès lors que seul un travail psychologique en profondeur puisse leur permettre de retrouver le manque, qui leur manque pour accéder à un désir autre qualimentaire. Mais ce travail exigera un engagement sur un temps long (quil faut chiffrer en années) et qui leur imposera de supporter des frustrations, première étape de la découverte du manque
qui pourra un jour sélaborer en désir propre.
LA DEUXIÈME EST LÉPREUVE DE LA SÉPARATION
Quand la mère (ou le personnage maternel) séloigne pour la première fois, le jeune enfant éprouve un sentiment de désarroi ou dabandon. Il ne vit plus dans la fusion primitive et son babillage va se transformer. Au début, ce ne sont quonomatopées, puis viennent les paroles et le langage destinés à appeler celle qui manque.
Ce manque est indispensable à laccès au langage, première étape de la pensée symbolique. Le symbole, de manière générale, peut être défini comme ce qui rend présent ce qui est absent. Le jeune enfant, en appelant sa mère (me ; ma ; mama ; maman) présentifie sa mère alors quelle nest plus là. Le mot remplace la « chose », en quelque sorte.
Mère présente, mère absente, mère gavante.
On conçoit que si la mère est (presque) toujours présente, lenfant néprouvera pas le besoin de mettre en mots son manque. A linverse, si la mère est (presque) toujours absente, le manque est considérable, et lenfant restera avide et vorace, comme si la nourriture pouvait remplacer la présence humaine, affective et chaleureuse de celle qui manque.
Enfin, si la mère répond à toute demande de lenfant (que celle-ci soit liée à la faim, mais aussi à la soif, au sommeil, à une demande damour ou de câlins) par le don de nourriture, lenfant engrammera la réponse-nourriture comme capable de colmater tous ses besoins, désirs, affects.
Mère trop présente, mère absente, mère gavante, voilà une typologie schématique des mères inadéquates qui ne permettent pas le repérage des sentiments à travers la grille conceptuelle du langage.
Court-circuit de laffect
En même temps, les mauvais apprentissages aboutissent à un court-circuit du manque et du désir. Si la séquence comportementale normale peut sécrire :
Besoin > manque > désir > objet > plaisir, les sujets pour lesquels lobjet reste toujours présent chercheront à toucher la prime de plaisir en court-circuitant le manque et le désir. Ce court-circuit de laffect saccompagne aussi du manque du mot pour désigner nos états émotionnels. Certains individus apparaissent ainsi comme des invalides de laffect, comme des alexithymiques (a : privatif ; lexis : le mot ; thymique : émotion) cest-à-dire comme incapables de trouver les mots pour dire leurs émotions, faute sans doute davoir connu un apprentissage satisfaisant.
Parallèlement, les sujets qui nauront pu dépasser cette épreuve de séparation resteront plus ou moins rivés à lautre, la mère mais aussi le père, les collègues ou même lactivité professionnelle, autant déléments capables dassurer leur cohésion et leur stabilité. Quun maillon manque ou se dérobe et cest le risque dépressif qui apparaît dans toute sa force.
On conçoit que des sujets qui auront mal vécu le temps de lapprentissage du manque redoutent, plus que tout, le risque de manquer et se réfugient dans lexcès, le tout-tout de suite, de crainte de navoir rien, de nêtre rien.
Là encore, la prescription dun régime sans travail psychologique daccompagnement ne peut amener quà léchec.
Anaclitisme et dépression
Mais cest surtout lanaclitisme qui caractérise les sujets qui nauront pu dépasser victorieusement cette phase de séparation. Le terme danaclitisme vient du grec et signifie « sappuyer sur ». Les sujets fragilisés par langoisse de la séparation et de la perte éprouveront toujours le besoin de sappuyer sur lAutre, un parent, un ami, une structure familiale et professionnelle, faute de trouver en eux-mêmes les forces nécessaires pour affirmer leur moi. Que lAutre sabsente ou défaille et cest la dépression qui sinstalle avec tous ses ravages. Là encore, les réactions varient : certains connaîtront un authentique état dépressif, avec perte de lélan vital, ralentissement, incapacité de se projeter dans lavenir, dautres, dont les capacités de mentalisation et de symbolisation sont moindres, auront recours aux troubles du comportement : ceux-ci peuvent aboutir à des passage à lacte délictueux comme on les rencontre chez les délinquants qui se retrouvent assez vite entre les mains de la justice ; il sagit là de ce quon qualifie en psychologie « dacting-out ». Nombreux en revanche sont ceux qui choisissent une autre orientation pour se défendre contre leur fragilité interne: il sagit souvent « dacting-out » retournés contre soi, cest-à-dire « dacting-in », lénergie pulsionnelle étant enfouie au cur du sujet lui-même aboutissant à des troubles psychosomatiques dont lobésité constitue un exemple. Mais le plus souvent, lincapacité à combattre les difficultés rencontrées en raison dune faille dans les processus de symbolisation et de mentalisation aboutit à des symptômes intermédiaires entre mental et comportemental. Ces actes-symptômes visent souvent laliment et le comportement alimentaire en tant que drogue licite et presque toujours disponible. Cette délinquance alimentaire comme Pierre Aimez la subtilement nommée, aboutit à des troubles graves, compulsions, boulimies, qui présentent des effets délétères pour le corps et ladaptation sociale aboutissant à lauto-dépréciation et à la solitude. Plus encore, une fois engagés dans ce cycle funeste, ces troubles présentent une fâcheuse tendance à lauto-entretien et lauto-aggravation. Cest dire limportance dune intervention médicale précoce pour couper court à un destin funeste. On observe en effet, en moyenne, un délai de sept ans entre lapparition des boulimies et la demande daide psycho-nutritionnelle.
LA TROISIÈME ÉPREUVE EST CELLE DE LA RECONNAISSANCE DE SON IDENTITÉ SEXUELLE.
Celle-ci nest pas donnée à la naissance par le verdict du pédiatre ou le registre détat civil, mais sacquiert.
A lissue de la seconde enfance (7-12 ans) survient en effet la liquidation du complexe ddipe : il sagit, pour la fille comme pour le garçon, de renoncer à lamour du parent du sexe opposé pour lamour du parent du même sexe. Ainsi, cette étape ne se surmonte théoriquement quà 3 et cest pourquoi on parle de triangulation oedipienne. En réalité, dans les familles monoparentales si fréquentes aujourdhui, ce scénario se joue apparemment à deux mais le troisième élément nest souvent pas loin : aîné(e), oncles et tantes, grands-parents, amis peuvent jouer le rôle de substitut et permettre à la triangulation de fonctionner quand même.
Cette phase aboutit, dans son évolution heureuse, à la reconnaissance par lenfant de son identité et à son sentiment dappartenance à son sexe. En contrepartie, il sera seul : seul face aux difficultés de la vie dont il ne pourra plus se défausser sur un Grand et seul face à son désir sexuel quil devra assumer.
Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi ; chacun garde en effet des fixations aux stades précédents, oral, anal, phallique, et lidentité sexuelle nest pas toujours assurée en raison dimages parentales défaillantes (classique couple de la « mère phallique » et du « père fallot ») qui ne permettent pas, tant chez les garçons que chez les filles dintérioriser des images positives. Le renoncement au parent du sexe opposé nest pas au rendez-vous.
Identifications et images en miroir
Ainsi, certains sujets, en raison de difficultés identitaires et oedipiennes non résolues, vont avoir tendance à se construire soit en opposition, soit en conservant certains attachements, affectifs et libidinaux, menant à des inadaptations diverses. On rencontre des perturbations dans la vie émotionnelle aboutissant souvent à des symptômes névrotiques, en particulier à langoisse, prélude à des formations hystériques et phobiques.
Par exemple, certaines jeunes femmes ne veulent pas ressembler à leur mère quelles jugent « grosses » et qui peuvent lêtre effectivement ; souvent, elles napparaissent telles que pour leurs filles, éperdues de minceur dans une société qui fait la part trop belle à des adolescentes diaphanes, identifiées aux jeunes top-models qui crèvent en permanence nos écrans publicitaires. Il sagit toujours de rejeter limage de la femme mûre, traditionnelle, seins lourds et bassin « méditerranéen » auxquelles les jeunes beurs et les transplantées de seconde génération ne veulent pas ressembler. Pour dautres, grosseur et grossesse se confondent, témoignant paradoxalement de léchec de leur féminité. A linverse, certaines femmes un peu rondes ne se sentent bien quenceintes, pensant dissimuler de la sorte des formes « avantageuses » (au point même de ne pas vouloir accoucher).
Chez les garçons, limage du corps est souvent moins investie car la libido se trouve davantage concentrée dans la sexualité. Des difficultés identitaires, les troubles de la représentation et de la mentalisation aboutissent chez eux, plus souvent que chez les jeunes filles, à des passages à lacte qui appartiennent à une authentique délinquance. On observe cependant une tendance à la féminisation de nos sociétés occidentales et lapparition de jeunes hommes boulimiques devient banale. Le passage à lacte est alors retourné contre le corps propre.
Du symptôme à labord psychothérapique
A lissue de ce rapide survol psychologique, on ne peut passer sous silence la valeur adaptative des symptômes « gros corps » et « troubles du comportement alimentaire ».
Au pôle le plus grave, il sagit toujours de colmater un vide, de lutter contre une angoisse identitaire. A lautre extrême, cest lécrasement des pulsions libidinales et agressives qui se trouve réalisé dans une stratégie névrotique de mise à distance du désir et de la violence. Entre les deux, cest tout lespace du non dit et de linterdit qui passe par le comportement et par le corps, au détriment de ce dernier.
On conçoit que le travail psychologique devra mettre laccent, avec la présence active du thérapeute, sur laptitude du sujet à restaurer les capacités de son appareil à penser, à mentaliser, à représenter et à symboliser, autant dire un travail long et difficile exigent un réaménagement de la relation psychothérapique traditionnelle afin de venir en aide à des personnalités fragiles.
Le thérapeute devra en effet sortir de la neutralité bienveillante pour offrir une attitude à la fois présente et interpellante de manière à mobiliser les capacités du sujet. Il devra également offrir des représentations ou à tout le moins des hypothèses face au silence de ceux qui présentent une demande principalement centrée sur le corps.
Cest seulement dans un deuxième temps que la relation psychothérapique pourra prendre un tour plus analytique. Il faut souvent plusieurs mois ou plusieurs années pour que certains sujets se dégagent de la demande initiale centrée sur le corps et lamaigrissement et comprennent quen soccupant seulement du poids, on ne maigrit pas, du moins durablement.
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Page créée le 17 juillet 2002
Dernière Mise à Jour le 10 juillet 2004