Peut-on grossir sous leffet des stresses sans manger davantage?
Février 2007
Nombreuses sont les personnes qui constatent que, lorsquelles subissent des stresses importants, elles prennent du poids. Les deuils, les séparations, les échecs sentimentaux, les problèmes professionnels, les blessures damour-propre de toutes sortes sont alors évoqués: "jai pris x kilos à la mort de tel parent, lors de mon divorce, lorsque jai été harcelé(e) au travail", entend-on couramment.
Les mêmes, souvent, expliquent aussi quils ou elles maigrissent spontanément lorsquils ou elles sont détendues, par exemple durant les périodes de vacances et ce, tout en mangeant de bon appétit.
Jusquà présent, la réponse des médecins, la plupart du temps, consistait en un haussement dépaule: "on ne grossit pas avec lair du temps, on grossit parce quon mange trop, ou quon mange mal. Il ny a pas de stress qui tienne, face à un bon régime!" Telle est fréquemment la ligne de défense du corps médical.
Il est vrai que, sous leffet du stress, les êtres humains, mais aussi les rats, ont tendance à manger davantage, et à se tourner préférentiellement vers les aliments hautement énergétiques, gras et sucrés. Les barres chocolatées, les gâteaux et les biscuits, les fromages et la charcuterie, les bons petits plats, ont un pouvoir anti-stress nettement supérieur aux légumes verts! Ils apportent un réconfort bienvenu, apaisant, dont on peut se féliciter.
Cependant, une telle stratégie ne peut fonctionner que ponctuellement. Bien évidemment, si létat de stress persiste et si on fait appel en permanence à de tels aliments en grosse quantité, il est normal quon se mette à grossir
Cette stratégie nécessite aussi quon ne soit pas en restriction cognitive, car dans ce cas, la culpabilité annule le réconfort, ce qui conduit à manger sans fin et sans faim.
Mais ce mécanisme nest pas le seul en action. Il semble quil soit possible de grossir sous leffet des stresses sans quon mange davantage. Létat de stress perturbe en effet bien des mécanismes hormonaux: une production de cortisol au sein des tissus accroît le nombre des cellules graisseuses au niveau de labdomen (tout en stimulant aussi lappétit); le système sympathique et les hormones du stress (les catécholamines, en particulier ladrénaline) mais aussi la leptine, la résistine, la mélanocortine, sont impliquées et modifiées par létat de stress.
Bref, être stressé(e) conduit certains sujets à grossir, en particulier au niveau du ventre, même sans manger davantage. Ce nest pas le cas de tout le monde, et il semble que seules les personnes prédisposées génétiquement réagissent ainsi.
Somme toute, cest une bonne nouvelle: tout dabord, voilà qui donne raison à toutes ces personnes qui, constatant le phénomène, se faisaient rabrouer par leur médecin. Oui, bien des événements de vie peuvent faire grossir à nourriture égale. Oui, passer devant une pâtisserie, lorgner les gâteaux en salivant
et se priver du plaisir de les manger, suffit à faire grossir. Mais aussi, manger ces mêmes gâteaux avec culpabilité fera grossir davantage encore. La restriction cognitive engendre à lévidence un état de stress permanent
La honte dêtre gros, la stigmatisation ambiante dont les gros sont les victimes constituent aussi un stress social de première grandeur. Quel paradoxe: les campagnes anti-obésité, en stressant les gros, leur font courir le risque de grossir!
Outre cette satisfaction dune reconnaissance dun mécanisme pernicieux, réjouissons-nous aussi de ce que ces avancées scientifiques viennent justifier les démarches douces que nous préconisons. Pour que le poids baisse, il convient de trouver la paix de lâme, une forme de sérénité.
La première des sérénités consiste à faire la paix avec ses aliments et donc à sortir du cycle de la restriction cognitive.
La deuxième des sérénités consiste à faire la paix avec son être corporel: ce corps, il convient de lhabiter, de le dorloter, de cesser de le traiter en ennemi, de le violenter ou de le mépriser. Et aussi, ce corps est nous et il convient que les autres témoignent du respect à ce "nous", ainsi quà notre personne.
La troisième des sérénités consiste à savoir prendre le recul nécessaire face aux aléas de lexistence. Ne loublions pas: le stress nest pas un mal en soi. Il est la vie même et nous nous en nourrissons. À condition toutefois que nous sachions le vivre comme il se doit, sans appréhension et sans tourment.
Voilà qui n'est pas donné à tout le monde, mais qui s'apprend.
Lecerf J.M. Stress et obésité. Nutr. Clin. Metab. 2006, 20, 99-107.
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