1-2-3 décembre 2005.
PROGRAMME ET RÉSUMÉ DES COMMUNICATIONS
Président du Congrès : Dr Jean Philippe ZERMATI
Président Scientifique : Dr Gérard APFELDORFER
Comité dorganisation :Mme Sylvie BENKEMOUN, Dr Frédérique CHIVA, Mme Anne-Marie DALIX, Dr Francine DURET-GOSSARD, Mme Katherine KURETA-VANOLI, Mme Dominique AMAR-SOTTO, Dr Pierre PEUTEUIL, Dr Bernard WAYSFELD.
Lieu du Congrès: UIC - 16, rue Jean Rey - 75015 Paris
Les 3èmes Rencontres ont été grandioses. Tout d'abord, les participants furent nombreux et passionnés. Dans bon nombre de congrès, le public écoute d'une oreille distraite des communications brèves portant sur des recherches, certes pointues, certes scientifiques, mais, il faut bien le dire, lassantes en raison de leur accumulation. Ici, rien de tel: on avait affaire à des participants qui sont restés présents et attentifs tout au long des sessions, qui participaient véritablement.
Ces Rencontres se sont déroulées sur trois journées. La première fut consacrée à des ateliers pratiques, tandis que la troisième journée, le samedi, était consacrée à la vie associative.
Durant la seconde journée, les communications portèrent sur le thème des relations entre obésité et troubles du comportement alimentaire, sur le fait de savoir si nous ne serions pas face, en ce qui concerne ces problèmes, à une maladie de société. La question est d'importance: les maladies des sociétés ne répondent pas aux mêmes règles que les maladies individuelles. Si ce qu'on appelle, de façon bien cavalière,"l'épidémie d'obésité" des pays occidentaux, est de l'ordre du trouble ethnique, de la maladie de civilisation, alors les abords diététisants des médecins, des diététiciens, des charlatans, ne sauraient être des réponses adaptées. Quant aux programmes de nutrition généralisés à la France entière, aux injonctions de faire s'évaporer par l'agitation physique le surcroît de calories ingurgitées, au renforcement des réglementations, à la police diététique, ils se révéleraient tout aussi inadaptés.
Remercions tout particulièrement le Pr Serge Hercberg, épidémiologiste et vice-président du comité stratégique du Programme national nutrition santé, qui a accepté notre invitation et est venu exposer les grandes lignes du P.N.N.S., devant un public exigeant. Certes, nous étions loin de partager les mêmes points de vue, mais la discussion fut sereine et empreinte de respect réciproque.
La Journée se clôtura sur un débat entre Didier Chapelot, physiologiste (UFR Santé Médecine et Biologie Humaine Léonard de Vinci Bobigny) et Jean-Philippe Zermati, médecin nutritionniste, Paris, sur le thème de la restriction cognitive. Énoncé ainsi, cela paraît plutôt aride. Mais en fait, le débat est crucial, puisqu'il ne s'agit, ni plus ni moins, que de savoir si l'approche des problèmes pondéraux par le régime et les conseils d'encadrement diététique sont pertinents ou non. Le moins qu'on puisse dire était que les avis étaient diamétralement opposés! Il est rare, dans un congrès, d'assister à des joutes, à des "disputes" (dans le sens que ce terme avait au Moyen-âge), aussi passionnées, aussi passionnantes!
Quelles journées, que de Rencontres!
Gérard Apfeldorfer
Jeudi 1er décembre 2005:
Ateliers pré-congrès
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Dépistage des troubles du comportement alimentaire chez les personnes en demande damaigrissement. Dr Gérard APFELDORFER, psychiatre, Paris
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Les personnes en demande damaigrissement considèrent que la solution à tous leurs problèmes, de santé, damour-propre, relationnels et sentimentaux passe par la perte pondérale.
Une réponse du médecin, du diététicien, du psy, se situant au même niveau tend à conforter cette croyance. Elle a aussi pour effet de masquer les troubles du comportement alimentaire de la personne.
La présence de troubles du comportement alimentaire avérés est une contre-indication sans équivoque à une prise en charge dordre diététique. Une anorexie mentale restrictive ou avec boulimies, la Bulimia nervosa, doivent être prises en charge prioritairement. Il en va de même de lhyperphagie boulimique, du syndrome dalimentation nocturne, de lanarchie alimentaire, quel que soit le poids de lindividu.
Pour nous, la restriction cognitive est a considérer comme un trouble du comportement alimentaire nécessitant lui aussi une prise en charge spécifique.
Latelier devra permettre au participant de diagnostiquer ces différents troubles dès les premières consultations.
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Comment annoncer la mauvaise nouvelle ? Vous ne pouvez pas/plus maigrir. Dr Jean-Philippe ZERMATI, nutritionniste, Paris; Mme Sylvie BENKEMOUN, psychologue, Paris
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Tout nous invite à penser quun gros doit maigrir pour être en meilleure santé. Mais le peut-il toujours ? Certains, au fil des tentatives damaigrissement rencontrent des difficultés liées à une irréversibilité de ce poids.
Comment déterminer ce point de non retour et que dire au patient qui espère toujours ?
Un véritable travail thérapeutique savère nécessaire pour faire accepter cette réalité biologique et psychologique.
Il sagit alors, pour le sujet, dentrer dans la réalité de son poids et de laccompagner dans ce parcours parfois difficile.
Notre poids, notre capacité à grossir en réponse à une suralimentation, le niveau de nos dépenses énergétiques sont très largement dépendants de notre patrimoine génétique dans un environnement donné, et expliquent en grande partie les inégalités que nous constatons entre les individus. Chacun se maintient ensuite à son poids, de façon naturelle et insouciante, tout simplement en mangeant « à sa faim » les aliments qui lui font envie. Les variations du poids sont spontanément corrigées par des variations de la faim. Ce poids que notre organisme sefforce de conserver détermine ce que lon appelle une valeur de consigne et fait donc lobjet dune régulation.
La plupart des systèmes biologiques obéissent également à une régulation : la glycémie, la température, la tension artérielle, la calcémie
La différence entre la régulation du poids et celle des autres systèmes réside essentiellement dans la détermination de la valeur de consigne. Dans le cas de la température, les choses sont simples : la valeur de consigne se situe à 37 °C pour tous les individus de lespèce. Elle se maintient à ce niveau tout au long de leur vie. Un simple thermomètre suffit donc pour savoir si lindividu se trouve ou non à sa valeur de consigne.
Dans le cas du poids, les choses se compliquent : la valeur de consigne, que lon appelle aussi le set-point, varie dune part dun individu à lautre et dautre part chez le même individu au cours de sa vie. Un pèse-personne ne permet donc pas daffirmer avec autant de facilité si lindividu se trouve ou non à son set-point. Si bien que la seule connaissance possible du set-point est constituée par une approche clinique : un sujet qui respecte ses sensations alimentaires, la faim et le rassasiement, se situe à son set-point ou inversement un sujet qui se trouve à son set-point mange en respectant ses sensations alimentaires.
Toutefois si la génétique prépare le terrain de notre vie future, elle ne peut complètement décider de lavenir de notre poids. Le poids initialement proposé par nos gènes dépend de nombreux événements qui se produisent au cours de notre vie : lâge, lalimentation, les maladies, les hormones, le stress, le tabac
Ces circonstances peuvent occasionner des changements dans notre régulation. Ainsi la prise de poids peut schématiquement correspondre à deux mécanismes. Dans un premier cas, elle est consécutive à un dépassement du set-point. Physiologiquement, cette situation se traduit par une augmentation de la taille des cellules graisseuses. Ce processus est réversible et saccompagne de la sensation de manger sans faim. On le rencontre lors dune augmentation récente des apports alimentaires ou dune diminution des dépenses énergétiques. Dans un second cas, la prise de poids est consécutive à une augmentation du set-point. Lorganisme semploie désormais à défendre une nouvelle valeur, plus élevée, du set-point. Physiologiquement, cette situation se traduit par une multiplication des cellules graisseuses. Ce processus est irréversible et saccompagne pour le mangeur de la sensation de manger à sa faim. On le rencontre lors de certaines maladies, de lésions cérébrales, dévénements hormonaux, de la prise de certains médicaments, mais surtout lors dune augmentation plus prolongée des apports alimentaires. Quelques auteurs évoquent la possibilité dune influence des facteurs psychologiques sur lélévation de ce set-point.
Ainsi quand un individu grossit, il nest guère possible de dire avec exactitude si le poids quil affiche correspond à une augmentation ou un dépassement de son set-point. La prise de poids sest-elle effectuée selon une augmentation de la taille des cellules graisseuses ou selon une multiplication de celles-ci ? Il est probable que les deux mécanismes sont sollicités mais dans des proportions impossibles à préciser. Et seul un travail complexe sur les sensations alimentaires permet de répondre à cette question. La part de réversibilité de la prise de poids étant complètement inconnue, elle explique quil est finalement impossible de prédire la perte de poids que le sujet peut espérer obtenir. Il se trouve donc, dès le début de son projet damaigrissement, face à toutes les éventualités : il peut soit reperdre la totalité des kilos quil aura pris soit ne rien perdre du tout soit plus probablement perdre un poids compris entre un poids très antérieur et un poids récemment pesé, sans quil soit malheureusement possible den avoir la moindre idée.
Ces connaissances que nous possédons aujourdhui sur la génétique, la physiologie de la cellule graisseuse et de la régulation appellent plusieurs remarques sur les limites des traitements que nous sommes en mesure de proposer.
Ce qui nest pas possible :
À lheure actuelle, lhonnêteté impose de reconnaître que la médecine ne possède pas les moyens de faire baisser le set-point. Certaines prises de poids sont donc irréversibles. Alors que dautres ne seront quen partie réversibles.
Le set-point correspond au poids que le sujet peut maintenir en mangeant à sa faim. Cest le seul poids quil lui soit possible de maintenir sans effort de contrôle. Simplement en mangeant avec insouciance en fonction de sa faim et de ses envies. Refuser ce poids implique lobligation de réduire son alimentation. Ceci nest possible pour la plupart des individus que sur une période limitée et au prix dune lutte contre la faim sétendant de quelques heures à plusieurs années. Se maintenir définitivement au-dessous de son set-point est donc généralement irréalisable pour la plupart des individus.
Ce qui est possible :
Seules les personnes qui ont dépassé leur set-point peuvent espérer perdre du poids en retrouvant leur nouveau set-point. Cliniquement, nous pourrions présenter les choses en disant que seules les personnes qui mangent sans faim, consciemment ou non, peuvent sattendre à maigrir en retrouvant la faculté de manger à leur faim. Il convient pour cela dentreprendre un travail complexe qui doit répondre à deux questions essentielles : « Où se situe dorénavant le nouveau set-point ? » et « quelles sont les raisons qui ont conduit cette personne à manger sans faim ? ». Ces raisons sont essentiellement, peut-être même toujours, dordre psychologique. Ce qui nous fait toucher une autre limite de nos traitements qui est la capacité des individus à trouver une autre réponse que lalimentation à leurs tensions psychologiques. Cela suppose un travail sur soi qui est loin dêtre couronné de succès dans la totalité des cas.
Ce qui est nécessaire :
Il est possible que le nouveau set-point ne remplisse pas tous les critères de satisfaction. Il peut, par exemple, sensiblement différer des attentes du patient ou de son entourage. En particulier, le résultat obtenu peut être insuffisant pour restaurer une bonne image de soi, physique et psychologique, constituée par ce que la personne pense delle-même et qui lui permette daffronter son propre jugement et le regard des autres. Le set-point peut aussi différer des attentes des médecins et se situer à un niveau incompatible avec un bon état de santé. Le fait que le set-point sassocie à de graves complications médicales nimplique pas quil soit davantage possible de ne pas en tenir compte.
Si la raison impose daccepter ce cruel principe de réalité, il nen reste pas moins quil est souvent douloureux de sy trouver confronté. Un long travail dacceptation commence alors où chacun doit tenter de faire le plus objectivement possible le point de sa situation réelle et de ce à quoi il lui faut renoncer. Le deuil dun poids désiré savère une étape obligatoire pour la reconstruction de lindividu. Le soutien du thérapeute se révèle à ce moment une aide cruciale.
Il est effectivement difficile de renoncer à peser un poids considéré comme normal par linstitution médicale. Chacun sestimant en droit de revendiquer une normalité pondérale indépendamment même de son hérédité, de ses troubles du comportement alimentaire et de son environnement linvitant sans cesse à consommer.
Il sagira pour certains de renoncer à cet autre fantasmé depuis parfois longtemps et de vivre le moment présent à ce nouveau poids. Il faudra oublier le poids davant, celui que lon rêvait de retrouver et qui semblait atteignable avec un peu deffort et de volonté. Plus question dêtre cet autre mince, caché dans un corps demprunt. Inutile également de se comparer à celui qui aura maigri et que lon aura cité en exemple. Il faudra renoncer à entrer dans des tailles de vêtements fétiches qui ne correspondaient à aucune réalité physiologique. Il faudra renoncer à certains métiers devenus désormais impossibles et apprendre à adapter ses possibilités à ses désirs.
Mais surtout pour parvenir à ce renoncement, il sagira de vivre le moment présent sans attendre léchéance dun poids inférieur, le plus souvent impossible à maintenir.
On voit quil sagira dopérer un véritable changement de vie que le thérapeute se devra daccompagner pour le rendre possible. Cet accompagnement permettra au patient daccepter sa différence et sa non-conformité ainsi que sa singularité physique qui ainsi pourra être rejetée ou acceptée.
Un véritable travail de renarcissisation sera nécessaire pour ne pas se sentir infériorisé dans un tel choix. En effet, lamour de lautre semble suspect dans un tel corps et il y aura lieu den discuter afin de dissiper les doutes et certains malentendus.
Il faudra aussi pouvoir accepter davoir un enfant sans amaigrissement préalable, en dissipant toutes les peurs qui seront majorées dans ce cas.
Il pourra savérer nécessaire denvisager les difficultés rencontrées avec lentourage familial et amical ainsi quavec toute autre personne bien intentionnée et pensant agir pour notre bien en nous rappelant les dangers dêtre trop gros. Il arrivera parfois que de véritables enjeux relationnels apparaissent au sein de familles dysfonctionnelles qui avaient commodément désigné le patient comme étant le responsable de leur dysfonctionnement.
Enfin, il est important de prendre en compte cette affection chronique qui demande une surveillance médicale spécifique face à des fragilités connues et répertoriées.
Au bout du compte, de véritables enjeux thérapeutiques se dessinent. Il sagira donc dune part de découvrir le poids déquilibre ou set point grâce à un travail sur les sensations alimentaires et dautre part deffectuer une prise en charge émotionnelle et un travail sur les désirs occultés par le désir envahissant et impérieux de maigrir coûte que coûte. Que faire de ces rêves de vie idéale dans un corps aminci ? Que faire de lutopie dun amaigrissement possible ? Et pourtant nest-ce pas un préalable à toute prise en charge efficace ?
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Le premier entretien en psychodynamique. Dr Bernard WAYSFELD, psychiatre, Paris
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Psychodynamique : équivalent de « psychanalytique » connotant cependant une démarche plus active que la psychanalyse classique : position de face à face ; interventions plus souples et attitude moins frustrante du thérapeute ; travail sur le transfert nexcluant pas une attitude de « coaching ».
En premier lieu, savoir et accepter que le transfert existe, dans toute relation médicale comme dans la vie : cest la projection normale de tout sujet sur son interlocuteur, surtout si ce dernier est à lécoute et relativement silencieux pour reprendre la définition de Lacan, le transfert est positif quand le patient a son thérapeute « à la chouette », il est négatif quand il la « à lil ». Le transfert permet le déplacement de la problématique du sujet sur son thérapeute, ce qui constitue un temps essentiel du traitement puisque cette relation offre une sorte de deuxième chance pour aborder sa propre histoire.
Certains sujets doivent être écartés demblée dun processus psychodynamique : ceux qui doivent être traités par des médicaments et adressés chez les psychiatres, les déprimés sévères, les psychotiques décompensés et les sujets souffrant de pathologies somatiques récidivantes dans le cadre dune désorganisation progressive.
Devront également être écartés les pervers, quils soient fétichistes en se fixant sur une partie de lautre ou masochistes égrenant la litanie de leurs malheurs comme une sorte de raison dêtre.
Les sujets souffrant dobésité et/ou de troubles du comportement alimentaire devront bénéficier ailleurs, auprès dun diététicien ou dun nutritionniste, de conseils adéquats : apports caloriques suffisants, équilibre, diversification, lutte contre la restriction cognitive.
Cest à travers 2 à 4 entretiens préliminaires que pourra être décidé le principe dune psychothérapie psychodynamique : type ; fréquence ; montant des honoraires
Dans le cadre particulier qui nous occupe, le carnet affectivo-alimentaire, permettant de noter les états émotionnels en regard des prises alimentaires constitue une excellente entrée en matière outre quil entraîne (si le sujet accepte de le tenir) une auto limitation des prises, il permet de voir et surtout de revoir ce qui aurait naturellement disparu après consommation : laliment. Cest donc une manière de réintroduire du symbolique en ce sens quil permet la représentation de ce qui nest pas (ou plus) là.
Il pourra être complété par lauto-questionnaire de B. Waysfeld qui permet de faire la part des facteurs organiques, psychologiques et iatrogènes pour 10 minutes de passation et 10 minutes de dépouillement. Il permet ainsi de préciser lopportunité dune psychothérapie psychodynamique (Anxiété et/ou Dépression présentes, fragilité psychologique pas trop sévère, par exemple).
Dès lors que le cadre est mis en place, la question que se pose le thérapeute pourrait être : qui suis-je pour ce patient ? Son père, sa mère, sa fille, son oncle, son grand-père, sachant quau cours du travail, toute la famille va y passer .
Chemin faisant, sera abordée la question de la structure psychologique, psychotique centrée sur la fusion à lautre ou névrotique centrée sur le génital et comportant souvent une sorte de scénario originel décompensateur : dans le domaine qui nous occupe, cest souvent celui dune mère qui na pas été suffisamment présente, caressante et qui na pas, ou qui naurait pas permis à son enfant, le plus souvent une fille, de se constituer un « moi-peau », une limite entre le moi et la réalité, avec dès lors un sentiment de danger face à cette réalité. « Jai toujours manqué de bras » disent-elles souvent et cest souvent dans les bras dun homme, mari ou amant, quelles recherchent répétitivement, sans le savoir, cette enveloppe maternelle introuvable.
Cest très vite la question du Désir qui se pose : de lobésité hystérique, « ne pas être désirable pour ne pas être désirée », à celle du délinquant alimentaire incapable de différer son impulsion à se saisir de lobjet, car nayant pas, en son temps, été conditionné au manque, temps dattente qui permet lélaboration du désir. Cest dans ce temps-là que se met en place la représentation de lobjet, donc lordre du symbolique : lappréciation des capacités de symbolisation est donc aussi au cur de cette première rencontre.
Quelques vignettes cliniques peuvent être repérées au cours dune première rencontre : une rivalité frère-sur où la fille a mis en place, sans le savoir, une obésité phallique pour rivaliser avec un frère cadet préféré par la mère ; le scénario de « lenfant de remplacement » où, après la mort dun aîné, le suivant doit symboliquement occuper la place pour deux ; les difficultés du sevrage, réactivées par les deuils et les pertes où il est presque toujours question dincorporer (des aliments) pour ne pas avaler, accepter la perte de lautre, de lêtre aimé. Combler du vide affectif par du plaisir alimentaire en somme.
Au-delà de ces quelques repères, cest bien sûr la question du temps qui va se poser : en semaines, en mois, en années ; autant quil faudra pour que le lien avec le thérapeute soit signifiant, structurant et permette lépanouissement du transfert quand tout ou presque aura été vécu (revécu ?) sur cette autre scène ; alors, fort naturellement, le thérapeute sera en quelque sorte « désaffecté », dans un mouvement de vacillement libérant le sujet de son lien. Cest bien ce rôle de catalyseur que joue le thérapeute dans lapproche psychodynamique, à la fois indispensable pendant la durée du travail et parfaitement inutile dès lors quil ne fait plus partie de la solution.
Pour en savoir plus, voir: Quelques aspects psychanalytiques concernant le surpoids et la relation à l'aliment
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Le premier entretien en TCC. Mme Laurence COLLET-ROTH, psychologue, Lyon
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Le premier entretien en thérapie comportementale et cognitive correspond à lanalyse fonctionnelle qui est la phase initiale de la thérapie.
Le recueil dobservations comportementales et cognitives se fait sur le mode interactif afin détablir les points multifactoriels de la problématique.
A partir des antécédents structuraux (facteurs socioculturels, familiaux, individuels, évaluation des cognitions alimentaires) et immédiats (difficultés de discrimination des stimulis externes et internes, restrictions alimentaires intératives, déclencheurs de stress et perte de contrôle), on élabore des hypothèses sur les données dapparition des comportements problèmes, sur les facteurs aggravants et de maintien liés aux freins cognitifs.
La trilogie interactive « faits, émotions, pensées » et donc antécédents et conséquences, sera envisagée pour établir des objectifs non discordants entre patient et thérapeute.
Sans lanalyse fonctionnelle préalable en TCC, la thérapie peut être un échec, même sil existe alliance thérapeutique et thérapeute compétent.
Pour en savoir plus, voir: Les thérapies comportementales et cognitives
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Les ateliers du goût. Mme Ulla MENNETEAU, diététicienne, Riom
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Les personnes qui nont pas de problème avec la nourriture mangent globalement selon leur faim et leurs envies en se faisant plaisir. De cette façon, elles tiennent spontanément compte de leurs besoins caloriques, nutritionnelles et émotionnelles et restent à un poids stable. Cette façon de manger leur permet de ne pas ressentir pas le besoin de manger en dehors des moments où elles ont faim ou de continuer au-delà du moment où leurs de leurs besoins énergétiques ont été couverts car elles ont déjà eu suffisamment de stimulations sensorielles et de plaisir pendant quelles avaient encore faim pour ne pas avoir besoin de continuer « par gourmandise » après la perception de la satiété.
Pour une personne en lutte contre son corps et les aliments dans lobjectif de perdre du poids ou ne pas en prendre, cette régulation est difficile. La prise alimentaire ne permet pas dapporter le plaisir alimentaire nécessaire pour sarrêter le repas au moment où les besoins énergétiques ont été couverts car la personne a du mal à saccorder le plaisir de manger, à penser du bien des aliments choisis et delle-même au moment du repas. Elle narrive donc pas à manger et déguster avec plaisir et attention et profiter pleinement de chaque bouchée.
Les avantages du travail sur le goût, la dégustation attentive et le plaisir gustatif sont de permettre au patient dacquérir une autre façon de manger qui laide à perdre du poids en permettant de manger moins mais avec plus de plaisir. Ce travail permet également au patient de se considérer autrement dune façon générale et de se sentir mieux dans son corps et par rapport aux autres.
Le fait dapprendre à déguster amène le patient à découvrir les signaux positifs que son corps lui adresse lorsquil mange. Etre attentif à ses sensations gustatives lui permet de repérer petit à petit des sensations de faim et de rassasiement agréable, souvent difficiles à percevoir chez ces patients en qui ont pris lhabitude pour de multiples raisons de chercher à oublier le plus possible leur corps et ses signaux. La découverte et lobservation attentive de ces sensations permettent aussi de découvrir que la sensation de faim est différente de celle qui accompagne telle ou telle émotion et dapporter des réponses différentes selon les sensations et les émotions.
Certains aspects du goût sont très utiles pour aider le patient à se percevoir comme une personne unique et valable :
- Chacun a un appareil gustatif différent. Les goûts perçus des uns sont différents des goûts perçus des autres. On ne peut donc pas se fier au jugement des autres pour connaître les caractéristiques gustatives exactes dun aliment. Se rendre compte de cette relativité, du droit de percevoir les choses à sa façon, aide beaucoup ces personnes qui ont du mal à se faire confiance et qui ont tendance à se fier aux jugements des autres.
- La mémoire olfactive évoque des ambiances et des émotions qui chargent chaque arôme dun sens différent selon la personne qui déguste en fonction de son histoire personnelle. Etre conscient de limpact de son passé sur les repas daujourdhui à laccepter comme une connaissance précieuse et utile.
- Le toucher permet à la personne de se concentrer en mangeant et mieux définir très exactement ce qui lui convient, de devenir exigeante devant les aliments.
- Louie intervient surtout en ce qui concerne lambiance dans laquelle on mange. Les ateliers sont loccasion pour le patient de se rendre compte combien tous nos sens sont en éveil lorsque nous mangeons et combien il est intéressant dêtre attentif à tous ces signaux.
- La vue est souvent le seul sens mis en oeuvre dans lacte alimentaire : elle donne une idée du goût que peut avoir laliment. Souvent, la personne sen tient à cette idée sans se demander si laliment correspond au goût imaginé et ne perçoit pas laliment réel quil mange et qui le rassasie. Il risque alors fort den manger trop. Il sagit donc lors des ateliers de faire découvrir combien la vue peut nous tromper et nous empêcher de déguster laliment présent et de montrer comment et pourquoi utiliser les autres sens que la vue.
Les ateliers du goût permettent à chaque participant de se rendre compte de ces aspects en les vivant avec tous ses sens. Il permet également aux patients de se rendre compte quils ne sont pas seuls avec leurs difficultés et de voir en lautre un égal confronté à des problèmes semblables aux siens et non une personne parfaite qui peut le juger.
Je donnerai des idées concrètes dorganisation et de déroulement de différents types dateliers du goût et je présenterai des expériences que jai pu faire dans ce domaine.
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Manger des aliments "interdits". Mme Katherine KURETA-VANOLI, diététicienne, Clamart
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Vendredi 2 décembre 2005:
Communications du congrès
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Définitions et sémiologies des TCA. Dr Bernard WAYSFELD, psychiatre, Paris
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Pour définir les troubles des conduites alimentaires (TCA), il serait tentant de se référer simplement à la classification américaine appelée DSM IVqui fait autorité au niveau international. Pour autant, cette classification nous apparaît avant tout destinée à sassurer que les cliniciens qui communiquent entre eux via les publications et les congrès internationaux le font sur une base commune, permettant le traitement statistique des données. En pratique, la majorité des praticiens nutilisent pas cette grille de lecture et priorité reste à la clinique.
Les différents troubles des conduites alimentaires
Rappelons en préambule quil nexiste pas de comportement alimentaire normal en dépit des standards adoptés par chaque culture. Retenons cependant que si le principe des trois repas par jour représente une référence, le sujet se livrant à des grignotages discontinus ou à un seul gros repas ne relève pas du pathologique, dès lors que ce comportement nest préjudiciable, ni à lui-même, ni à son entourage.
1. Les troubles par défaut
Ces troubles concernent ce quon appelle habituellement à tort les anorexies (a = privatif, orexis = faim). Rappelons quen grec ancien, « orexis » renvoie au désir.
Le « a » privatif signifie que tous ces sujets ont perdu la faim, ce qui est loin dêtre toujours le cas. Pour rester schématique, on peut distinguer des causes diverses comme le résume le tableau suivant :
| FAIM | Absente | Conservée | Conservée | Conservée |
| Appétit Désir |
Absence | Perte | Refus | Refus |
| * maladies organiques Tuberculose Cancer Hépatite Infections etc * Equipement pulsionnel (prédisposition |
* Deuil * Dépressions névrotiques réactionnelles * Mélancolie * Vieillards |
* Mère A. de l'enfance * Plaisir A. névrotique hystérique phobique obsessionnelle * Réalité A. psychotiques schizophrénie paranoïas |
* Plaisir A. pervers toxicomanies maladies des laxatifs * Corps A. mentale propre * Corps A. volontaire social |
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Existe-t-il des obésités sans TCA. Dr Frédéric DADOUN, endocrinologue, Marseille
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La génétique peut-elle être une piste pour un nouveau traitement de l'anorexie mentale? Dr Amélie Kipman, psychiatre, Colombes
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La génétique peut elle être une piste pour un nouveau traitement contre lanorexie mentale ?
Pr Philip GORWOOD (1,2), Dr Amélie KIPMAN (1,2), Dr Christine FOULON (3)
Lanorexie mentale touche principalement les femmes, et est caractérisée par une restriction alimentaire, une quête sans fin de minceur et une peur de grossir malgré lévidence de sa nécessité. La présence dantécédents familiaux de troubles du comportement alimentaire est considérée comme un facteur de risque de lanorexie mentale et a été confirmée par de nombreuses études dagrégation familiale. Les troubles alimentaires de tous types, la dépression et le trouble obsessionnel compulsif sont aussi associés à une augmentation du risque danorexie mentale, montrant combien la limite du phénotype transmis est encore inconnue.
Récemment, la présence de facteurs génétiques ont été démontrés (héritabilité non nulle) venant expliquer une bonne part du risque familial. Ces études de jumeaux étaient initialement basées sur des échantillons de patients traités (lesquels présentent une héritabilité importante), mais plus tard les résultats ont été confirmés par des jumeaux recrutés en population générale (héritabilité consensuelle de 70% environ).
La génétique pourrait fournir une aide dans prise en charge de lanorexie mentale de différentes manières.
Tout dabord, le fait déclairer lhétérogénéité du phénotype du trouble alimentaire (notamment avec lhistoire familiale de lanorexie mentale ou du trouble alimentaire), peut préciser des sous-groupes de patients ayant une chance accrue dêtre améliorés par un traitement spécifique.
Deuxièmement, la présence de lallèle de vulnérabilité représenté dans le trouble peut être utilisée chez certains patients pouvant bénéficier dun traitement correspondant à leur particularité génétique. Par exemple, lallèle A du gène 5-HT2A est associé à lanorexie mentale selon une récente méta-analyse (c_ = 8,14, dl =1, p=0.0043), avec un OR correspondant de 1,20 (95 % CI (1,07-1,35)), et un rôle attribuable évalué à 10%. Cet allèle est en effet spécifiquement associé à un début tardif de la maladie et potentiellement à une réponse au traitement différente.
Enfin, trouver des nouveaux gènes associés ou reliés à lanorexie mentale permettrait de découvrir de nouvelles protéines impliquées dans le trouble, et potentiellement dans son traitement.
La fréquence de lallèle court du gène SLC6A2 a aussi été évaluée dans différents échantillons, lallèle « S » représente un facteur de risque modéré mais significatif pour lanorexie mentale (OR = 1,38, 95 % CI (1,16 -1.72)). En tenant compte du dosage habituellement élevé des antidépresseurs sérotoninergiques donnés dans les troubles alimentaires, limportance de la non réponse (approximativement 50%), et la présence dun polymorphisme génétique fonctionnel de la cible de ces traitements (transporteur de la sérotonine), la psychopharmacogénétique pourrait être utilisée par les cliniciens, vraisemblablement pour le Binge Eating Disorder et la boulimie, et potentiellement pour lanorexie mentale. Les informations sur les variants génétiques du cytochrome P450 viendraient aider à prévenir le surdosage (chez les métaboliseurs lents) et pourrait faciliter la détection des sujets à haut risque dinéficacité du fait dun taux sanguin faible du traitement actif du fait de leur hypercatabolisme (metaboliseurs ultra-rapides ?). Le génotypage du SLC6A2 pourrait également donner des informations importantes sur le type de patients qui pourrait clairement bénéficier dinhibiteur de la recapture de la sérotonine.
Mots clés sélectionnés : troubles alimentaires, Génétique/molécules génétiques, Sérotonine.
Mots clés : pharmacogénétique, genes de vulnérabilité.
(1) Hôpital Louis Mourier (AP-HP). Service de Psychiatrie, 178 rue des Renouillers, 92701
Colombes, France (philip.gorwood@lmr.ap-hop-paris.fr)
(2) CNRS UMR 7593-Paris VII. Personnalité et conduites adaptatives. CHU Pitié-Salpêtrière,
75013 Paris, FRANCE
(3) CMME du Centre Hospitalier Sainte-Anne. 100 rue de la Santé, Paris, France
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Rupture ou continuum des TCA ? Du normal au pathologique. Dr Christine FOULON, psychiatre, Paris
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Parler de troubles du comportement alimentaire nécessite de définir des bornes entre un comportement que lon peut qualifier de normal et dautres que lon peut qualifier de pathologiques.
Dans un premier temps on peut tenter de définir un comportement alimentaire normal et là on se heurte rapidement à des différences interculturelles, interindividuelles dans une même culture sans que cela soit qualifié de hors norme. Les variantes dans le rythme des prises alimentaires, les choix daliments sont « acceptables » sils ne mettent pas en jeu léquilibre physiologique de lindividu.
La prise alimentaire est une fonction physiologiquement régulée mais qui répond à dautres types de contrôles, sociaux, environnementaux, biologiques et psychologiques.
Les déterminismes qui conduisent certains sujets à développer des troubles du comportement alimentaires considérés comme pathologiques sont encore largement méconnus.
La présence dune anorexie précoce du nourrisson ne présage pas de la survenue dune anorexie à ladolescence, les sélectivités alimentaires chez les enfants peuvent disparaître à lâge adulte. Y a-t-il un lien entre les règles alimentaires que doit suivre un enfant diabétique ou porteur dune maladie coeliaque et la survenue dun TCA ultérieur ?
Cest en fonction du degré de perturbation comportementale, du retentissement somatique, du handicap ou de la souffrance psychique générée que lon place le curseur entre normal et pathologie.Le critère qui peut être discriminant est la perturbation du schéma corporel ou trouble de limage du corps.
La pertinence des critères de diagnostic doit être analysée.Lanorexie et la boulimie sub cliniques sont considérées comme des troubles alimentaires non spécifiés (EDNOS eating disorders not other specified) or ces troubles représenteraient 60% des troubles alimentaires.Dautre part des troubles alimentaires distincts existent au sein de cette catégorie comme le BED (binge eating disorder).
Les modalités évolutives de ces troubles commencent à être connues et les études de suivi de cohorte mettent en évidence le passage chez un même sujet dune forme restrictive à une forme boulimique ou à un BED avec surpoids.
Les formes sub cliniques de ces troubles nécessitent également des prises en charge quelles soient primaires ou quelles soient une expression clinique résiduelle dun trouble autrefois plus grave.
Dr Christine FOULON
Praticien hospitalier, unité des troubles alimentaires
Service du Pr Guelfi
Hôpital Ste-Anne Paris
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La restriction cognitive est-elle un trouble du comportement alimentaire ? Dr Gérard APFELDORFER, psychiatre, Paris
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La restriction cognitive est-elle un trouble du comportement alimentaire ? »
Docteur Gérard APFELDORFER (psychiatre, Paris), Docteur Jean-Philippe ZERMATI (nutritionniste, Paris)
Peter Herman et Janet Polivy, en 1975, définissent la restriction cognitive comme un comportement alimentaire contrôlé par des règles rigides et des croyances concernant les aliments et les quantités permises, afin de contrôler le poids ; ces comportements prennent le pas sur les mécanismes de régulation physiologiques ; quand la limite est transgressée, lindividu perd le contrôle de son comportement alimentaire et mange jusquà se sentir mal.
Cette définition les a conduit à une critique des régimes amaigrissants structurés, dans la mesure où, selon eux, toute forme de planification rigide savère favoriser les pertes de contrôle du comportement alimentaire.
Cependant, une telle définition tend à minorer les effets pathogènes de programmes dencadrement du comportement alimentaire selon des règles diététiques qui se veulent souples et permissifs. Elle minore aussi les conséquences dun contrôle réussi, sans perte de contrôle, avec un poids jugé satisfaisant, qui peut se maintenir parfois durant des années, avant de céder la place à des périodes de mise en échec des stratégies de contrôle.
Dans tous ces cas, le comportement alimentaire cesse dêtre contrôlé par des variables physiologiques pour faire lobjet dun contrôle mental. Les conséquences comportementales, cognitives, émotionnelles, sur la personnalité, sur le poids, nen sont pas toujours visibles immédiatement.
Aussi proposons-nous une nouvelle définition, élaborée sur le modèle des troubles du comportement alimentaire du DSM-IV.
Définition du syndrome de restriction cognitive
Ensemble des comportements alimentaires, des croyances, des interprétations et des cognitions concernant la nourriture et la façon de se nourrir, découlant dune intention de maîtriser son poids par le contrôle du comportement alimentaire.
A. La personne considère quun poids satisfaisant ne peut être obtenu que par un comportement alimentaire contrôlé de façon réfléchie, par des choix alimentaires déterminés par un ensemble dobligations et dinterdictions alimentaires.
B. Le jugement porté sur soi-même est indûment influencé par la forme et le poids du corps.
Les points A et B entraînent les conséquences suivantes :
a) Pour déterminer les choix alimentaires, les horaires et la répartition des prises alimentaires, la personne sefforce de négliger, ou bien ne perçoit pas ses appétences spécifiques, ses sensations de faim et de rassasiement, la satiété.
b) Les comportements alimentaires comprenant ou ne comprenant pas des aliments jugés grossissants, nentraînent pas ou peu de satisfaction sensorielle, ou démotions positives, de sentiment de réconfort.
c) La personne redoute de ressentir des sensations, des émotions, davoir des pensées en rapport avec lalimentation, pouvant conduire à une perte de contrôle : elle peut avoir peur davoir faim, peur de désirer les aliments interdits, peur de manquer des aliments désirés.
d) Pour éviter des pertes de contrôle, la personne peut mettre en place, temporairement ou en permanence, des stratégies de contrôle :
1) proscription partielle ou totale de certains aliments considérés comme « grossissants » ;
2) obligation de consommer les aliments autorisés, pouvant aller jusquà leur surconsommation ;
3) mise en place de systèmes de gestion des « écarts » alimentaires, selon un système de punition-récompense ;
4) stratégies dévitement des situations dans lesquelles il existerait un risque de perte de contrôle ou de transgression des règles que la personne sest fixé, par exemple repas socialisés, ou toute situation dexposition à des aliments jugés grossissants ;
5) suivi de régimes ou de programmes nutritionnels organisés, définissant précisément les modalités de consommation de chaque catégorie daliments (répartition, quantités, horaires
)
e) Si des épisodes de compulsion alimentaire sont présents, ils entraînent des émotions négatives (anxiété, culpabilité, honte
) Les épisodes dhyperphagie, sils ont lieu, peuvent éventuellement prendre des aspects variés dans le temps, pour une même personne :
consommation compulsive daliments jugés grossissants en dehors des repas, avec impression de ne pas avoir le contrôle, dans des quantités inférieures ou identiquesà celles que la plupart des personnes mangeraient dans le même temps et dans les mêmes circonstances (boulimies subjectives) ;
consommation daliments jugés grossissants lors de repas (hyperphagies prandiales) au-delà du rassasiement ;
épisodes dhyperphagie incontrôlée ou boulimies, qui consistent en : 1. prises alimentaires, dans un temps court inférieur à 2 heures, dune quantité de nourriture largement supérieure à celle que la plupart des personnes mangeraient dans le même temps et dans les mêmes circonstances. 2. Une impression de ne pas avoir le contrôle des quantités ingérées ou la possibilité de sarrêter.
Les épisodes boulimiques ou les compulsions alimentaires, sils ont lieu, présentent certains des critères suivants dabsence de contrôle :
1) Prise alimentaire nettement plus rapide que la normale.
2) Lindividu mange jusquà lapparition de sensations de distension abdominale inconfortable.
3) Absorption de grandes quantités daliments sans sensation physique de faim.
4) Prises alimentaires solitaires afin de cacher aux autres les quantités ingérées.
5) Sensations de dégoût de soi, de dépression, ou de grande culpabilité après avoir mangé.
6) Le comportement boulimique est source dune souffrance marquée.
Tableaux cliniques
1) Phase à cognitions dominantes
La personne a pour croyance quun poids du corps satisfaisant sobtient par un contrôle mental constant du comportement alimentaire, que tout relâchement du contrôle entraîne automatiquement une dérive pondérale.
Elle ressent des appétits spécifiques, des désirs daliments, des sensations de faim et de rassasiement, mais ceux-ci sont en contradiction avec les règles de comportement alimentaire quelle essaie de mettre en place dans son effort de contrôle pondéral.
Ces règles correspondent le plus souvent aux discours nutritionnels du moment, à des régimes organisés, ou bien sont dordre idiosyncrasique. Elles sont plus ou moins suivies, selon les circonstances.
Lorsque la personne opte pour le respect des règles, elle est confrontée à la non satisfaction de ses appétits et désirs daliments, à la non adéquation entre ce quelle ressent et ce quelle estime devoir faire.
Lorsquelle opte au contraire pour la satisfaction de ses appétits et désirs daliments, à la mise en adéquation de ce quelle fait et de ce quelle ressent, elle culpabilise davoir dérogé aux règles.
Dans les deux cas, le comportement alimentaire est vécu sur un mode problématique. Il napporte pas ou peu de satisfaction sensorielle et de réconfort, soit parce que les prises alimentaires ne sont pas en corrélation avec les appétits et désirs, ou parce quils sont gâchés par la culpabilité.
Ce type de comportement alimentaire est aujourdhui largement répandu dans la population. Il est recommandé comme une façon adéquate de se nourrir et correspond approximativement à la « restriction cognitive souple » décrite par Joachim Westenhöfer.
2) Phase à émotions dominantes
Lobsession du contrôle alimentaire et du contrôle pondéral, lincapacité à trouver du plaisir et du réconfort dans lacte alimentaire, tendent à devenir permanents. La personne nidentifie pas correctement ses appétits spécifiques, ses sensations de faim et de rassasiement, létat de satiété. A ce stade, les émotions induites par la consommation des aliments entraînent un effacement des signaux de faim et de rassasiement, pouvant aller jusquà leur disparition complète. La personne a alors tendance à confondre ce quelle ressent et ce quelle pense devoir ressentir.
La personne vit douloureusement les situations favorisant lévocation dune image dégradée du corps : pesée, miroirs, achats de vêtements, lecture de magazines, discussions sur le poids, les formes corporelles, les régimes.
Elle met en place des stratégies pour se prémunir des pertes de contrôle alimentaires : proscription partielle ou totale de certains aliments considérés comme « grossissants » ; obligation de consommer les aliments autorisés, pouvant aller jusquà leur surconsommation ; mise en place de systèmes de gestion des « écarts » alimentaires, selon un système de punition-récompense ; stratégies dévitement des situations dans lesquelles il existerait un risque de perte de contrôle ou de transgression des règles que la personne sest fixé, par exemple repas socialisés, ou toute situation dexposition à des aliments interdits ; suivi de régimes ou de programmes nutritionnels organisés, définissant précisément les aliments permis et interdits, les quantités et les horaires.
Note : à ce stade, la surconsommation alimentaire concerne souvent les aliments dits autorisés. Cette surconsommation peut survenir si la personne craint quune faim impérieuse, ou quun désir daliments interdits ne la conduise à perdre le contrôle.
3) Phase de perte de contrôle
La personne ne parvient plus à maintenir son comportement alimentaire sous contrôle de façon permanente. Elle peut alterner les périodes de contrôle et de pertes de contrôle, ou bien verser dans la désorganisation et lanarchie alimentaire. Les pertes de contrôle prennent des formes variées, aboutissant à des tableaux cliniques eux-mêmes variés, selon les personnes, et dans le temps pour une même personne.
Elles sont déclenchées, soit par des facteurs non alimentaires (situations émotionnelles induites par des événements de vie), soit par des facteurs alimentaires (effet de transgression de labstinence ou abstinence violation effect, peur de grossir).
Il peut sagir de boulimies subjectives, de grignotage ou de compulsions, de boulimies vraies, dhyperphagie prandiale.
Ces pertes de contrôle se retrouvent dans plusieurs tableaux cliniques de troubles du comportement alimentaire répertoriés : anorexia nervosa avec boulimies, bulimia nervosa, hyperphagie boulimique (Binge eating disorder), ou autre trouble des conduites alimentaires non spécifié.
Conclusion
La restriction cognitive peut conduire à un poids qui se situe en dessous du poids déquilibre, ou bien au poids déquilibre, si le contrôle est permanent, ou si les périodes de contrôle compensent les périodes de pertes de contrôle. À linverse, si les pertes de contrôle lemportent sur les périodes de contrôle, le poids peut se situer au-dessus du poids déquilibre, ou encore fluctuer.
La restriction cognitive apparaît comme un facteur causal, parmi dautres, de différents troubles du comportement alimentaire répertoriés. Elle peut alors être définie comme un syndrome transnosologique.
Mais aussi, la restriction cognitive a des caractéristiques cliniques qui lui sont propres, a des effets pathogènes sur le comportement alimentaire et le poids, sur lhumeur, sur la personnalité. Elle nous paraît donc pouvoir être considérée comme un trouble du comportement alimentaire.
Références
APFELDORFER G., ZERMATI J.-P. La restriction cognitive face à l'obésité, histoire des idées, description clinique. La Presse Médicale, 2001, 30, 32, 1575-1580 © Masson Editeur
CHAPELOT D. Comportement restreint. In Les comportements alimentaires, D. Chapelot, J. Louis-sylvetre coordonnateurs, Tec et Doc éditions, Paris, 2004, p 395-409.
DSM-IV, Troubles des conduites alimentaires. Manuel diagnostique et Statistique des troubles mentaux. Masson, Paris, 1996, p 634-647 et 851-852.
HERMAN CP, POLIVY J. Anxiety, Restraint and Eating Behavior. J. of Abnormal Psychol. 1975, vol 84 N°6, 666-672
LE BARZIC M. Le syndrome de restriction cognitive: de la norme au désordre du comportement alimentaire. Diabetes Metab 2001 Sep; 27, 512-6
POLIVY J., HERMAN C.P. Dieting and Its Relation to Eating Disorders. In Eating Disorders and Obesity. Brownell K. D. and Fairburn C. G. Editors. Guilford Press, NY, 1995, p 83-86
POLIVY J. Psychological consequences of food restriction. J. of American Diet. Ass. 1996, 96, 6, 589-592
WESTENHOEFER J, STUNKARD AJ, PUDEL V. Validation of the flexible and rigid control dimensions of dietary restraint. Int J Eat Disord 1999 Jul 26:53-64
ZERMATI J.-P., APFELDORFER G. Clinical Description of Cognitive Restraint and its Practical Consequences. In Trends in Obesity Research, Nova Biomedical Books, Peter R. Ling (Editor), 2004. ISBN: 1-59454-142-6.
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Obésité: le poids du culturel. Pr Catherine GRAINDORGE, psychiatre, Gentilly
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La nourriture pose aujourd'hui un problème particulier chez l'enfant. Elle prend souvent la place des relations émotionnelles entre parents/enfant, notamment quand les parents sont eux-mêmes en difficulté. De ce fait, un certain nombre d'enfants et d'adolescents se retrouvent isolés sur un plan psychologique et ont recours à la nourriture comme un objet comblant, ce qui les amène peu à peu à entrer, parfois, en dehors de la boulimie même, dans des processus de prise de poids.
L'auteur, autour d'une situation clinique et de propos théorico-cliniques, développera cet aspect, à la fois social, culturel et psychopathologique.
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Les TCA sont-ils un trouble ethnique? Pr René COLLIGNON, ethnologue
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Pas de résumé. Il fallait être présent
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L'anxiété du mangeur moderne. Mme Michelle LE BARZIC, psychologue
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Conséquences de la restriction des parents sur le comportement alimentaire et le poids des enfants. Dr Dominique-Adèle CASSUTO, nutritionniste, Paris
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