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Groupe de Réflexion sur lObésité et le Surpoids
Association selon la loi de 1901 |
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| Les abstracts des 5èmes Rencontres du GROS
2007 |
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| Jeudi 18 octobre 2007, Ateliers pré-congrès Un cas clinique, le point de vue du comportementaliste. Dr Gérard Apfeldorfer Un cas clinique, le point de vue de la nutritionniste. Dr Frédérique Chiva Un cas clinique, le point de vue de la diététicienne. Mme Dominique Amar-Sotto Un cas clinique, le point de vue du psychanalyste. Dr Bernard Waysfeld Manger ou ressentir ses émotions. Dr Stéphanie Hahusseau. Il était plusieurs fois le patient. M. Pierre Dalarun, Dr Francine Duret-Gossart, Dr Pierre Peuteuil |
Vendredi 19 octobre 2007: Communications du congrès Dune addiction lautre. Addictions marginales et addictions populaires. Pr Michel Lejoyeux, psychiatre, Paris. Récepteur CB1 et excès de consommation alimentaire: la survie du vice ou le vice de survivre? Pr Pier-Vincenzo Piazza, neurophysiologiste, Bordeaux Existe-t-il des addictions au sucre? Pr Marc Fantino, physiologiste, Dijon. La chocolatomanie : mécanismes, conséquences cliniques. Dr Bernard Waysfeld, psychiatre, nutritionniste, Paris Le festin perdu. Bertrand Vergely, philosophe, Paris. La restriction cognitive comme mime de laddiction. Dr Gérard Apfeldorfer, Psychiatre, Paris Le trouble du réconfort. Dr Jean-Philippe Zermati, nutritionniste, Paris Phobies des émotions et crises alimentaires. Dr Stéphanie Hahusseau, psychiatre, Toulouse Thérapie des troubles du comportement alimentaire et des addictions, similitudes et différences. Dr William Lowenstein, psychiatre, Boulogne-Billancourt La prévention des addictions, des troubles du comportement alimentaire et de lobésité: une seule et même stratégie est-elle adaptée? Mme Sylvie Benkemoun, psychologue, Paris |
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18-19 octobre 2007
PROGRAMME ET RÉSUMÉ DES COMMUNICATIONS
Président du Congrès : Dr Gérard APFELDORFER
Président Scientifique : Dr Jean Philippe ZERMATI
Comité dorganisation :Mme Ulla MENNETEAU, Mme Sylvie BENKEMOUN, Dr Frédérique CHIVA, Mme Anne-Marie DALIX, Dr Francine DURET-GOSSART, Mme Katherine KURETA-VANOLI, Mme Dominique AMAR-SOTTO, Dr Pierre PEUTEUIL, Dr Bernard WAYSFELD.
Lieu du Congrès: UIC - 16, rue Jean Rey - 75015 Paris
Mots du président du Congrès
La notion daddiction est à la mode. On parle ainsi daddiction à différentes substances, mais aussi pour les conduites à risque ou certains comportements répétitifs et compulsifs.
Avoir choisi le terme daddiction au lieu de celui, plus classique de dépendance, est malin, au sens premier du terme. Car comment pourrait-on vouloir être esclave ?
Revenons alors à celui de dépendance. La rejeter, nest-ce pas vouloir nier que nous avons des besoins ? Nous avons besoin dair, deau, de chaleur. Nous avons besoin dautres que nous, dont nous dépendons et qui dépendent de nous, matériellement et affectivement. Et cest bien ainsi, car nos appartenances font notre richesse.
Aussi prêcher lindépendance à outrance, lautonomie totale, est inconséquent. Léradication des besoins, tout comme leur satisfaction solitaire et frénétique nous emmènent sur le chemin de la folie et de la mort.
En somme, la pathologie vient de lexcès. Lexcès de dépendance, lexcès dindépendance. Que devient alors le traitement des abus alimentaires si on ne veut pas quil soit une amputation ? Il convient de reconnaître ses besoins, physiques, psychologiques et émotionnels, de les accepter, de les satisfaire pour ne pas en être les esclaves. Nest-ce pas évident, dans le domaine alimentaire, où se désintoxiquer des aliments quon aime nous asservit à nos désirs au lieu de nous en libérer ?
Et cette leçon, pourquoi ne serait-elle pas généralisable à nos autres dépendances ?
Gérard Apfeldorfer
Jeudi 18 octobre 2007:
Ateliers pré-congrès
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Un cas clinique, le point de vue du comportementaliste. Dr Gérard Apfeldorfer, psychiatre, Paris
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La prise en charge des problèmes dobésité sur un mode cognitivo-comportemental comporte plusieurs étapes : 1) lanalyse fonctionnelle, qui permet de définir les tenants et les aboutissants de comportements cibles ; 2) la définition des objectifs du traitement, des moyens pour y parvenir, des techniques que lon mettra en uvre ; 3) le contrat thérapeutique que lon passe avec son patient ; 4) le traitement proprement dit ; 5) lévaluation des résultats et la définition dun nouvel objectif thérapeutique si nécessaire.
En loccurrence, le traitement prend en considération 3 axes : la restriction cognitive, les problèmes émotionnels en relation avec les comportements alimentaires, les conséquences de la honte et la stigmatisation de lobésité pour le patient. Selon les personnes, ces axes revêtiront plus ou moins dimportance.
Nous décrirons ces différents éléments à propos dun cas clinique.
Le travail sur le comportement alimentaire suppose une bonne connaissance des mécanismes de contrôle du comportement alimentaire.
En premier lieu, celui-ci est sous le contrôle des sensations alimentaires, la faim, le rassasiement, la satiété, les appétits spécifiques. Bien souvent chez nos patients, la perception de ces sensations est altérée. Il est alors utile de pouvoir disposer dexpériences qui nous permettent, mieux que des discours, de leur faire comprendre de quoi nous voulons parler.
Le plaisir, par exemple, fait partie de ces mots-valises que tout le monde croit comprendre et qui semble aller de soi tant quil ne sagit pas de le définir.
De même pour le rassasiement ou la satiété. Nous avons lhabitude dentendre nos patients se plaindre quils nont plus faim mais quils ne sont pourtant pas rassasiés. Comment comprendre ce quils nous disent ?
Une sémiologie plus complète des sensations alimentaire nous fait certainement défaut, ainsi que les outils qui nous permettront de restaurer ces mécanismes du contrôle du comportement alimentaire.
Cet atelier se propose dapporter des éléments cliniques qui permettront de progresser dans cette voie.
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Un cas clinique, le point de vue de la nutritionniste, Dr Frédérique Chiva, Paris
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Un cas clinique, le point de vue de la diététicienne, Mme Dominique Amar-Sotto, Enghien-les-Bains
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Comment aider les patients à réduire leur obésité ou leur surpoids sans leur prescrire « le » régime attendu ? Cette tâche est probablement plus complexe pour une diététicienne que pour un comportementaliste, psychiatre de surcroît, dont lapproche « psychologique » (terme non péjoratif) ne surprend pas. Quant au nutritionniste, son mode daction étant assez mal déterminé, donc attendu plus vaste, les patients lui accorderont leur entière confiance sur le simple fait quil est un « docteur », titre qui lui confère une entière fiabilité.
Comment une diététicienne, dont on attend quelle prescrive un régime, comptant les calories, les grammes daliments, pour lesquels il va falloir sortir la balance, et qui va dresser la liste des « bons » aliments qui vont faire maigrir et des « mauvais » qui veulent du mal aux consommateurs « fragiles » et vont les faire grossir, parviendra-t-elle à transformer son image ?
Le « challenge » nest pas simple, mais il est capital de le relever pour être aussi digne que possible de la confiance de ceux qui viennent nous demander conseil au sujet de leurs problèmes de poids, réels ou pas, dailleurs et surtout !
Lacceptation de lapproche biopsychosensorielle repose sur lécoute du patient, de lhistoire de son poids, de ses amaigrissements successifs et des conclusions que lon va lui en faire déduire.
En pratique, nous mettrons en évidence le fait que les régimes successifs ont favorisé, au fil des régimes et des ans, une augmentation progressive du poids.
Une fois la demande de « régime » ainsi évincée, le travail sur le comportement alimentaire pourra débuter, illustré par une simple observation des conduites quotidiennes.
Il sera nécessaire de détailler le mécanisme de Restriction Cognitive, den expliquer son incidence sur la survenue des différents troubles du comportement alimentaire qui vont du plus simple quest la compulsion, aux plus sérieux que représentent la boulimie, le BED, le NED,
lanorexie
Un travail devra être élaboré sur les aliments « tabous », « interdits ».
Il sagira aussi, notamment, de faire prendre conscience de la différence entre la faim et lenvie de manger, puis denvisager une conduite adaptée.
On sensibilisera également les patients au risque fréquent de confusion entre les sensations et les émotions. On les aidera à être attentifs pour bien établir la différence.
Après cette observation, on envisagera une meilleure adaptation des stratégies mises en place. Tout ce travail se fera sur la rédaction, au quotidien, et lanalyse, en consultation, du « carnet de bord»
Il sagit donc tout simplement dattirer lattention des patients sur leur conduite inadaptée et de les sensibiliser à une meilleure adéquation des comportements aux sensations réelles.
Cette approche implique également un travail sur le goût et lapprentissage (ou ré-apprentissage) de la dégustation par lutilisation des sens.
Cest ainsi que, pas à pas, les patients vont se déculpabiliser, se réconcilier avec la nourriture qui va retrouver un sens réel et non plus être une réponse, dépourvue de plaisir, à des émotions « parasites » (différentes de la faim) que nous allons essayer de leur apprendre à gérer dune manière adéquate.
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Une observation: le point de vue du psychanalyste, Dr Bernard Waysfeld, psychiatre, nutritionniste, Paris
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Manger ou ressentir ses émotions, Dr Stéphanie Hahusseau, psychiatre, Toulouse
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La dissociation somatoforme, telle que définie par le DSM IV, est une incapacité à ressentir ses émotions dans le corps, survenant généralement à la suite dune expérience émotionnelle traumatique. Or, on retrouve souvent des antécédents de traumatismes chez les personnes souffrant de troubles des conduites alimentaires.
La crise alimentaire, permet un apaisement immédiat des sensations physiques émotionnelles (arousal) mais amplifie à plus long terme les émotions négatives, ne serait-ce que par le dégoût de soi et le sentiment de culpabilité quelle génère après coup.
Au travers de la présentation clinique du cas de Anne, souffrant de Binge eating Disorder et ayant des antécédents traumatiques, seront envisagées :
- la manière damener Anne à prendre conscience de ses spirales émotionnelles négatives augmentant ses compulsions alimentaires
- puis les différentes techniques thérapeutiques ayant amené Anne à ressentir de nouveau son corps et ses émotions et finalement, alors que ce nétait pas le but poursuivi, à perdre du poids.
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Il était plusieurs fois
le patient ! Pierre DALARUN, Francine DURET-GOSSART, Pierre-A. PEUTEUIL
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Vendredi 19 octobre 2007:
Communications du congrès
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Dune addiction lautre. Addictions marginales et addictions populaires. Pr Michel LEJOYEUX, Paris
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La névrose du siècle est celle de la dépendance. Certains ont besoin divresses, de coups de foudre à répétition, de réussites professionnelles en cascade et de jackpot au casino. Ils courent après le nouveau vêtement, le nouveau sport ou lexploit qui comblera leur sensation de manque. Dautres sont des obsédés de la maîtrise. Ils veulent contrôler leur alimentation, leur corps et souffrent de laseptisme.
Cest ainsi que de nouvelles dépendances peuvent être décrites à côté des classiques relations à lalcool, au tabac et aux autres drogues. Ces dépendances concernent lamour, les enfants, le travail, largent, les soins et limage du corps, la nourriture, le sport, lInternet et les nouvelles technologies et peut-être même aussi les émotions comme le stress ou le pessimisme. Dans tous les cas, la société tend à nous rendre dépendant et nous enferme dans un système daddiction généralisé.
Lhistoire de Marilyne Monroe, présentée dans « Du plaisir à la dépendance » illustre bien cette addiction généralisée. Marilyne consommait des drogues classiques. Elle buvait, fumait et abusait des tranquillisants. Elle était aussi obsédée par limage de son corps, par ce quelle mangeait, par son besoin denfant, de gloire et de travail. A côté des addictions classiques émergent donc de nouvelles conduites.
Quils soient drogués de lexcès ou de lascèse, les dépendants modernes parcourent tous trois étapes identiques. Ils ont tout dabord accepté de se regarder en face. Ils ont ensuite du accepter de changer. Ils ont fait un inventaire de leurs pensées, leurs comportements et leurs croyances et ils les ont modifié. Ils ont enfin trouvé les moyens de ne pas retomber dans une nouvelle dépendance après être sortis de la première.
Cette reconnaissance des addictions modernes peut aussi nous apprendre une nouvelle manière de vivre sa liberté.
Professeur Michel LEJOYEUX Service de psychiatrie alcoologie et tabacologie, Hôpital Bichat-Claude Bernard
Référence : Du plaisir à la dépendance. Nouvelles addictions, nouvelles thérapies. Editions de la Martinière. Septembre 2007
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Récepteur CB1 et excès de consommation alimentaire : la survie du vice ou le vice de survivre? Dr Olivier Manzoni, Bordeaux
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La découverte du système endocannabinoïde (SEC) a été suivie par un large effort de recherche, qui a fourni aujourd'hui une liste impressionnante d'effets biologiques divers selon les multiples organes considérés. Cela a conduit à considérer le système endocannabinoïde comme un système modulateur.
Par conséquent, le véritable rôle du système endocannabinoïde reste encore une question ouverte. En effet, la quasi-totalité des systèmes biologiques ont un rôle modulateur.
Dans cette revue, nous montrerons que les multiples effets du système endocannabinoïde sont coordonnés, et qu'en particulier les effets de l'activation des récepteurs CB1 ont la fonction unitaire de faciliter et augmenter le stockage d'énergie.
Ensuite, nous analyserons les implications du rôle unitaire du SEC sous différents angles. Le premier analyse les systèmes qui régulent l'équilibre énergétique en proposant une nouvelle systématisation fondée sur deux systèmes homéostatiques : le système endostatique et le système exostatique. Le second considère l'évolution de notre espèce et montre comment le SEC, d'abord fondamental à la survie de l'espèce, est devenu quasi pathologique dans les conditions environnementales de notre époque. Enfin, le SEC sera analysé dans un contexte physiopathologique en introduisant le concept de « pathologies de l'évolution proactive » qui permettent d'expliquer l'épidémie d'obésité des 20 dernières années et le rôle du SEC dans son développement.
Dr Olivier Manzoni, Professeur Pier-Vincenzo PIAZZA Centre de Recherche INSERM en Neuroscience
U862 Bordeaux
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La chocolatomanie : mécanismes, conséquences cliniques Docteur Bernard WAYSFELD, Paris
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Le chocolat a tout pour plaire : Il est à la fois sucré, amer, doux, onctueux, tendre et craquant
Tout pour plaire majoritairement aux femmes qui représentent plus des trois quarts des sujets dans les différentes études. La chocolatomanie peut se définir comme le besoin irrépressible de consommer une quantité importante de chocolat chaque jour ; 50 grammes représentent le consensus minimal.
En clinique, la majorité des chocolatomanes présentent des antécédents dépressifs et déclarent que le chocolat augmente leur énergie, leur procure du plaisir et un sentiment de détente. Ils signalent également un effet anxiolytique. La population des chocolatomanes se distingue de celle des boulimiques par le fait que ces sujets présentent majoritairement un IMC normal, ne vomissent pas et conservent dans lensemble une structure « traditionnelle » de repas. La consommation de chocolat est vécue dans une sorte de « double-bind » entre recherche de récompense et culpabilité.
Ce vécu sapparente à celui des toxicomanes par sa dimension compulsive même si la chocolatomanie est habituellement qualifiée de « drogue douce »(1)
Au plan pharmacologique, de nombreux travaux ont tenté de corréler les compulsions les plus fréquemment observées aux substances psychoactives contenues dans le cacao. En particulier, létude assez complète de Gibson et Desmond (2) représente une synthèse assez satisfaisante sur ce point : Le chocolat contient à la fois des amines sympathomimétiques, notamment la tyramine et la phenyléthylalanine ainsi que des methylxanthines, la théobromine et la caféine. Quelles sont les conditions pour que ces substances puissent jouer un rôle au niveau du système nerveux central ?
1. Ces produits doivent être présents dans le cacao à dose stimulante, voire euphorisante.
2. Les mêmes compulsions doivent pouvoir être observées avec tous les aliments qui contiendraient ces substances, et pas avec ceux qui ne les contiendraient pas.
3. Les compulsions doivent pouvoir être réduites par lingestion des substances dites actives en labsence même de laliment, ici du chocolat, pour lequel le sujet éprouve ces besoins compulsifs.
De ce point de vue, divers arguments plaident en faveur du caractère « non addictif » du chocolat :
a) Les amines sympathomimétiques sont rapidement métabolisées par des enzymes comme la monoamine oxydase à la fois dans lintestin et dans le foie, si bien quelles natteignent que peu ou pas le cerveau, encore que des différences existent selon les sujets (survenue de migraines chez certains pour des quantités faibles de chocolat contenant quelques milligrammes de phenylethylamine).
b) En revanche, les méthylxanthines peuvent atteindre le cerveau à des quantités dites psycho-actives, notamment la caféine qui peut donner lieu, en cas darrêt brutal, à des symptômes de manque. Mais on sait quelle nest que peu associée aux compulsions au chocolat et que, par ailleurs, le taux de caféine dans le chocolat est plutôt bas.
c) Des cannabinoïdes ont été également décrits, en particulier, lanandamide présent dans la poudre de chocolat. Certains auteurs ont suggéré que ces produits pouvaient contribuer aux compulsions, bien que lon nait pas noté, chez les sujets « addicts » au chocolat de diminution de leur sentiment de culpabilité ou de modifications de leurs humeurs dépressives.
d) Le fait que les substances psycho-actives du chocolat soient présentes dans une grande variété daliments, en particulier le fromage ou le hareng pour les sympathomimétiques sans pour autant entraîner les mêmes effets compulsifs.
e) Les travaux de Michener et Rozin qui ont montré que la poudre de cacao prise isolément ne modifiait pas davantage les compulsions au chocolat que des capsules de placebo (3).
f) Lhypothèse dune stimulation des récepteurs opioïdes endogènes ne semble pas non plus spécifique car elle implique tout autant les aliments sucrés et gras pour lesquels il ny a peu ou pas de preuves de compulsion.
Les études pharmacologiques des mécanismes de laddiction convergent vers un neuromédiateur privilégié : la dopamine et un site privilégié : le noyau accumbens. Ainsi des rats rendus dépendants à la cocaïne et chez lesquels on a implanté une microélectrode dans le noyau accumbens montrent que le taux de dopamine augmente au fur et à mesure que lanimal se rapproche du levier permettant lauto-administration du produit. Ce taux culmine même après que lanimal se soit administré le produit. Ainsi désir et plaisir apparaissent indissociablement liés à ce neuromédiateur dit « de la récompense » quest la dopamine. Les auteurs concluent que la dopamine est à la fois au départ et à larrivée du processus daddiction, ce qui explique pourquoi « les boîtes de chocolats se vident, une fois entamées! »(4 ; 5)
Au plan des conséquences cliniques, de nombreux sujets souffrent de culpabilité et/ou de prise de poids en raison de leur chocolatomanie. Il importe pour ces sujets :
- de lutter contre la restriction cognitive. De nombreux travaux ont montré que cette restriction constituait un puissant facteur de compulsion. En revanche, la spécificité du chocolat peut être constestée : nimporte quelle substance de forte densité energétique peut être lobjet dun comportement daddiction en raison sans doute de son impact sur les systèmes dopaminergiques et opioïdes.
- dévaluer limportance des éléments dépressifs si fréquemment montrés. La fréquence avec laquelle le trait « desinhibition » est observé laisse penser que bien souvent la chocolatomanie constitue une lutte active, et souvent efficace contre la dépression (2).
En fin de compte, le chocolat reste mystérieux en raison de propriétés nombreuses et complexes : antidépresseur et euphorisant léger, il peut apporter du réconfort à des sujets fragiles qui connaissent une mauvaise passe. Accessible et anti-stress et dun rapport coût-efficacité inégalable, il stimule nos systèmes de récompense, dopamine certes, mais aussi sérotonine et surtout endorphines. En somme, le chocolat a tout pour plaire pas étonnant pour un produit qui comporte plusieurs centaines de composants ! Comme le disait un anonyme « le chocolat est meilleur marché quune thérapie et on na pas besoin de rendez-vous !
1. DALLARD I., CATHEBRAS P., SAURON C., MASSOUBRE C., Le cacao est-il un psychotrope ? Etude psychopathologique dune popu - lation sidentifiant comme chocolatomane, LEncéphale, 2001, XXVII, 181-6
2. GIBSON E.L., DESMOND E., Chocolate craving and hunger state»: Implications for the acquisition and expression of appetite and food choice, Appetite 1999, 32, 219.
3. MICHENER W, ROZIN P., pharmacological versus sensory factors in the satiation of chocolate craving Physiol Behav. 1994 sep;56(3) 419-422
4. WISE R.A., Drug self administration viewed as ingestive behaviour, Appetite, 1997, 28, 1-5.
5. PHlLLIPS P., E.M. et al., Subsecond dopamine release promotes cocaine seeking, Nature, 422, 10 April 2003, 614 618. Références complémentaires :
APFELDORFER G., ZERMATI J.P., La restriction cognitive face à lobésité, histoire des idées, Presse Médicale, 2001, 30, 32, 1575-80 . FANTINO M., Plaisir et prise alimentaire : aspects physiologiques, Cah Nutr Diet, 1999, 34,3, 149-155.
JEAMMET P., La pathologie du plaisir alimentaire, Cah Nutr Diet, 1999, 34, 3, 155-59
LECERF J.M., Le chocolat et la santé, Entretiens de Bichat, ESF edit (Paris), 2001,110-114.
ZERMATI J.P., Maigrir sans régime, 2002, ed Odile Jacob, Paris
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Existe-t-il des addictions au sucre? Pr Marc FANTINO, Dijon
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Répondre à la question : existe des addictions au sucre chez lHomme ? nécessite de se référer à une définition exacte et consensuelle des addictions telle que proposée par des traités médicaux de référence, par exemple par le DSM IV. Cependant, en ce qui concerne les sucres, le saccharose, le glucose ou tout autre mono- ou disaccharide à saveur sucrée, la situation est particulière car ces produits sont fondamentalement différents des substances stupéfiantes classiques : ce sont des produits alimentaires indispensables au maintien de la vie des êtres vivants, tant par leur action métabolique que leurs effets sensoriels. Notamment, la saveur sucrée est une incontournable pour lacquisition des préférences et des apprentissages qui président à lorganisation du comportement alimentaire dans sa fonction régulatrice de léquilibre énergétique. Donc, si addiction au sucre il y a, serait-elle nécessaire voire obligatoire car indispensable à lhoméostasie nutritionnelle de lHomme ?
Une approche préliminaire incontournable est lapproche expérimentale. Bien quil ne soit quun piètre reflet du modèle humain, lanimal de laboratoire, et notamment le rat qui est friand de saveur sucrée, doit permettre denvisager des études qui seraient techniquement ou éthiquement impossibles chez lHomme. Chez le rat il est possible « dentrer dans la boite noire » pour explorer les mécanismes neurochimiques qui sous-tendent, dans le système nerveux central, tout processus dabus de consommation.
La littérature scientifique nous apprend quil est aisé de conditionner des rats à consommer des quantités croissantes de solutions sucrées. Or, une fois lhabitude établie, dès que les animaux sont empêchés daccéder à leur solution préférée, et surtout sils ont été sensibilisés par ladministration préalable dune petite dose de naloxone (un antagoniste des récepteurs opioïdes endogènes qui na normalement aucun effet, à cette dose, chez des animaux contrôles), ils présentent des signes objectifs caractéristiques du « syndrome de privation ». Il sagit des manifestations physiques et comportementales qui apparaissent habituellement à larrêt de ladministration de substances opioïdes, de cocaïne ou damphétamine
: tremblement (tremors), hochements de la tête (head shaking), claquements de dents (teeth chattering), modifications de la température corporelle, les animaux sébrouent (wet dog shakes), ils émettent des ultrasons (ultrasonic distress vocalization) témoin de leur situation de détresse, ils manifestent des signe objectifs danxiété quantifiables à laide de préparations expérimentales validées en neuro- pharmacologie (elevated plus maze). Une publication rapporte même lobservation de tels signes sans sensibilisation des rats par ladministration préalable de naloxone.
Dautres observations au laboratoire renforcent lhypothèse que la consommation de grandes quantités de sucres par des rats favorise létablissement dun état daddiction. Par exemple des rats habitués à la saveur sucrée sauto administrent significativement plus de cocaïne que les rats contrôles, alors que cet effet nest pas observé avec des rats habitués à consommer en grande quantité dautres aliments très palatables, par exemple des aliments riches en graisse. De même, des rats ayant appris à presser un levier différent pour obtenir soit une administration intra veineuse de cocaïne (0,25 mg), soit une petite quantité de saccharine délivrée per os (0,2%), appuient significativement plus souvent sur le levier leur délivrant la saccharine que celui leur injectant la cocaïne.
En ce qui concerne lapproche neurophysiologique, après nos premiers travaux publiés en 1996, il a été confirmé de façon répétitive que le consommation de solutions sucrées active fortement une voie nerveuse spécifique du méso- diencéphale, la voie dopaminergique mésolimbique, dont limplication dans les processus de renforcement sensoriel (le « reward ») est bien établie, de même que lactivation de ce circuit en cas daddiction aux substances stupéfiantes classiques. Le rôle central de la dopamine en tant que médiateur de cette voie, donc de la récompense (et de laddiction), le rôle spécifique des différents types de récepteurs dopaminergiques (D1 et/ou D2), et linteraction de ce médiateur neurochimique avec les systèmes des opioïdes ont été analysés.
Cependant, comme souvent en science, la possibilité dinduire une addiction au sucre chez lanimal a été contestée par dautres chercheurs. Notamment, un modèle transgénique de souris, dépourvu de certains récepteurs de la dopamine, a permis de mettre en doute la mise en jeu obligatoire de ce circuit dopaminergique central dans les processus de renforcement sensoriel et daddiction. Ces divergences inter- espèces posent donc le problème du cas particulier de lespèce humaine. Laddiction au sucre existe-t-elle chez lHomme ?
En analysant finement les critères de la dépendance tels que définis par le DSM IV, et selon le sens précis que lon donne à certains termes de vocabulaire, on peut marginalement admettre que dans quelques cas, un attrait excessif pour des produits sucrés puisse se rapprocher une certaine dépendance, mais dépendance de nature purement psychique, à la rigueur sociale. Ce point de vue est cependant contestable car peut-on assimiler le risque de surcharge pondérale, que comporte indubitablement une consommation excessive de boissons sucrées, à « laltération du fonctionnement corporel ou à une souffrance clinique significative » qui résulte de, et caractérise normalement la dépendance aux substances stupéfiantes ?
En revanche, prenant la précaution de ne prendre en compte que les conséquences de la consommation excessive de sucres, mono ou disaccharides purs sans interférence avec des substances associées bien connues par ailleurs pour leur capacité à induire de réelles addictions (comme la caféine ou la théobromine
), nos recherche bibliographiques ne nous ont pas permis de trouver une quelconque description de dépendance physique, ni au sucre, ni au sucré. A notre connaissance, aucun cas de syndrome « physique » de sevrage au sucre (pur) na jusqualors été scientifiquement rapporté chez le sujet humain.
Donc en conclusion : NON le sucre nest pas de lopium pour lHomme, même si sa consommation excessive peut entraîner des effets délétères significatifs.
Marc FANTINO Université de Bourgogne, CHU de Dijon
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Le festin perdu M. Bertrand VERGELY, philosophe, Paris
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C'était passionnant, mais il fallait être présent
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La restriction cognitive comme mime de laddiction. Dr Gérard Apfeldorfer, Psychiatre, Paris
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La surconsommation alimentaire, sans faim et au-delà du rassasiement, en relation avec des désirs frénétiques alimentaires ou craving, sont un facteur important dobésité. Il est tentant de faire le parallèle entre ces conduites et les toxicomanies, et de les regrouper avec diverses autres conduites dans une seule et même catégorie, celle des addictions, de rechercher des mécanismes neurophysiologiques qui seraient communs.
Lenjeu
Le concept daddiction appliqué à lobésité nest pas une question rhétorique, mais comporte des enjeux bien concrets. Comme il ny aurait pas de toxicomane sil ny avait pas de drogue ou dalcool à disposition, il ny aurait donc pas dobèses sil ny avait pas de produits à forte densité calorique, gras et sucrés, ou bien gras ou sucrés, dans lenvironnement. Voilà un position bien pratique pour le consommateur excessif, qui est déresponsabilisé et peut se dire privé de son libre-arbitre, victime de produits addictogènes, et qui peut éventuellement demander réparation aux fournisseurs. Voilà qui est bien pratique aussi pour les pouvoirs publics, heureux de pouvoir appliquer une stratégie simple, comme pour les toxicomanies : dans cette conception, la responsabilité de lépidémie dobésité incombe aux produits et à leurs vendeurs, et la solution réside dans la suppression, ou du moins dans le contingentement, des produits censés être addictogènes.
Addiction et dépendance
Examinons tout dabord si les addictions alimentaires ainsi définies répondent aux critères de laddiction. Goodman a voulu définir le Trouble addictif (addictive disorder) comme laddition dune dépendance et dun comportement compulsif. La compulsion, qui a valeur de renforcement négatif et permet lévitement dun état interne désagréable, ne pose pas de problème de définition. Il nen va pas de même pour la dépendance. Elle aurait valeur de renforcement positif, dans la mesure où la consommation du produit, la mise en uvre de la conduite rétablissent lhoméostasie. On parle aussi de dépendance pour décrire un comportement soumis, une démission personnelle conduisant à un besoin d'être pris en charge. Ce comportement soumis renvoie à létymologie du terme daddiction, qui nest pas innocente. Le vocable daddiction dérive par extension de létat desclavage en droit romain, avec sa connotation de condamnation à lasservissement, dassujettissement. Le juge, par exemple, constatant lincapacité dun débiteur à payer sa dette, pouvait le condamner à lasservissement. Le plaignant disposait alors à son profit de la personne même du débiteur. Laddict subissait la contrainte par corps , était voué à une autre personne, à une tâche, une conduite. Comme on voit, addiction et dépendance sont deux termes quil est difficile de départager.
La surconsommation alimentaire répond-elle aux critères de laddiction ou de la dépendance ? Le terme daddiction nest pas reconnue par le DSM-IV, qui ne prend en compte que la dépendance à une substance.
Les caractéristiques principales de cette dépendance sont la tolérance au produit, un syndrome de sevrage lors de la privation, la focalisation de la personne sur la consommation.
1) La tolérance
La tolérance à une substance se traduit par le besoin de quantités de plus en plus fortes de la substance pour obtenir leffet désiré (ou bien par un effet notablement diminué pour une même quantité de substance). Dans le cas des aliments, leffet désiré est-il la réplétion gastrique, le plaisir gustatif, le rassasiement, le contentement, la stimulation et léveil, la diminution de perceptions émotionnelles induisant une souffrance psychique ?
Le consommateur de drogues ou dalcool doit augmenter les doses pour obtenir leffet recherché. Cela peut conduire à consommer des doses de produit qui pourraient ne pas être supportées, voire être létales pour un non habitué. On nobserve rien de tel pour des aliments.
On na pas non plus observé de tolérance sensorielle. Les préférences pour certaines concentrations de sucre dans la nourriture ou les boissons semble stable chez ladulte, et sont plutôt aujourdhui diminuées quaugmentées, après des expositions répétées. La consommation de sucre, qui est la plus haute durant lenfance et ladolescence, diminue ensuite avec lâge.
Si certaines études avaient montré que les obèses avaient une préférence pour le sucré plus haute que les témoins, dautres études ultérieures ont montré linverse. Lidée que lobésité pourrait être due à une absence de satiété au goût sucré a été contredite par les expériences récentes.
Puis des études se sont focalisées sur la densité calorique et sur la synergie gras-sucré. Mais les études sensorielles ont montré que la préférence gustative pour le sucré diminue après des expositions répétées, ce qui est le contraire du modèle fondé sur la tolérance.
Le concept de tolérance ne semble donc pas sappliquer pour les aliments.
2) Syndrome de sevrage
Existe-il un syndrome de sevrage lors de la privation des produits gras et sucrés ? La non consommation daliments gras/sucrés nentraîne pas de syndrome de sevrage. Les effets du jeûne ne sont pas superposables à ceux dun sevrage de substance addictogène.
3) Focalisation sur la consommation :
En labsence des deux critères précédents, on ne peut pas parler de dépendance physiologique. Mais peut-on parler de dépendance psychologique ?
Le seul élément restant de la définition est en effet un désir persistant, des efforts infructueux pour diminuer ou contrôler la consommation, un comportement de consommation frénétique se faisant au détriment dautres activités. La personne dépendante sacrifie ses activités sociales et autres, sisole, ne travaille plus, au profit de son activité addictive, des efforts faits pour se procurer les substances, les consommer, ou se remettre de leurs effets.
De tels effets peuvent sappliquer à la Bulimia nervosa. Mais, contrairement aux produits addictifs, les produits gras et sucrés sont peu chers et aisés à se procurer. Cest justement ce quon leur reproche. Et labandon dautres activités, professionnelles et sociales, pour des raisons de consommation, est rare, excepté les cas de boulimie.
La restriction cognitive comme mime de laddiction
La focalisation sur la consommation alimentaire et ses effets de dépendance psychologique peuvent être induits, non pas en raison de la nature addictogène de certains aliments, mais par la restriction cognitive. La restriction cognitive peut être définie comme lensemble des comportements alimentaires, des croyances, des interprétations et des cognitions concernant la nourriture et la façon de se nourrir, découlant dune intention de maîtriser son poids par le contrôle mental du comportement alimentaire.
Herman et Polivy ont démontré à propos de la restriction cognitive que cette pathologie alimentaire découle defforts mentaux en vue de sinterdire certains aliments considérés comme « grossissants ». Le processus est avant tout dordre cognitif : les individus en restriction cognitive simposent des limites rigides pour réguler leurs prises alimentaires, déterminées par des règles et des croyances concernant les aliments et quantités permis ; ces comportements prennent le pas sur les mécanismes de régulation physiologiques. La restriction cognitive mime laddiction : on y retrouve le sentiment de dépendance de lindividu vis-à-vis du produit, le désir exacerbé, le plaisir intense, mais fugace, lié à sa consommation, qui a valeur de renforcement positif.
On retrouve de même lenvahissement du champ mental par les cognitions liées au produit, par la lutte pour sen interdire la consommation, le caractère obsédant de ces cognitions, le caractère compulsif du passage à lacte, le soulagement apporté et la valeur de renforcement négatif de ce passage à lacte. Enfin, lindividu, là encore, persiste en dépit des conséquences négatives de sa conduite.
La guérison de la restriction cognitive annule les conduites pseudo-addictives
Ce que nous a montré notre expérience clinique, cest que lorsque les produits gras/sucrés sont considérés comme interdits parce que « grossissants », lindividu développe vis-à-vis deux un comportement mimant laddiction.
La levée des interdits, lapprentissage dune consommation régulée par les sensations alimentaires de faim et de satiété, permet de supprimer la restriction cognitive et les phénomènes compulsifs qui sont en relation avec elle.
Lorsque ces produits ne sont plus considérés comme interdits, lindividu peut alors les considérer comme des aliments, et les consommer dans des quantités adaptées à son état nutritionnel, en tenant compte de ses sensations de faim et de rassasiement. La peur de manquer, la frustration, la culpabilité disparaissent, et la consommation de produits gras et sucrés permet dès lors à nouveau de procurer un véritable réconfort. Les pensées obsédantes concernant ces aliments seffacent, et le désir de salimenter redevient tributaire de létat nutritionnel de lindividu.
En somme la suppression de la restriction cognitive aura permis de faire changer les produits gras et sucrés de catégorie : ils seront passés de la catégorie « drogue » à la catégorie « aliment ».
Comorbidité de la restriction cognitive avec les addictions
Certaines conduites alimentaires compulsives ne sont pas en relation avec la restriction cognitive et sont déclenchées par des états psychologiques et émotionnels. Lincapacité à gérer ses émotions donne lieu à des stratégies diverses au nombre desquelles figurent le développement daddictions, et de surconsommations alimentaires compulsives de type boulimique.
Les traitements de ces pathologies passent par un travail psychothérapeutique. La diabolisation des aliments ne fait que jeter de lhuile sur le feu.
Le paradoxe de la diabolisation des produits gras et sucrés
On aboutit à ce paradoxe : considérer que les produits alimentaires gras et sucrés sont addictogènes conduit le corps médical et les pouvoirs publics à les diaboliser et en prohiber la consommation dans la population générale. Cette politique favorise lextension du syndrome de restriction cognitive, avec ses conséquences qui miment les addictions, ce qui semble donner raison aux diabolisateurs. Or la restriction cognitive induit des troubles du comportement alimentaire et des troubles psychopathologiques, une instabilité pondérale avec une dérive vers le haut, c'est-à-dire justement ce dont on cherche à protéger la population.
À linverse, dédiaboliser les aliments gras et sucrés, les remettre à leur place daliments, considérer que lappétence quils suscitent a un caractère normal, permet aux utilisateurs de sen satisfaire, de stopper leur consommation lorsquils sont rassasiés et contentés.
Enfin, lorsque les conduites alimentaires compulsives sont dues à des problèmes psychologiques et émotionnels, le traitement doit porter sur ces aspects.
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Le trouble du réconfort. Dr Jean-Philippe Zermati, nutritionniste, Paris
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Le concept de trouble du réconfort, manger sans pouvoir se réconforter, suggère en creux que les aliments participeraient à une fonction réconfortante qui pourrait donner lieu à des désordres alimentaires. Il faudrait donc admettre que lacte alimentaire aurait naturellement la capacité de nous réconforter et que cette capacité aurait la possibilité de disparaître ou bien de saltérer.
Cest en tout cas ce que nous serions tenter de croire en nous fondant sur nos observations cliniques. Nos patients expriment souvent quils mangent pour obtenir un réconfort quils ne parviennent pas à trouver. Ils mangent des aliments quils affectionnent, qui comblent leur faim, mais qui ne semblent plus pouvoir les rassasier. Manger sans faim et sans se rassasier devrait nous conduire à nous interroger sur la notion même de rassasiement et de satiété.
Une sémiologie du comportement alimentaire normal
Le vocabulaire dont nous disposons pour décrire le comportement alimentaire est bien limité. Il se résume à la faim, au rassasiement, à la satiété et aux appétits spécifiques. Les premiers sont dédiés à la description de lhoméostasie énergétique tandis que les derniers se rapportent à lhoméostasie nutritionnelle.
Il semble pourtant que la fonction du comportement alimentaire ne se limite pas à la satisfaction de ces besoins les plus évidents et que dautres besoins tout aussi vitaux mais moins souvent évoqués interviennent également dans le contrôle du comportement alimentaire, notamment le besoin de sécurité et déquilibre émotionnel.
Grâce à leurs sensations et émotions alimentaires, les êtres vivants reçoivent de leur corps des informations qui les renseignent sur la présence et la nature de leurs besoins. Pour être compréhensible, chaque besoin doit donc se manifester par des signaux qui traduisent leur apparition, leur comblement puis leur disparition.
Besoins énergétiques
Le besoin énergétique et sa régulation ont été les plus étudiés par les physiologistes qui se sont entendus pour désigner ces trois stades du besoin par un vocabulaire précis faisant maintenant lobjet dun consensus : la faim, le rassasiement et la satiété. Si la faim et la satiété semblent bien exprimer lapparition et la disparition du besoin énergétique et présentent somme toute peu dambiguïté, le terme de rassasiement semble quant à lui entraîner plus de confusion. Il traduit mal ce quexpriment les personnes qui disent quelles nont plus faim sans pour autant se sentir rassasiées. La satiété est bien là, mais le rassasiement nest pas ressenti, au sens où lenvie de manger se manifeste encore.
Cest pourquoi plutôt que le terme de rassasiement qui semble mieux convenir pour exprimer la disparition de la motivation à manger, il serait souhaitable demployer un terme plus descriptif, dépourvu de toute autre connotation que la faim, et qui serait le soulagement. Ce terme exprime bien ce processus dynamique qui permet de passer de létat nociceptif de faim à létat de non-faim. Sans rien laisser supposer de la motivation à manger dont on sait quelle peut résulter dautres raisons que la faim.
Besoins nutritionnels
Nous sommes encore plus démunis quand il sagit de décrire les trois stades du besoin nutritionnel. Lapparition dun besoin spécifique en nutriment nest pas caractérisée par des signaux corporels équivalents à ceux de la faim. Toutefois lexistence de ce besoin est à lorigine dune motivation particulière à consommer les aliments appropriés que lon désigne sous le terme dappétit spécifique. Mais il nexiste aucun vocabulaire consensuel pour désigner son comblement et sa disparition.
Lappétit spécifique se manifeste par une forte motivation à ingérer un aliment dont la consommation est supposée apporter un plaisir important. Les physiologistes ont pu montrer que cela correspondait dans le cerveau à une activation des aires émotionnelles. Le domaine lexical qui conviendrait le mieux pour exprimer les autres stades du besoin devrait donc se référer à ce domaine émotionnel.
Pour désigner le comblement de ce besoin, nous aurions besoin dun terme qui exprime lidée dun plaisir en mouvement, selon lexpression utilisée par Épicure, et qui traduise laspect dynamique de lévolution du plaisir, dabord important puis allant en diminuant. Le terme de contentement pourrait assez bien correspondre à cette idée. Il évoque assez bien la notion de réalisation du plaisir attendu.
La disparition de ce besoin pourrait se traduire, quant à elle, par un sentiment de satisfaction qui exprimerait davantage lidée dun aboutissement et dun plaisir en repos selon la distinction que faisait Épicure entre les différents plaisirs.
Quoi quil en soit, à la sensation de manque crée par un besoin spécifique répondent des émotions agréables qui informent de son comblement et sa disparition.
Besoins de sécurité
Côtoyant ces besoins évidents se trouvent dautres besoins moins perceptibles, mais qui nous apparaissent dés lors quils ne sont plus satisfaits. Notamment notre besoin de sécurité, qui se manifeste par la néophobie et lanxiété naturelle qui laccompagne. Sans elle, le mangeur pourrait consommer en toute insouciance des aliments inconnus de lui. Il prendrait ainsi le risque de sintoxiquer et de mettre sa vie en danger.
Cette anxiété est normalement peu perceptible dans la mesure où elle est généralement neutralisée par la Culture Alimentaire qui définit le répertoire du comestible et du non-comestible et permet que seuls des aliments en lesquels nous avons toute confiance franchissent la barrière de notre bouche. On la voit pourtant régulièrement réapparaître à chaque présentation dun met inconnu ou lors dévénements liés à lactualité : vache folle, culture dOGM, saumons contaminés par le mercure
Lapparition de notre besoin de sécurité serait donc une émotion qui nous éloignerait de notre sérénité habituelle et stimulerait notre vigilance. Le terme de méfiance naturelle me semble assez convenir. Cette méfiance constituerait ainsi une motivation à sorienter vers les aliments les plus sûrs. La disparition du besoin pourrait prendre la forme dune réassurance qui au bout du compte nous permettrait de revenir à la sérénité qui caractérise létat de repos.
Lataraxie
Au bout du compte, il existerait donc des besoins naturels, universels et permanents qui se manifesteraient par la faim, les appétits spécifiques et la méfiance et qui seraient responsables de la motivation à manger. Leur comblement pourrait correspondre au rassasiement, cest-à-dire la phase dynamique du plaisir. Il procurerait soulagement, contentement et réassurance. Et leur disparition pourrait se traduire par la satiété, la satisfaction et la sérénité. On pourrait envisager labsence de besoin comme une phase statique du plaisir qui correspondrait à un état de paix du corps et de lâme quEpicure désignait par le terme dataraxie.
Il serait donc plus logique de considérer lataraxie comme le véritable signal de la fin de lacte alimentaire signant la disparition de toute motivation à manger. A linverse, labsence de satiété conduirait à prolonger la consommation de laliment, tandis que labsence de satisfaction ou de sérénité conduirait à se détourner vers de nouveaux aliments davantage susceptibles de combler le besoin nutritionnel ou de sécurité.
Besoins émotionnels
De manière plus inconstante, le comportement alimentaire peut aussi passer sous le contrôle de lhoméostasie émotionnelle et contribuer à rétablir létat de repos. Dans ce cas, le besoin se manifesterait par un état de tension caractérisé par lapparition de marqueurs somatiques spécifiques de chaque émotion et responsables de sensations corporelles désagréables. Celles-ci constitueraient la motivation à manger dans la mesure où la consommation de certains aliments, notamment gras et sucrés permettrait de les faire disparaître ou den réduire lintensité. Il est nécessaire pour cela que le mangeur entretienne avec ses aliments une relation non conflictuelle dénuée de toute arrière-pensée. En somme que ses aliments soient bons à penser et quils induisent des émotions positives.
Le comblement du besoin correspondant à la diminution des sensations corporelles désagréables produirait le sentiment de réconfort. Jusquà aboutir à leur total disparition et le retour à un état de détente signalant labsence de besoin et de motivation à manger.
Dans les conditions normales dune bonne régulation, il nest pas délétère de recourir aux aliments pour assurer son homéostasie émotionnelle. Manger sans faim ne présente aucun inconvénient pour le poids ou la santé dans la mesure où la surconsommation est ultérieurement compensée par les mécanismes de la régulation. La faim sera réduite dautant et les appétits spécifiques orienteront les choix du mangeur vers de nouveaux aliments. Manger constitue un moyen simple, très accessible, peu onéreux, légal de se réconforter à bon compte.
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HOMEOSTASIE
(Besoins vitaux) |
PRESENCE
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COMBLEMENT RASSASIEMENT
«Plaisir en mouvement» |
ABSENCE ATARAXIE
«Plaisir en repos» |
| ÉNERGETIQUE (Quantitatif | FAIM | SOULAGEMENT | SATIETE |
| NUTRITIONNELLE (Qualitatif | APPETITS SPECIFIQUES | CONTENTEMENT | SATISFACTION |
| « SECURITE » | MEFIANCE | REASSURANCE | SERENITE |
| ÉMOTIONNELLE | TENSION | RECONFORT | DETENTE |
Le trouble du réconfort.
Stricto sensu, le trouble du réconfort devrait sappliquer uniquement à lhoméostasie émotionnelle. On pourrait le décrire comme une motivation à manger dans le but de faire disparaître un état de tension et par lincapacité à obtenir le réconfort attendu. La persistance de létat de tension initial, voire laugmentation de son intensité, se traduirait par une absence de rassasiement.
Il est possible que cette incapacité à se réconforter résulte de causes multiples et encore peu connues. Il en est cependant une que nous rencontrons chaque jour dans nos pratiques : le contrôle mental du comportement alimentaire, ou restriction cognitive, qui occasionne au mangeur ce que nous pouvons considérer comme un véritable stress alimentaire. Dans ce cas, le sujet nest plus à même de penser du bien des aliments quil consomme et quil classe généralement en fonction de leur pouvoir supposé grossissant. La consommation de tels aliments entraîne elle-même la production démotions négatives qui empêchent la survenue du réconfort. Cest le fait même de manger qui devient un stress.
Laugmentation de la sécrétion de cortisol qui accompagne la restriction cognitive est sans doute responsable dune aggravation du phénomène dimpulsivité alimentaire caractérisé par lintolérance du sujet à ses émotions. Ainsi le renforcement du contrôle mental à la fois augmente lintolérance aux émotions et empêche la survenue du réconfort. La combinaison des deux phénomènes aboutit parfois à des tableaux complets de boulimia nervosa mais plus généralement à des formes de comportements compulsifs déclenchés par lirruption démotions qui ne peuvent plus être apaisées par les prises alimentaires.
Une autre situation proche du trouble du réconfort est la difficulté de manger avec un sentiment de sécurité. Cette situation diffère du trouble du réconfort par la nature de la motivation alimentaire. Il ne sagit plus dans ce cas de répondre à une émotion négative mais simplement de manger en assurant son besoin de sécurité.
Le climat général dinsécurité qui pèse sur les aliments est aujourdhui incontestable. De nombreux aliments sont suspectés de faire grossir ou de nuire à la santé. Les slogans tels que Pour votre santé, mangez moins gras, moins sucré, moins salé ne contribuent pas à rassurer le mangeur sur linnocuité de ses aliments. Sans aucune précision sur la dose quil conviendrait dabsorber, tout aliment porte désormais en lui la possibilité dun danger.
Lambivalence qui caractérise certains aliments, désirés mais suspectés, rend les mangeurs incapables den consommer les quantités appropriées à leurs besoins. Dune part, ils ne sauraient dire quelle est la quantité qui les protégerait du risque quil souhaite éviter. Dautre part, labsence de sérénité, remplacée par des sentiments de culpabilité ou danxiété, empêche la perception même du sentiment de rassasiement et linstallation de lataraxie.
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Phobie des émotions et crises alimentaires Docteur Stéphanie HAHUSSEAU, psychiatre, Toulouse
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Phobie des émotions et crises alimentaires Docteur Stéphanie HAHUSSEAU
Un certain nombre de patients souffrant de troubles alimentaires ont peur de leurs émotions. La survenue dune peur, dune colère ou dune tristesse est interprétée comme un échec personnel, comme le signe dun dysfonctionnement interne ou comme le signe précurseur de troubles mentaux pérennes.
Ces patients développent des évitements par rapport à leurs émotions négatives, apaisant à court terme mais qui les pérennisent à plus long terme. Les crises alimentaires sont alors des évitements émotionnels qui empêchent le patient datteindre ses objectifs de bien être.
Au travers de la présentation dune patiente souffrant danorexie mentale, seront envisagées les caractéristiques de la phobie des émotions et les modalités thérapeutiques consistant surtout à développer dautres stratégies de coping émotionnel plus efficaces à long terme que les crises alimentaires.
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Une nouvelle approche de traitement des Troubles Addictifs Alimentaires (TAA), Docteur William LOWENSTEIN, médecin addictologue, Boulogne Billancourt
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Madame Nathalie T., 50 ans, vient en consultation avec une demande précise : elle pèse 160 kg, et elle veut perdre du poids pour retrouver une certaine mobilité corporelle. Elle fait demblée état de son peu despoir dans la réussite de toute prise en charge : elle a déjà rencontré des dizaines de nutritionnistes, des dizaines de psy, tenté autant de régimes et de cures
bref, dit-elle, elle a « tout essayé ».
Ce que cette patiente évoque, cest un long parcours de trente ans defforts, dincompréhension et de lutte contre elle-même, qui ne lui ont laissé aucun répit. Elle a pu parfois maigrir, répondre à cette exigence torturante dêtre conforme à une « bonne image », mais jamais elle na réussi à mettre au second plan de sa vie la question de la nourriture.
Même dans les périodes où son surpoids nétait pas pour elle un « handicap » (c'est-à-dire mettant en danger sa santé et réduisant considérablement ses activités), jamais lobsession de la nourriture ne la quittée, jamais les réveils dans la nuit, la mauvaise humeur liée à la sensation dun effort permanent nont cédé.
Alors, forcément, elle doute : Quest-ce que jai fait de mal ? Pourquoi ne suis-je pas « normale » ? Suisje folle ? Mon comportement est-il mauvais ? Quest-ce que je ne narrive pas à comprendre ? Contre quoi, contre qui dois-je me battre ?
Nathalie nest pas un cas isolé : elle met en exergue la résignation finale dont font preuve les personnes souffrant de troubles alimentaires (anorexie, boulimie) à se penser coupables, responsables, pas assez motivées pour parvenir à interrompre le mouvement répétitif et incontrôlé de ce qui leur arrive. Devant le peu de soulagement, le peu defficacité qui leur sont proposés, elles nont dautres choix que de se mettre en cause. « Et pourtant, « je veux » revient comme un leitmotiv de cette impuissance, comme une excuse à ne pas être de « bons patients ». Malgré toute leur « bonne volonté », elles « cèdent à la tentation ».
Cette situation, nous la connaissons bien : quand la science est reléguée à limpuissance, on en appelle à la volonté du patient, à ses efforts. On met en accusation un comportement, et on cherche à le rééduquer ! Cest pour cela que nous naimons pas employer lexpression, aujourdhui diffusée, de « troubles du comportement alimentaire » (TCA).
Nous préférons, à la Clinique Montevideo, parler de troubles addictifs alimentaires ou TAA.
Quand la volonté fait toujours défaut, dautres en appellent à une psychologie, qui, pervertie de son usage, devient inquisitrice : il faut chercher, trouver une cause, la cause, la faille. Et force est de reconnaître que bien souvent, les patients, même après sêtre pliés à toutes ces recherches, après une traque continue du traumatisme originel, après de multiples tentatives de « réparation », de rétablissement de leur estime, après de si nombreuses et fines interprétations de la signification de leur trouble, demeurent dans le même désarroi, la même souffrance. Comme si le sens navait pas de prise sur leur comportement, comme si le fait de savoir était décidément dissocié du fait de pouvoir.
Cette situation est sensiblement similaire à celle imposée aux usagers de drogue il y a quelques années : la même impuissance du vouloir sur le pouvoir, la même mise hors circuit des soins, la même mise en accusation et le même sentiment de honte pour les patients à évoquer leurs difficultés.
Il nous faut insister sur le point suivant : identifier ces manifestations alimentaires comme relevant des addictions permet un soulagement pour beaucoup. Ainsi, nous reconnaissons leur trouble comme un désordre singulier comme une « maladie » qui peut donc leur faire quitter un peu cette logique deffort, denfermement et de culpabilité.
Cependant, tout rapport ambigu à la nourriture ne relève pas forcément de laddiction. Certains critères précis communément admis pour entrer dans cette catégorie, permettent déviter certaine confusion. La perte dappétit à la suite dun deuil, par exemple, na pas grand-chose à voir avec lanorexie mentale ; après une déception, les excès ponctuels de sucrerie communs à beaucoup de gens nont que peu de lien avec la tension qui initie une prise incontrôlable et ininterrompue de nourriture lors dune crise de boulimie.
Il existe plusieurs échelles internationales qui résument les item (signes) spécifiques et nécessaires pour parler daddiction : DSM4, CIM, échelle de Goodman. En les appliquant aux désordres alimentaires, nous pouvons les résumer ainsi : un malaise croissant avant le début de la crise, une impossibilité à y résister, un soulagement qui accompagne la prise de nourriture. Dautres signes évidents de laddiction sont présents dans les troubles alimentaires : la préoccupation fréquente, voire de plus en plus exclusive, sur le thème de la nourriture ou de ses conséquences physiques (prise ou perte de poids) ; les multiples tentatives pour essayer de se contrôler, ou de réduire les quantités de nourriture, toujours inefficaces et ce, malgré la conscience totale des répercussions négatives ou des méfaits physiques que la poursuite de la consommation entraîne. Comme un dépendant à une drogue, les personnes souffrant de troubles addictifs alimentaires ont besoin de répéter, de rapprocher de plus en plus les crises pour percevoir une vague accalmie.
Le terme daddiction prend aussi en compte les conséquences sur lensemble de leur vie : la peur de la répétition dune « crise » à lextérieur de leur domicile restreint leurs activités ; la pensée obsédante réduit la concentration, les initiatives et les projets
. Petit à petit, cest toute leur vie (familiale, sociale, affective, intellectuelle
) qui sappauvrit pour se résumer à cette seule préoccupation. Ce rétrécissement, ce retrait de la vie nest pas difficile à se représenter quand on sait ce quil en coûte à une patiente boulimique daccepter une banale invitation à dîner. Elle passera son temps à essayer de se maîtriser, craignant avec angoisse une perte de contrôle, un débordement, sous les regards réprobateurs ou inquiets de son entourage
Nous reconnaissons bien là un signe important de laddiction : limpossibilité de laisser libre cours à une crise entraînera la panique, la perte de contrôle de soi, a minima une franche irritabilité. Plus la personne sefforcera de faire taire, avec sa volonté, limpulsion destructrice, plus elle se sentira désarmée, perdue, en « désaide ». Reconnaître le caractère addictif de certains troubles alimentaires procure un effet de soulagement dont nous parlions plus haut mais permet aussi une plus grande efficacité de la prise en charge. Le soin sengage différemment: on admet que les recherches sur les causes passées, les torturants « pourquoi » sont inadéquats tant quon ne parvient pas à identifier la souffrance, puis à lapaiser.
Bien sûr, les troubles alimentaires se sont bel et bien enclenchés parce quil y avait quelque chose de fragile ou de douloureux, chez certains individus, à une période vulnérable de leur vie