1ères Rencontres du GROS: ateliers parallèles
15 et 16 novembre 2002
Atelier 1 : de 9h à 10h30
LE CARNET ALIMENTAIRE : aspects concrets, maniement dans la relation thérapeute-patient,
avec Cécile DEFRANCE
Le maniement des carnets alimentaires dans la relation thérapeute-patient : lobjectif des TCC est toujours la modification dun comportement qui pose problème dans la vie du patient ; pour modifier un comportement il faut le connaître et pour le connaître, il faut lobserver. Les carnets sont des instruments dévaluation du trouble du comportement alimentaire, de son évolution à travers les différentes étapes de la thérapie.
Atelier 2 de 12h30 à 14h
LE QUESTIONNAIRE DE BERNARD WAYSFELD, avec Bernard WAYSFELD
Cest un auto-questionnaire de 124 items, de passation et de dépouillement rapide ; il permet dappréhender le sujet obèse dans sa complexité cest à dire dans sa multi factorialité
Atelier 3 : de 17h à 18h 30
LEVEIL SENSORIEL, avec Jacques PUISAIS
Les croyances alimentaires erronées ont peu à peu pris la place des sensations alimentaires internes et favorisé lémergence de létat de restriction cognitive ; quest-ce que le goût ? comment se construit-il? quen est-il des saveurs, des goûts et des couleurs? sommes-nous égaux devant le goût? comment (re)-construire le plaisir de la table pour tous les restreints et les handicapés du goût?
Atelier 4 : de 9h à 10h30
LES ENTRETIENS MOTIVATIONNELS, avec Guy AZOULAÏ
Dans le cadre des TCC, ils représentent une méthode de travail pour sassurer la motivation des patients, évaluer les « bénéfices » à changer tel comportement ou au contraire, à ne rien modifier, à préparer le travail thérapeutique.
Atelier 5 : de 12h30 à 14h
LEXPERIENCE CLINIQUE DE 2 DIETETICIENNES : COMMENT PASSER DE LA PRATIQUE DIETETICIENNE A LA PRATIQUE PSYCHOSENSORIELLE ?
avec Katherine KURETA - VANOLI et Dominique AMAR SOTTO
Comment des techniciennes de lalimentation capables de faire des prescriptions scientifiques rigoureuses, armées dune table de composition intégrée et dune balance sont-elles passées à une écoute et un travail daccompagnement, tout aussi rigoureux, mais axés sur le vaste domaine des sensations de leurs patients afin quelles régulent désormais leurs prises alimentaires ?
Atelier 6 : laprès-midi
FORUM avec ALLEGRO FORTISSIMO :
Comment parler à un patient obèse ? Le médecin de rêve vu par ALLEGRO FORTISSIMO. (participation libre)
Comment trouver un médecin non rejetant, compréhensif, qui accepte de soigner une personne obèse lorsqu'elle souffre de divers maux, liés au non à son surpoids? Beaucoup de médecins brandissent immédiatement une feuille de régime, voire insultent des patients qualifiés et faibles et sans volonté.
Allegro Fortissimo a conduit une enquête auprès de ses membres, pour relater les mésaventures de ceux-ci avec le corps médical, leurs attentes vis-à-vis de leur médecin.
COMPTES-RENDUS ET ABSTRACTS
VENDREDI 15 NOVEMBRE 2002
SYMPOSIUM 1 : PREVENTION DE LOBESITE INFANTILE : EDUCATION SENSORIELLE OU EDUCATION NUTRITIONNELLE
Président : Jacques PUISAIS (Institut du goût, Poitiers)
- Introduction aux problèmes posés par l'obésité de l'enfant. Dominique-Adèle CASSUTO (nutritionniste, Paris).
- Apprentissage des besoins alimentaires chez le jeune enfant. Natalie RIGAL (psychologue, Paris)
- Conséquences de lapprentissage dune norme sur les pratiques alimentaires. Claude FISCHLER (sociologue, Paris)
- Impact de la restriction des mères sur les apprentissages alimentaires des enfants. Matty CHIVA (psychologue, Paris).
- Rassasiement, goût et contenu émotionnel des aliments. Jacques PUISAIS (Institut du goût, Poitiers).
Compte-rendu du symposium 1:
Lobésité infantile monte ! Dans tous les pays occidentaux, les enfants obèses ou grassouillets sont de plus en plus nombreux. Et, à ce sujet, diverses questions se posent : quelles sont les causes, et comment faire face à ce quon a appelé une " épidémie dobésité " ?
Jean-Michel Borys, médecin nutritionniste à Armentières, pressenti pour nous parler de lexpérience passionnante de Fleurbaix-Laventie, na finalement pas pu être présent pour des raisons indépendantes de sa volonté.
Dominique-Adèle Cassuto, médecin nutritionniste à Paris, nous fait un état des lieux : certes lobésité infantile progresse en France à la même vitesse quaux Etats-Unis, mais nous partons de bien moins haut, si bien que notre pays paraît comparativement presque protégé. Il nen reste pas moins que la progression est tout aussi inquiétante, et quon doit y répondre. Mais doit-on le faire en apprenant aux parents et aux enfants des rudiments de nutrition et en prônant une alimentation saine et équilibrée, sur le modèle de ce qui se fait dans lexpérience de Fleurbaix-Laventie, ou bien existe-t-il dautres possibilités ?
Natalie Rigal, psychologue et chercheur, maître de conférences à Paris X-Nanterre, souligne le plaisir à manger peut séduquer et quil semble plus efficace pour réguler les prises alimentaires des enfants que les conseils diététiques, difficiles à intégrer et culpabilisants. Les enfants ont apparemment une meilleure régulation que les adultes, mais il existe de grandes différences dun individu à lautre. La façon dont les mères nourrissent leur enfant semble jouer un rôle fondamental dans la capacité dajustement calorique de leur progéniture.
Quoique le caractère innée des préférences alimentaires soit indéniable et que les enfants de 4 à 5 ans aiment les produits nourrissants, gras et sucrés, à la flaveur discrète, il est aussi possible dinfluencer les préférences gustatives des enfants
à condition de sy prendre de la bonne façon.
Matty Chiva, psychologue et professeur à Paris X-Nanterre, approfondit le délicat problème du nourrissage des enfants par leur mère. Plusieurs études récentes mettent en effet en évidence le fait que, lorsque les mères cherchent elles-mêmes à contrôler leur poids par des pratiques de restriction cognitive, leurs enfants développent davantage de troubles du comportement alimentaire et de problèmes pondéraux. Lorsquon sait la fréquence aujourdhui de telles pratiques dans la population féminine, on ne peut sempêcher de voir là un facteur (parmi dautres, assurément) de la montée de lobésité infantile. En quelque sorte, et en caricaturant, les mères font des régimes, les enfants deviennent gros
Claude Fischler, sociologue à Paris, aborde quant à lui le rôle de lapprentissage chez lenfant de normes alimentaires et les effets qui en résultent sur les comportements alimentaires. Il nous dresse un panorama détaillé de la façon dont on apprend les règles qui gouvernent nos façons de manger. Lindividualisation des comportements, tant en ce qui concerne les choix alimentaires que les modalités des prises alimentaires, conduit à une dérégulation qui semble préjudiciable. Peut-être tenons-nous là un autre facteur explicatif des problèmes alimentaires contemporains.
Enfin, Jacques Puisais, de lInstitut du Goût de Poitiers, rappelle que lattention portée au goût des aliments, et en définitive le plaisir à manger, sont essentiels dans lacte alimentaire. Manger nest pas seulement ingurgiter des nutriments, cest manger des aliments ayant un contenu émotionnel, sinscrivant dans une culture, une histoire familiale et personnelle. Pour quun aliment soit rassasiant, il doit tout à la fois être bon à manger et bon à penser.
A lissue de ce symposium, je me prends à rêver : au lieu de tenter de transformer nos chères têtes blondes en petits nutritionnistes en herbe, de moraliser à tout va, ne conviendrait-il pas plutôt de leur apprendre à apprécier ce quils mangent ? Au lieu de les laisser seuls en tête-à-tête avec télévision et réfrigérateur, ne faudrait-il pas reconférer une certaine solennité à lacte alimentaire, rétablir des manières de table dignes de ce nom, favorisant par là même une prise alimentaire plus consciente, plus attentive, dans un climat émotionnel apaisé et joyeux ? Il va de soi que des mères elles-mêmes terrorisées par les aliments " diététiquement incorrects ", angoissées à lidée que leurs enfants risquent davoir les mêmes problèmes pondéraux quelles, sont peu armées pour y parvenir.
G. Apfeldorfer
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Natalie RIGAL. L'apprentissage du plaisir alimentaire chez l'enfant
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Lapprentissage du plaisir alimentaire chez lenfant
Natalie RIGAL (psychologue), Maître de conférences à lUniversité de Paris-X-Nanterre
nrigal@wanadoo.fr
Lobjectif de mon intervention est de montrer que le plaisir de manger peut sapprendre et quil semble plus efficace à réguler les prises alimentaires des enfants que des conseils diététiques souvent difficiles à intégrer et culpabilisants. Pour cela, trois questions doivent être abordées.
1/ Les enfants ont-ils la capacité de réguler leur consommation en fonction des signes internes de faim et de satiété? Sans que lon sache se prononcer définitivement sur cette question, il semble que les enfants soient de meilleurs régulateurs que les adultes. Cependant, il existe dès le plus jeune âge de grandes différences interindividuelles: on oppose les individus de type interne (sensibles aux signaux biologiques internes) à ceux de type externe (réagissant aux signes extérieurs de la consommation : lheure ou le contenu de leur assiette).
2 / Une faible capacité dajustement calorique chez lenfant entraine-t-elle une prise de poids excessive ?. Le peu de données qui répondent à cette question sont contradictoires. De la littérature ressort cependant un lien entre le style de nourrissage des mères et la capacité dajustement calorique de leurs enfants.
3 / Le plaisir de lenfant pour certains aliments est-il inné? Seules les sensations gustatives font lobjet de réponses universelles de plaisir ou de déplaisir. Cependant, on observe chez les enfants français dès lâge de 4/5 ans un fort consensus autour de certains aliments: les produits nourrissants, sucrés et/ou gras, à la flaveur peu développée sont largement appréciés; en revanche, les produits peu rassasiants et forts en flaveur sont rejetés par le plus grand nombre. On ne connaît pas encore les déterminants de ces préférences et rejets alimentaires, mais on commence à pouvoir répertorier un ensemble de pratiques qui permettent à lenfant de trouver du plaisir à consommer des aliments au départ rejetés.
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Matty CHIVA. Impact de la restriction des mères sur les apprentissages alimentaires des enfants
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Impact de la restriction des mères sur les apprentissages alimentaires des enfants
Pr. Matty Chiva (psychologue, Paris)
Université de Paris X Nanterre
matty.chiva@wanadoo.fr
La prise alimentaire est un acte universel, quotidien, présent dès la naissance et perdurant toute la vie, acte banal somme toute, qui semble aller de soi. En réalité, la prise alimentaire, cest-à-dire le simple fait de manger, est une activité complexe, qui met en jeu bien plus que les seuls mécanismes génétiques et physiologiques inscrits dans lorganisme.
Les pratiques alimentaires sont une vaste catégorie qui inclut, à la fois, ce qui précède et ce qui suit la prise alimentaire proprement dite et qui la déterminent et la modulent. Elles sont universelles et occupent une position clé dans toutes les sociétés et cultures. Ces pratiques sont centrales à la fois en tant quéléments indispensables au maintien de la vie, comme facteurs importants dans le cadre général de maintien de la santé, comme éléments de socialisation, de convivialité, de construction de lidentité personnelle et culturelle et, enfin, en tant que source démotions, de plaisirs et de découvertes. À cela il convient dajouter, bien entendu, également leur dimension symbolique, présente dans toutes les cultures. Enfin, le rôle des pratiques alimentaires, de leur nature et, surtout, de leur mise en place, est central dans la genèse et lévolution des troubles des comportements alimentaires.
Lacte alimentaire, comme dautres conduites humaines dailleurs, est tributaire dune double série de facteurs : biologiques et culturels. Il est important de souligner, dès le départ, que ce double héritage nest nullement choisi par lindividu, mais lui est imposé demblée. Le rôle des apprentissages est majeur dans la mise en place des pratiques alimentaires et se situe à des plans différents : sémantique, cognitif, affectif, social, culturel, symbolique
Lensemble concourt non seulement à la mise en place des conduites alimentaires, mais aussi à la création identitaire et à la perception de soi.
Ces apprentissages se font avant tout par des mécanismes dobservation et dimitation des modèles proposés et valorisés par lenvironnement. Lenvironnement familial, premier cadre de vie de lenfant, est prédominant, mais il nest pas le seul en jeu ; en effet dans nos sociétés, la socialisation se fait demblée dans des environnements multiples et pouvant utiliser des références différentes.
Les modèles utilisés actuellement, suivant lévolution des sociétés, ont changé avec le temps et les préoccupations de santé, de « forme », de modèle esthétique, occupent une place de plus en plus importante. Cela va de pair avec une modification profonde des cadres de décision et des guides éducatifs dans ce domaine, avec une méconnaissance notoire des mécanismes sous-jacents aux apprentissages des pratiques alimentaires : ainsi une place majeure est accordée aux aspects cognitifs et rationnels, au détriment des aspects sensoriels, hédoniques et affectifs, p.ex.. Or, des conseils bien argumentés, malgré leur caractère rationnel pour ladulte, sont rarement suivis. Dans le domaine des conduites alimentaires savoir ne suffit pas pour faire.
La généralisation des modèles et des conduites de restriction cognitive, notamment maternelle, et ses conséquences, sera illustrée par des données de recherches récentes. Elles aborderont dune part, le rôle des modèles familiaux dans la transmission des pratiques alimentaires, dautre part, les conséquences des restrictions maternelles sur les pratiques alimentaires des enfants, notamment en tant que facteurs possibles de la genèse des TCA.
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Jacques PUISAIS. Rassasiement, goût et contenu émotionnel des aliments.
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Rassasiement, goût et contenu émotionnel des aliments
Jacques PUISAIS Institut du Goût-Poitiers
martinpuysaint@wanadoo.fr
Etre rassasié cest avoir satisfait entièrement sa faim et sa soif. Avoir faim ou soif correspond à un besoin pressent de manger ou de boire réclamé par lestomac qui est vide. On dit avoir la fringale voire la faim-valle et lon cite le cas de chevaux qui s'arrêtent de travailler face à ce besoin. Le fait de satisfaire ce besoin amène à la satiété qui est létat dune personne complètement rassasiée.
Mais trop fatigue, lasse; labus du nécessaire lasse. Il y a donc un réel apprentissage dans cette quête du rassasiement qui passe par un besoin physiologique. Celui-ci a engendré un ou des désirs qui doivent conduire à un ou des plaisirs. Ceux-ci sont de deux ordres: physique (qui peut lasser), être plein, avoir lestomac rempli, et émotionnel qui lui ne lasse jamais puisque sensoriellement on ne revit jamais le même instant.
Du désir au plaisir
Le besoin engendre un désir qui conduit au plaisir souhaité attendu. « Semplir la panse » est alors simple lorsquon se sent « plein » on arrête, attendant la prochaine station qui comblera un nouveau vide.
Comme on est pressé on veut aller encore plus vite et ne pas perdre de temps pour se ravitailler comme on le fait dans les stands des écuries automobiles au cours des grands prix.
On semplit vite fait, satisfait du respect des normes dictées par la nutrition et lhygiène. Tous les nutriments sont en équilibre, au gramme près, et lexcès de fausses précautions a parfois nettoyé voire vidé dexpression laliment ou la boisson.
Pour aller vite ou restera dans un mou facile accompagné dun sucré «récompense». Pour donner des impressions exotiques on ajoutera du piment et pour attirer le regard on proposera un environnement « cacophonique » qui fait disparaître dans lassiette la pièce principale sous un amas dinutiles crudités sorties des serres de contre saison. On va même afin déviter davoir cet estomac vide jusquà proposer de grignoter régulièrement ainsi il ny a plus à rassasier et ce choix ne rythme plus le quotidien.
Mais voilà, la quête du plaisir demande de lattention, ; du temps, de leffort. Il demande que lon soit apte à choisir, à préparer, à présenter, que lon prenne le temps de regarder, flairer pour, au cours de la manducation libérer le discours émotionnel intimiste de nos aliments et boissons qui nous est adressé. Car personne ne peut manger à notre place. Ainsi le repas ne doit pas être bâclé,. Il est vrai que lécole nous prépare mal à prendre son temps pour le repas. De même la vie dadulte afin d accélérer la présence dans les lieux du manger, oblige à les évacuer rapidement, car on a fait trop petit, il faut donc assurer deux voire trois services. Alors lon supprime leffort donc le plaisir parce que lon na pas laissé le temps aux choses dêtre écoutées donc entendues.
Et pourtant aujourdhui, le plaisir est considéré comme un facteur physiologique. Depuis 1950 on sait quil a une origine organique et quil joue un rôle déterminant dans nos comportements. Le plaisir nest pas comme on la longtemps cru un résultat de nos actions mais au contraire un moteur universel dont on connaît lemplacement et les connexions dans le cerveau.
On a montré que lactivation dune région particulière du cerveau correspondant à lhypothalamus latéral lointain produit un plaisir à létat pur de manière spécifique et inépuisable. Du fait de nombreuses connexions elle nest jamais au repos. Cette zone ets reliée au centre de signalisation de al douleur par une puissante connexion dinhibition réciproque qui permet à ces deux fonctions antagonistes de se contrôler mutuellement.
Mac LEOD nous dit que lon peut grossièrement considérer selon un axe antéro postérieur, trois zones en continuité lune avec lautre.
- La zone postérieure, occipito-pariétale est essentiellement sensorielle : elle élabore à chaque instant la représentation multi-sensorielle de lobjet qui nous intéresse en combinant les différentes images sensorielles quelle reçoit de nos différents canaux sensoriels.
- La zone médiane frontale élabore nos actions motrices sur lobjet en réponse à la représentation combinée de cet objet et des souvenirs quelle a pu évoquer en particulier avec la dimension de plaisir qui ne manque jamais.
- Le pôle antérieur pré-frontal, qui nexiste que chez lhomme permet la réflexion. Capable dinhiber momentanément ou durablement toute réponse motrice, il nous donne le temps de faire de nombreux appels volontaires à notre mémoire afin de trouver la meilleure réponse parmi toutes celles qui sont possibles. Ce processus permet de maximiser le rapport plaisir/douleur associé à laction qui se prépare, faisant de notre vie un perpétuel pari hédonistique.
LE GOUT
Cest un phénomène poly-sensoriel qui se résume selon le tableau ci-joint en un ensemble des stimulations qui nous « bombardent » lors de nos prises alimentaires. Comme le schéma lindique, non seulement lobjet sexprime mais également son environnement. Cette action est destinée à un sujet. Il est donc important que le sujet soit apte à cueillir ou recueillir les signaux émotionnels qui lui sont destinés.
Un premier élément sera donc de rappeler au sujet quelles sont ses aptitudes à entendre ces signaux à partir de létablissement dune carte didentité sensorielle. Ce nest pas une recherche normative. On va tout simplement placer le sujet face à ses aptitudes lui permettant darrêter ces signaux pour en profiter. Cette carte didentité montre les faiblesses et les forces consécutives à un apprentissage plus ou moins spontané.
Le sujet est alors mis en face de face ses responsabilités lui révélant que lui seul peut goûter, personne ne pouvant le faire à sa place. A partir de cette étape il est possible de comprendre pourquoi le sujet est plus ou moins enclin à souvrir vers la poly-sensorialité. Il faut ensuite entrer dans son émotionnel donc son vécu pour greffer les plages sensorielles qui paraissent encore inexploitées.
On partira dobjets émotionnels apparemment familier en les associant à un esprit danalyse. Pourquoi telle stimulation est-elle acceptée et telle autre refusée ?
LAPPRENTISSAGE
Si lon veut salimenter correctement il est nécessaire de savoir goûter. Apprendre à goûter famille de stimulations par famille de stimulations permettra au sujet de découvrir ou de parfaire ses aptitudes à goûter cest à dire à analyser les stimulations qui viennent à lui.
Le fait que seul les mots sont capables de traduire ces stimulations engage le sujet à sexprimer, lui montrant limportance de son vécu.
A partir de linstant ou en consommant une tartine de pain on est capable de sexprimer sur la texture de la croûte et de la mie, sur ses saveurs et de lidée de persistance qui montre après déglutition que lobjet continue de sexprimer donne un sens à ses prises alimentaires. On ne consomme pas un ensemble muet mais au contraire bavard dont les formes dexpressions sont en relation avec une origine, un savoir-faire. Avant davaler on va donc prendre son temps pour décrypter le contenu émotionnel, rythmant ainsi ses prises alimentaires et montrant quà coté de la présence quantitative qui ressort du problème de la satiété physique, il y a la présence qualitative qui va alerter le sens du plaisir montrant ainsi que le qualitatif est plus important tout au moins aussi important que le quantitatif.
Face à lacte alimentaire lhomme se trouve dans une situation dans laquelle son corps est engagé dans sa globalité. Alors que face à dautres dimensions sensorielles, telles la peinture, la musique, la poésie
il demeure dans une écoute mono à la rigueur bi sensorielle.
Lintérêt quil porte alors à son alimentation le fait passet de lavaleur pressé au goûteur paisible. Ceci lui évite de se charger inutilement de remplir son estomac pour rien. D e plus le fait que trois ou quatre heures après il sait quil aura un autre rendez-vous avec ses sources alimentaires lui évite de sencombrer, dabuser puisquil sait que trois ou quatre heures après il retrouvera un stand dapprovisionnement adapté à sa quête. Cest à dire un repas simple, galant, festif, daffaires
Il se prépare à recevoir, à aller vers une rencontre. On voit alors toute limportance que le sujet a à savoir arrêter les messages sensoriels qui apporteraient certes un bienfait physique mais qui surtout apporteraient un bien-être total cest à dire physique et sensoriel.
CONCLUSION
Pourquoi lêtre sil navait pas à sa disposition cette quête du plaisir sensoriel accepterait-il de demeurer un certain temps à table et pourquoi sil ny rencontre pas un certain plaisir lui en vouloir de ne pas sattarder. Le contenu émotionnel juste de notre alimentation selon les saisons, les climats, les régions est un cadre incontournable pour permettre à lhomme de tendre vers le bien-être. Laptitude à savoir goûter est le moyen de connaître cette voie toute simple dont chacun est conçu pour la vivre spontanément et généreusement car recevoir à manger nexiste que par limportance que chacun apporte à donner à manger aux autres.
SYMPOSIUM 2 : LA RESTRICTION COGNITIVE COMMENT EN SORTIR?
Président : Gérard APFELDORFER (psychiatre, Paris).
- Mécanisme de commande de la prise alimentaire et restriction cognitive. France BELLISLE (psychologue, Paris).
- Le médecin nutritionniste face à la restriction cognitive. Arnaud BASDEVANT (nutritionniste, Paris).
- La restriction cognitive : description clinique. Anne-Marie DALIX (Chercheur, Paris), Jean-Philippe ZERMATI, Gérard APFELDORFER.
- Place de la restriction cognitive dans le modèle biopsychosensoriel. Jean-Philippe ZERMATI (nutritionniste, Paris).
- Place du traitement de la restriction cognitive dans la prise en charge des personnes en difficulté avec leur poids - Gérard APFELDORFER (psychiatre, Paris).
- Conclusions cliniques
Compte-rendu du symposium 2:
France Bellisle, psychologue et chercheur à lHôtel-Dieu, Paris, commence par nous rappeler en comment sarticulent comportements alimentaires et poids corporel. Des mécanismes complexes, actuellement lobjet de recherches intensives, gouvernent la régulation du bilan dénergie. Des animaux de laboratoire à qui on propose une nourriture monotone et continuellement disponible, parviennent à conserver un poids constant en faisant varier lintervalle entre deux prises alimentaires (corrélation post-prandiale) ou bien, sil a des repas à heures fixes, il adapte les quantités consommées à chaque repas (ajustement calorique).
Cependant, un animal à qui on propose des aliments diversifiés et appétants, disponibles en permanence (ce qui correspond peu ou prou au régime auquel nous sommes nous-mêmes soumis) a tendance à devenir obèse.
Comment faire face à un tel environnement sans devenir un « rat cafétéria » ? France Bellisle reprend la distinction de Westenhoeffer qui distingue la restriction cognitive rigide de la restriction cognitive flexible. Certes, les personnes en restriction cognitive rigide développent des trouble du comportement alimentaire et des problèmes pondéraux, mais celles en restriction cognitive flexible peuvent parfaitement parvenir à maîtriser durablement leur comportement alimentaire et leur poids.
Tel est aussi le point de vue dArnaud Basdevant, professeur de nutrition à lHôtel-Dieu, Paris. Pour lui, il existe des « successfull dieters » et tous les régimes ne font pas grossir. Certes, les personnes en restriction cognitive, cest-à-dire qui tentent de contrôler leur poids par diverses restrictions alimentaires, sont couramment sujettes à des pertes de contrôle qui annulent leurs efforts, voire qui les font grossir. Ce cycle de restriction-désinhibition est fréquemment retrouvé en clinique et doit conduire le médecin à éviter toute restriction alimentaire injustifiée ou excessive. Mais il serait inconséquent de généraliser cet aspect des choses, et ce, dautant plus que la restriction cognitive nexplique pas toutes les pertes de contrôle, loin de là, et que limpulsivité alimentaire est une entité complexe.
Anne-Marie Dalix, chercheur à lHôtel-Dieu, Paris, approfondit ensuite la description clinique de la restriction cognitive. On peut distinguer un premier état dinhibition du comportement alimentaire, où le sujet trouve que « tout va bien », quil maîtrise la situation, qui alterne avec un second état où « tout va mal », et où le sujet a des crises de boulimie, de grignotage, de compulsions alimentaires diverses. Plusieurs stades peuvent être décrits : un stade conscient, dans lequel le mangeur décide de ne pas tenir compte e ses préférences alimentaires et de négliger ses sensations de faim ; un stade inconscient dans lequel les sensations deviennent confuses et où le mangeur, ne parvenant plus à distinguer clairement ses envies et ses besoins physiologiques, sen remet à des croyances concernant la bonne et la mauvaise alimentation, ce qui fait grossir ou maigrir. Il pense donc au lieu de ressentir.
Au total, le mangeur finit par organiser son comportement alimentaire autour de la peur du manque, de la frustration et de la culpabilité.
Puis Jean-Philippe Zermati, médecin nutritionniste à Paris présente les grandes lignes dun traitement de la restriction cognitive, considérée comme un trouble du comportement alimentaire. Il sagit, au moyen de diverses consignes ainsi que de linstauration dun dialogue thérapeutique autour des croyances alimentaires, de permettre au mangeur de (re)prendre conscience de ses sensations alimentaires de faim et de rassasiement, de réintroduire les aliments quil a banni, ou quil mange sur un mode compulsif dans un climat de culpabilité et dangoisse à lidée de grossir. Un travail sur le goût permet aussi de corriger le trouble du réconfort, et permet que les aliments consommées fassent du bien, à la fois physiquement et psychiquement.
Gérard Apfeldorfer, médecin psychiatre à Paris, reprend la même idée : dans bien des cas, la restriction cognitive est à considérer comme un trouble du comportement alimentaire. Mais si la restriction cognitive représente bien une porte dentrée dans les problèmes alimentaires et pondéraux, il en existe dautres : les compulsions alimentaires et autres boulimies peuvent être un moyen de se protéger démotions que la personne nest pas à même daffronter ; ou bien encore, cest le désamour entre la personne et son corps qui constitue la principale porte dentrée. Comment aimer un corps socialement dévalorisé, mais aussi comment aimer des formes corporelles que lon reçoit en quelque sorte en héritage,, si ses géniteurs sont en désamour avec leur propre corps ? Enfin, des atteintes à lintégrité corporelle, en particulier dans lenfance, conduisent à une haine de son corps. Maigrir apparaît alors comme une tentative de réparation du corps, mais pour peu que cela fonctionne, on se trouve confronté à de nouveaux problèmes : le corps toujours haï se fait plus présent, et les relations de séduction ne sont pas assumées.
La traitement savère donc complexe : il convient de prendre en charge, à la fois ou successivement, les problèmes de restriction cognitive, les problèmes émotionnels, les problèmes de relation au corps.
En conclusion, deux positions sopposent : la première qui, tout en reconnaissant le rôle pathogène joué par la restriction cognitive, tout en recommandant la plus grande attention afin den éviter les effets délétères, considère quil est néanmoins possible de maîtriser son poids par les moyens diététiques. La seconde considère que la restriction cognitive représente un trouble du comportement alimentaire, ou a minima, une porte dentrée dans les problèmes alimentaires et pondéraux ; dans cette conception, même si certains parviennent à maîtriser leur poids par des moyens diététiques, le prix psychique de cette maîtrise apparaît comme prohibitif.
On voit bien lenjeu qui se dessine: si dans la première conception, les nutritionnistes ou les diététiciens ayant à prendre en charge des personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire peuvent sen tenir à conseiller leurs patients sur la « bonne nutrition », dans la seconde conception du problème, ils devront nécessairement changer profondément leur pratique, se recycler, acquérir des compétences autres que nutritionnelles
G. Apfeldorfer
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France BELLISLE. Mécanisme de commande de la prise alimentaire et restriction cognitive
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Mécanisme de commande de la prise alimentaire et restriction cognitive
France BELLISLE, (psychologue Hôtel-Dieu, Paris )
bellisle@imaginet.fr
La prise alimentaire est le versant comportemental de mécanismes biologiques qui assurent la régulation du bilan d'énergie, et par conséquent déterminent l'évolution du poids corporel. Elle représente un ensemble de comportements complexes qui répondent à la fois à des stimuli internes à l'organisme et à des stimuli de l'environnement. Dans des conditions optimales, la consommation alimentaire s'ajuste aux besoins de l'organisme, le bilan énergétique est nul, et le poids corporel est stable. Des études menées chez des modèles animaux ou chez des volontaires ont montré que de multiples mécanismes déterminent le nombre et la taille des repas quotidiens, et donc les apports totaux. Plusieurs concepts sont très importants pour comprendre comment l'organisme peut réussir à adapter ses ingesta à ses besoins d'énergie. La faim est un état associé à des signaux physiques qui indiquent le manque présent ou anticipé d'énergie. On y répond par la consommation d'aliments. Au cours du repas, la stimulation sensorielle produite par les aliments est progressivement contrée par des signaux émanant du tractus digestif qui finissent par annuler l'envie de manger. L'arrêt de la consommation sous l'effet de ces signaux est ce que l'on appelle le rassasiement. Après le repas commence une période de satiété au cours de laquelle la prise alimentaire est inhibée. Dans des situations de laboratoire très contrôlées, lorsque l'aliment est monotone et continuellement disponible, les animaux nous apprennent que le moyen le plus efficace pour ajuster précisément sa consommation à ses besoins est de faire varier la durée de l'intervalle sans consommation qui suit le repas à la taille de celui-ci. Un grand repas sera suivi d'un long intervalle avant la reprise de la consommation et un petit repas d'un court intervalle. Lorsque l'animal reçoit une série de repas quotidiens à heures fixes, il apprend après quelques jours à adapter sa consommation à la durée de l'intervalle qui suit le repas. En d'autres termes, l'animal apprend à faire de grands repas en anticipation de périodes longues au cours desquelles il sera impossible de manger, et à faire de plus petits repas avant un intervalle au cours duquel l'aliment sera brièvement indisponible. Il est donc possible d'apprendre à manger plus ou moins au repas afin d'éviter d'avoir faim pendant la période qui suit le repas et au cours de laquelle on ne pourra pas manger. Ce mécanisme est moins précis que celui qui consiste à ajuster la durée de l'intervalle qui suit le repas à la taille de ce repas, mais il permet tout de même un certain ajustement des ingesta. Ces mécanismes de régulation deviennent beaucoup moins efficaces lorsque, à la place d'un seul aliment monotone, le consommateur a accès à plusieurs aliments au goût agréable. En effet, la stimulation alimentaire variée favorise la consommation indépendamment des besoins présents ou anticipés au moment du repas. En outre, la disponibilité constante d'aliments agréables dans l'environnement est susceptible de stimuler la consommation en dehors des horaires habituels des repas. Des animaux de laboratoire mis dans des conditions de disponibilité et de variété alimentaires qui ressemblent à celles des sociétés humaines n'arrivent souvent plus à ajuster leurs ingesta à leurs besoins énergétiques et deviennent obèses. Les animaux de laboratoire, naturellement, ne se mettent pas au régime lorsqu'ils grossissent et n'exercent donc pas de restriction cognitive.
A la différence de ces animaux, les consommateurs humains redoutent l'obésité et sont parfois tentés de limiter délibérément leur consommation alimentaire afin de contrôler l'évolution de leur poids corporel. L'exercice d'une restriction alimentaire délibérée est susceptible d'avoir un impact sur les mécanismes qui assurent la régulation du bilan d'énergie. Différents tests ont été validés pour mesurer l'intensité de la restriction et, plus récemment, son caractère rigide ou flexible. De nombreuses études ont montré que les personnes qui exercent une forte restriction chronique de leur prise alimentaire ont une capacité diminuée à ajuster leur consommation dans différentes situations et que des périodes de restriction stricte peuvent alterner avec des phases de perte de contrôle favorisant une hyperphagie importante. Des données récentes ont aussi montré qu'une restriction exercée de manière souple favorise l'amaigrissement chez des obèses au régime. Dans une population de 2500 adultes représentant une échelle très large de l'Index de Masse Corporelle, nous venons de mettre en évidence une restriction alimentaire particulièrement forte chez des adultes de poids normal ayant été obèses au cours de l'enfance ou de l'adolescence, en comparaison de personnes devenues obèses à l'âge adulte. La restriction alimentaire chronique est donc un phénomène complexe qui peut avoir des effets néfastes ou bénéfiques. La distinction proposée récemment entre restriction rigide et restriction flexible mérite d'être étudiée de manière plus approfondie.
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Arnaud BASDEVANT. le nutritionniste face à la restriction cognitive
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Le Nutritionniste face à la restriction cognitive »
Pr. Arnaud Basdevant (professeur, nutritionniste, Paris)
arnaud.basdevant@htd.ap-hop-paris.fr
Elaboré il y a plus de 30 ans, le concept de restriction cognitive connaît actuellement une publicité inédite. Ce regain dactualité tient moins à une évolution des connaissances quà la tendance tenace du milieu de la nutrition à chercher des explications monovalentes aux désordres alimentaires. Sil représente depuis son élaboration une référence incontournable et fructueuse pour ceux qui cherchent à comprendre et traiter les troubles du comportement alimentaire, ce concept connaît des limites, des interprétations contestables et risque dêtre transformé en un de ses nombreux lieux communs qui ajoutent à la confusion du «mangeur moderne».
Il nest pas inutile de rappeler dans quel contexte la notion de restriction cognitive a été bâtie. Il sagissait de comprendre les déterminants des conduites alimentaires réactionnelles aux restrictions caloriques proposées pour contrôler le poids ou réduire lexcès de poids. Autrement dit, il sagissait de comprendre les déterminants des impulsions alimentaires secondaires aux régimes. Au risque dêtre schématique, on peut résumer les avancées physiopathologiques successives de la manière suivante. Dans un premier temps, une explication métabolique a été développée : la restriction calorique entraîne un déficit énergétique, une réduction des réserves énergétiques déclenchant une prise alimentaire homéostatique. Vient ensuite une explication psychobiologique centrée sur une sensibilité accrue aux stimuli sensoriels sous leffet de la restriction. Puis, fut documenté le rôle des facteurs psychologiques : la seule idée dune restriction déclenche une réactivité alimentaire. Différentes études documentent le rôle du stress, de la dépression, de lalcool comme facteur de désinhibition. La séquence inhibition désinhibition trouvait une triple explication métabolique, psychobiologique et psychologique. De linterdit alimentaire à la transgression, la filiation était élégamment décrite. Nul doute, que ce concept est un des fondement de la physiopathologie des désordres alimentaires générés par la pression sociale sur lidéal minceur et par les prescriptions diététiques. Nul doute que le cycle restriction désinhibition est une problématique clinique quotidienne.
Cette analyse physiopathologique est une aide essentielle pour débrouiller nombre de situations cliniques. Cest également une justification profonde pour éviter les restrictions alimentaires injustifiées et/ou excessives. Cest un argument fort pour ne pas centrer le message nutritionnel de santé publique sur la restriction.
Ces points étant acquis, reste à poursuivre une réflexion sur les dérives dans lutilisation de ce concept et les conséquences qui en découlent. La plus importante nous paraît être une généralisation intempestive. Ainsi, la restriction cognitive à tendance à devenir lexplication univoque de toute impulsivité alimentaire, en particulier chez les sujets obèses. Toute compulsion alimentaire serait la conséquence dune restriction objective ou non. Ceci nest pas confirmé par les études cliniques et épidémiologiques en particulier létude SOS, celle de France Bellisle et de notre groupe. Limpulsivité alimentaire est manifestement une entité complexe dont la physiopathologie ne se limite pas à la restriction, singulièrement chez les sujets obèses.
Autre dérive, toute restriction serait génératrice de désinhibition. Caricaturalement, les « régimes font grossir » et la déduction logique : il ne faut plus prescrire de régime. Cette version moderne du « il est interdit dinterdire » nest pas vérifié par les études sur le sujet, en particulier celle de Westenhoeffer. En réalité, il existe des « successfull dieters ». Ici encore, les situations cliniques sont dune certaine hétérogénéité et complexité. Dans la suite de largument précédent, nous devons nous interroger sur lutilisation abusive du concept dans sa tendance à vouloir supprimer la « règle ». Retrouverles bienfaits de la Loi est souvent salvateur.
Pour conclure, sur des considérations de clinique quotidienne, il apparaît que la restriction cognitive est :
- un concept physiopathologique majeur des désordres alimentaires, permettant de repérer la séquence inhibition désinhibition de la prévenir ou de la traiter ;
- un concept qui connaît ses limites dans la compréhension de limpulsivité alimentaire ;
- un concept à manier avec précaution en termes de recommandations nutritionnelles collectives.
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Anne-Marie DALIX. La restiction cognitive: description clinique
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La restriction cognitive : description clinique
Anne Marie DALIX (chercheur, Paris) marie.dalix@htd.ap-hop-paris.fr
JeanPhilippeZERMATI (nutritionniste) jpzermati@aol.com
Gérard APFELDORFER (psychiatre) apfie@wanadoo.fr
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Une grande préoccupation de notre population, qui vit dans une surabondance alimentaire, est d'être le plus mince possible. La course à la minceur est basée sur les postulats suivants : toute personne peut paraître belle si elle se donne suffisamment de peine, si elle fait suffisamment d'exercices, si elle restreint suffisamment son alimentation.
Pour sassurer la minceur, la beauté, la santé il faut souvent manger moins que son appétit. Ceci est obtenu par un comportement de restriction cognitive qui consiste à contrôler son alimentation par des critères externes (régimes planifiés et mesurés) au lieu de la laisser se réguler en fonction des facteurs internes (faim, satiété, goûts et préférences alimentaires) exprimant les besoins de lorganisme.
La restriction cognitive se manifeste sous deux états principaux : un état d'inhibition sans perte de contrôle alimentaire ("tout va bien") et un état de désinhibition avec perte de contrôle ("tout va mal").
Les pertes de contrôle se présentent sous la forme d'accès hyperphagiques, de crises de boulimie, de compulsions ou de grignotages. Elles sont le plus souvent indépendantes des sensations de faim et de rassasiement et portent sur les aliments que le sujet sinterdit habituellement de consommer.
L'état mental "incontrôlé" est suivi en général de la phase "hypercontrôlée". Lors de cet état d'inhibition sans perte de contrôle, l'individu, dans un premier temps, décide de ne pas tenir compte de ses sensations et de ses préférences alimentaires pour suivre les règles externes imposées par un régime amaigrissant. Cest le stade conscients des cognitions.
Dans un second temps, le fait de sastreindre à suivre de nouvelles règles induit lapparition de pensées inconscientes et démotions négatives qui altéreront la perception des sensations alimentaires qui deviennent confuses. Cest le stade inconscient des émotions.
Le mangeur ne parvient plus très bien à distinguer ses envies de ses besoins physiologiques. Il commence à confondre sa faim avec dautres sensations physiques comme la fatigue ou le sommeil ou avec des émotions comme la frustration, la colère, la tristesse, lanxiété. Puis enfin, les sensations disparaissent totalement et le mangeur devient incapable de savoir sil a faim ou suffisamment mangé. À ce stade, il ne peut que sen remettre à des mentalisations, ses cognitions, sa balance, à une certaine idée quil se fait de lassez mangé. Il ne sait plus sil pense ou sil ressent. Il finit par penser au lieu de ressentir. Les mécanismes sensoriels du rassasiement sont devenus inopérants et il ne reste plus au mangeur pour sarrêter que les sensations de distension de son estomac. Le mangeur finit par organiser son comportement alimentaire autour de la peur du manque, de la frustration et culpabilité et de la recherche du plaisir réconfortant qu'il ne retrouve plus.
Sur le plan pondéral, nous trouverons à une extrémité de la restriction cognitive, les sujets en perte de contrôle permanent, toujours dans lhyperphagie et présentant donc un surpoids ou une obésité, et à lautre extrémité, les sujets dans le contrôle permanent et la privation tels quon les rencontre dans lanorexie. Le plus souvent, les sujets alternent les deux états, témoignant de la variation de leur contrôle par la variation de leur poids qui se caractérise par ce que lon appelle leffet Yo-Yo.
JP Zermati : "Au final, le mangeur gagnera sans doute bien des batailles, mais, en fin de compte, il ne gagnera jamais sa guerre. Il ny a jamais de vainqueur quand on se bat contre soi-même".
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Jean-Philippe ZERMATI. Prise en charge de la restriction cognitive par l'approche biopsychosenssorielle
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Prise en charge de la restriction cognitive par lapproche biopsychosensorielle.
Jean-Philippe ZERMATI (nutritionniste, Paris)
jpzermati@aol.com
Avant de décrire la prise en charge de la restriction cognitive, il nest pas inutile de revenir sur quelques aspects essentiels de ce concept.
De quoi sagit-il?
La restriction cognitive se présente comme une modification de la relation que lindividu entretien avec sa nourriture. Cette relation pourrait se résumer par la formule suivante : « Mes aliments doivent me servir à rester mince et en bonne santé. »
Cette instrumentalisation de la nourriture au service de la minceur conduit le mangeur moderne à adhérer à certaines règles alimentaires sensées lui permettre datteindre son objectif. Ainsi il est généralement admis comme une évidence que la nourriture peut être divisée en aliments « grossissants » et aliments « non grossissants », ou encore quil est nuisible de sauter des repas ou de manger entre les repas. Le siècle passé, nous en avons tous une conscience aiguë, a été le théâtre de grands bouleversements nutritionnels, portant autant sur la qualité que la quantité de notre nourriture. Mais nous percevons difficilement à quel point nos aliments ont moins changé que la relation que nous entretenons avec eux. Sans doute suffisait-il autrefois quils soient abondants et nourrissants, ils se doivent aujourdhui de nous apporter minceur, santé, longévité et nous inspirent souvent crainte et méfiance. Pour beaucoup manger est devenu une complication. Nous réalisons mal à quel point ce que nous pensons de la nourriture est aussi déterminant, sinon plus, que ce que nous mangeons réellement.
Pourquoi la traiter ?
La restriction cognitive se présente également comme un facteur de dérégulation empêchant le mangeur de se nourrir en fonction des sensations alimentaires qui traduisent les besoins de son organisme et lui permettraient ainsi de se maintenir à son set-point. Le mangeur nest plus régulé et mange « en dehors » de sa faim.
Dans la phase consciente du contrôle, les règles auxquelles le sujet sastreint sont souvent en décalage avec sa faim : « ne pas sauter de repas » peut conduire à manger sans faim, « ne pas manger entre les repas » peut empêcher de manger à sa faim. Dans la phase inconsciente, les émotions prennent le pas sur les sensations alimentaires et viennent en brouiller la perception. Menant, dans la plupart des cas, à des surconsommations alimentaires échappant à la conscience : la peur davoir faim conduit à surconsommer pour chasser le danger dun « craquage », la frustration conduit à manger en excès, la culpabilité à se restreindre en excès, la peur de manquer à anticiper la pénurie à venir.
Au bout du compte, la dérégulation peut aussi bien entraîner la personne à manger au-delà ou en deçà de sa faim et, par conséquent, à se situer au-dessus ou au-dessous de son set-point. Il devient alors nécessaire de remplacer la régulation par un contrôle volontaire nécessitant une coûteuse énergie mentale dont chaque défaillance se traduira par une perte de contrôle associée aux conséquences psychologiques que lon connaît.
Si le traitement de la restriction cognitive semble indispensable, il faut également en établir les limites. Dune part, il existe bien dautres raisons de manger « en dehors » de sa faim et le fait de traiter la restriction cognitive ne dispense évidemment pas de les prendre en considération. Dautre part, le traitement de la restriction cognitive ne conduit quà retrouver son set-point et pas nécessairement un poids idéal pour la santé ou pour limage de soi.
Comment traiter la restriction cognitive ?
La prise de poids est due à un excès de calories, quelle quen soit la nature, par rapport aux besoins de lorganisme. Lindividu est informé de ses besoins par ses sensations alimentaires. Tout aliment peut donc entraîner une prise de poids quand il est consommé sans faim (en trop). Corollairement, un aliment, quel quil soit, consommé avec faim (assez), ne peut entraîner une prise de poids.
De ce fait, le traitement de la restriction cognitive suppose donc un travail non pas sur les aliments eux-mêmes mais sur la relation du mangeur avec ses aliments, dans le but de se réconcilier avec ceux-ci et de restaurer une relation sereine avec la nourriture. Ce travail se décompose en trois étapes :
Prise de conscience des sensations alimentaires
Il sagit, à ce stade, didentifier les sensations de faim, de rassasiement et de satiété que lon perçoit et de tenter den tenir compte sans considération pour les règles imposant le rythme et le nombre des repas. On demande au mangeur de se comporter comme un nourrisson que lon nourrit à la demande et daccorder une plus grande priorité à son horloge interne quaux convenances sociales. Le but est de parvenir à manger sans crainte de se trouver confronter à sa faim.
Certains mangeurs ne perçoivent aucune sensation alimentaire ou seulement une partie. Et il est généralement difficile pour la plupart de distinguer la faim de lenvie ou lassez mangé du trop mangé. Dautres parviennent à identifier leurs sensations mais déclarent ne pas être en mesure den tenir compte.
Réintroduction des aliments interdits.
Il ne sagit pas, à ce stade, de sautoriser à manger des aliments interdits mais de faire disparaître lidée quil existe des aliments interdits. Il convient donc dentreprendre un travail sur les aliments dont la consommation est associée à la peur de grossir et au sentiment de privation. Ce qui consiste donc à apprendre à manger sans frustration ni culpabilité des aliments « interdits » et à cesser de penser quils pourront venir à manquer.
Les exercices progressifs de réintroduction des aliments jugés « grossissants » à la place daliments jugés « non grossissants » rendent la personne capable den manger à sa faim tout en devenant capable dabandonner la part excédentaire.
Le but de ces exercices est de constater par lexpérimentation personnelle que lon ne grossit pas en mangeant à sa faim des aliments « interdits » et quil est même possible de maigrir. Que lon est parfaitement capable de sarrêter quand on est rassasié. Et enfin, que lon nest pas tenté de ne consommer que ce type daliments. Les autres aliments nous deviennent tout aussi indispensables.
Travail sur le goût et les émotions produites par les aliments.
Le travail sur le goût permet de corriger le trouble du réconfort. Il sappuie sur des exercices déveil sensoriel inspirés des travaux de Jacques Puisais sur le goût. La restriction cognitive affecte les aliments dun nouveau contenu émotionnel négatif, le mangeur restreint ne parvenant plus à penser du bien de ses aliments. La conséquence est quil pallie cette carence en augmentant sa quantité de nourriture. Sa maladie nest pas de chercher à se réconforter en mangeant. Elle est de ne plus y parvenir.
Tous les aliments sont associés à des émotions qui nous nourrissent et nous rassasient ou, au contraire, nous laissent sur notre faim. Nous ne sommes donc pas de simples machines thermodynamiques qui se nourrissent de calories, mais des machines pensantes et émotionnelles qui se nourrissent daliments qui ont du sens. Pour que laliment soit rassasiant il lui faut produire des émotions positives qui viendront nourrir notre Être de Désir et non seulement notre Être de Besoin.
Conclusion
Le traitement de la restriction cognitive est plus complexe que la simple mise en uvre de recommandations diététiques mais il est généralement vécu par les patients comme une délivrance. Sa seule prétention est de permettre à la personne de retrouver son set-point, sachant que ce dernier est bien souvent plus élevé que ne le souhaiterait le patient ou même son médecin. Bien souvent donc, il doit se prolonger par un travail dacceptation de soi et le deuil dun poids socialement ou médicalement idéal. Ce traitement est loin de constituer la totalité de la prise en charge des personnes en difficultés avec leur poids ou leur comportement alimentaire. Notamment, il laisse de côté le problème posé par ceux qui répondent trop systématiquement à leurs émotions par une prise de nourriture. Ou encore la pénible relation que lindividu entretient avec son corps et qui la poussé à vouloir le transformer en adoptant des comportements de restriction.
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Gérard APFELDORFER. Place du traitement de la restriction cognitive dans la prise en charge des personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire.
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Place du traitement de la restriction cognitive dans la prise en charge des personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire.
Dr Gérard Apfeldorfer (Psychiatre, Paris)
apfie@wanadoo.fr
Dans un environnement riche en aliments variés et appétents, sans risque de pénurie, un comportement alimentaire normal consiste à manger quand on a une faim modérée et cesser de manger lors de sensations de rassasiement modérées ; les aliments consommés sont choisis en fonction de leur signification socioculturelle et personnelle, et du plaisir sensoriel anticipé. Les comportements alimentaires excessifs, en plus et en moins, ne posent pas problème et sont régulés lors des prises alimentaires ultérieures par les mécanismes de corrélation post-prandiale et d'ajustement calorique. Des repas socialisés et ritualisés pris dans un cadre rassurant et agréable facilitent un comportement alimentaire régulé par les paramètres physiologiques.
Une telle alimentation conduit lindividu à avoir un poids stabilisé autour de son poids déquilibre.
Le cycle de la restriction cognitive
La pratique de régimes amaigrissants conduit à sécarter notablement de ce schéma : selon Polivy & Herman, un régime amaigrissant consiste à « remplacer un comportement alimentaire régulé par des critères internes, par des comportements alimentaires planifiés et déterminés selon des critères cognitifs, ou des comportements alimentaires modelés sur des régimes définis, ou encore une restriction alimentaire globale. »
Létat de restriction cognitive qui en résulte sapparente fréquemment en une alternance détats dhypercontrôle et de pertes de contrôle. Les efforts de maîtrise conduisent à une rigidification des conduites alimentaires, au développement de tabous alimentaires, à un déni de la privation, à une redéfinition de la liste des aliments comestibles, à un évitement des situations alimentaires, un appauvrissement de la vie sociale.
Peu à peu, lobsession du poids et des formes corporelles, de la nourriture, la lutte contre les désirs alimentaires, occupent l'espace mental. L'appauvrissement du monde intérieur est compensé par un surinvestissement du monde extérieur et une dépendance accrue par rapport à celui-ci, que jai nommée hyperempathie. Tout cela favorise la mise en place du « cycle des réponses alimentaires émotionnelles ».
Labsence découte des sensations internes favorise la césure entre la personne et son corps, vu comme un objet à discipliner et favorise la mise en place du « cycle du corps mal aimé ».
Le cycle des réponses alimentaires émotionnelles
Mais lhistoire peut débuter autrement : certaines personnes, dites en carence narcissique, choisissent de répondre aux situations de stress par des comportements alimentaires compulsifs. Les problèmes affectifs et relationnels induisent chez elles des émotions quelles ne sont pas à même de gérer et lacte alimentaire sert de « pare-excitation ».
Le soulagement est en fait temporaire et correspond au remplacement d'un problème émotionnel non maîtrisable par un problème alimentaire, toujours non maîtrisable, mais familier : les angoisses liées aux difficultés relationnelles et émotionnelles sont remplacées par des angoisses concernant le poids et les formes corporelles.
Les compulsions alimentaires qui résultent de cette stratégie de gestion du stress conduisent à des efforts de maîtrise aboutissant à lentrée dans le cycle de restriction cognitive.
Le cycle du corps mal aimé
Lorsque son corps paraît haïssable, quon en fait le bouc émissaire de tout ce qui ne va pas dans sa vie, on lui fait le coup du mépris. Mais loubli du corps, ou plutôt le déni de son existence, aboutissent à un sentiment de vide existentiel. Les actes, les émotions, les sensations, déconnectés les uns des autres, perdent toute cohérence.
Les causes de désamour avec son corps sont multiples : il peut sagir du rejet dun corps socialement dévalorisé à une époque à normativité exacerbée, dun corps dévalorisé hérité de parents souvent rejetant eux-mêmes leur aspect corporel, ou encore datteintes à l'intégrité corporelle dans l'enfance ou ladolescence.
Maigrir s'apparente à une tentative de réparation du corps et de la personne. Mais l'amaigrissement exacerbe les sensations corporelles, resexualise le corps et ravive les difficultés relationnelles et affectives. Le corps aminci permet de nouvelles expériences relationnelles chez une personne nayant pas les capacités dy faire face. Ceci favorise lentrée dans le cycle des réponses alimentaires émotionnelles.
Les compulsions alimentaires intenses permettent de reconnecter un court instant désir, action, émotion, mais induisent lentrée dans le cycle de restriction cognitive.
Renoncer à maigrir et regrossir à son corps consentant procurent un soulagement, même s'ils témoignent d'un échec.
Les éléments de la prise en charge
Lanalyse fonctionnelle préalable doit permettre dévaluer, pour un patient donné, à un moment donné, les tenants et les aboutissants de sa problématique. On abordera successivement ou parallèlement les différents cercles vicieux : cycle de la restriction cognitive, cycle des réponses alimentaires émotionnelles et cycle du corps mal aimé. L'ordre des priorités est à déterminer au cas par cas.
Le travail sur la restriction cognitive
1) Tenir un carnet alimentaire, sur lequel on note consommations alimentaires, quantités, horaires, ainsi quune évaluation quantitative des sensations de faim avant de manger, de rassasiement en fin de prise alimentaire.
2) Apprendre au moyen dexercices progressifs à manger quand on a modérément faim, ne pas manger quand on na pas faim, sarrêter de manger quand on est modérément rassasié et abandonner les quantités excédentaires.
3) Réintroduire les aliments-problèmes (ceux diabolisés et évités, ceux induisant des pertes de contrôle lorsquils sont consommés) dans des quantités adaptées à lappétit du moment.
Le travail sur le cycle de réponses alimentaires émotionnelles
1) Tenir un carnet alimentaire, sur lequel on note consommations alimentaires, quantités, horaires. On demande au patient de différencier la faim et les envies de manger liées à des événements émotionnels.
2) Faire des pauses tout au long de la journée, qui permettront didentifier les événements, les émotions, les discours intérieurs en relation avec les compulsions alimentaires, les moments de vide interne, dennui, ainsi que les autres comportements de réponse (recherche de stimulations sensorielles diverses, comportements alimentaires compulsifs, toxicomanies, achats compulsifs, kleptomanie, hyperactivité).
3) Un travail de thérapie cognitive devra encourager la prise de conscience et la critique du discours intérieur, en vue de diminuer lalexithymie et lhyperempathie.
4) Un entraînement aux habiletés sociales permettra de développer des comportements sociaux satisfaisants (relations de travail familiales, sentimentales).
Le travail sur le cycle du corps mal aimé
1) Un travail de thérapie cognitive permettra daborder les croyances irrationnelles éventuelles sur le corps parfait, lapparence parfaite, la santé parfaite, de décoder les messages socioculturels faisant la promotion de la perfection corporelle.
2) Un entraînement aux habiletés sociales visera à diminuer lévitement phobique des situations sociales, lacceptation du regard des autres, des comportements de séduction et comportements empathiques plus satisfaisants.
3) Laccent sera mis sur la reprse de contact et la réconciliation avec son corps au travers dactivités physiques agréables et épanouissantes.
Conclusion
La plupart des obésités sont des maladies complexes, chroniques, à prendre en charge sur la durée. Il nexiste pas à ce jour de traitement amaigrissant durable et non iatrogène. Dans ces conditions, lobjectif consiste en premier lieu à ne pas aggraver les problèmes de ses patients, et donc à ne pas favoriser les divers cercles vicieux intriqués vus plus haut.
Il sagit au contraire de minorer la restriction cognitive, les problèmes émotionnels et relationnels, de favoriser la réconciliation avec son corps. Ce travail comportemental et psychothérapeutique vise, du point de vue pondéral, à la stabilisation du poids au niveau du poids déquilibre (set-point) de la personne, à lacceptation de ce poids déquilibre.
SYMPOSIUM 3 : CROYANCES ET IDEES FAUSSES
Président : Jean Philippe ZERMATI
- Peut-on maigrir en augmentant son activcité physique? Yves SCHUTZ (physiologiste, Lausanne).
- Organisation et rythme des repas des Français. Jean Pierre POULAIN (sociologue, Toulouse)
- Poids et fractionnement des repas. Marc FANTINO (physiologiste, Dijon)
- Conclusions cliniques
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Yves SCHUTZ. Peut-on maigrir en augmentant son activité physique ?
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Peut-on maigrir en augmentant son activité physique ?
Yves SCHUTZ (physiologiste, Lausanne)
Yves.Schutz@iphysiol.unil.ch
La progression rapide de lobésité ces 10 dernières années nous a conduit à développer de nouvelles stratégies non diététiques et non pharmacologiques de prévention du gain de poids. La promotion de lactivité physique chez des individus sédentaires apparaît comme une mesure comportementale de choix car, à un niveau raisonnable et lors dune durée prolongée, lactivité physique engendre une multitude deffets physiologiques positifs conduisant à lamélioration de létat de santé général de lindividu.
En effet, lactivité physique diminue les facteurs de risques métaboliques -notamment le risque de diabète- et cardiovasculaires, limite la fonte musculaire lors dune perte pondérale, augmente loxydation des lipides (la lipolyse endogène), maintient et améliore les fonctions physiques et cardiovasculaires ; améliore aussi létat psychologique, le bien-être et la qualité de vie, et permet de mieux prendre conscience de son corps.
Il est évident que le type, la durée, lintensité et la fréquence de lactivité physique, ainsi que le caractère assidu de sa pratique, jouent un rôle déterminant car ces facteurs influencent le déficit énergétique et la nature des tissus de réserves mobilisés.
Lobjectif dune stimulation de lactivité physique chez des individus sédentaires nest pas stricto sensu dengendrer une perte de poids (amaigrissement), mais plutôt un amincissement, cest-à-dire une diminution du volume corporel à travers une modification de la composition corporelle. Afin de quantifier lamincissement observé lors dune élévation de lactivité physique, nous avons suggéré un nouvel index « lindice de volume corporel », analogue à « lindice de masse corporelle », mais qui utilise comme facteur le volume total du corps plutôt que le poids. Le volume corporel total est mesuré en moins dune minute, par un système de pléthysmographie à air, dune manière totalement non invasive et sans irradiation du patient.
Mais quelle influence lactivité physique a-t-elle réellement sur lamaigrissement et lamincissement si on se réclame du principe de « la médecine fondée sur les preuves » ? Il paraît nécessaire de distinguer 3 situations :
1) augmentation de lactivité physique sans modification volontaire de lapport alimentaire (alimentation « ad libitum »);
2) augmentation de lactivité physique avec un contrôle strict de la prise alimentaire (maintient des apports) ;
et 3) augmentation de lactivité physique combinée à une diminution volontaire des apports caloriques.
La plupart des études scientifiques qui ont étudié cette question ont utilisé comme schéma expérimental, la deuxième et la troisième situation. Notons cependant que récemment les travaux de Blundel et Stubbs (1998-2001) ont évalué la variation de prise alimentaire spontanée consécutive à une élévation aiguë de lactivité physique (+1200 kcal/j), chez des sujets masculins et féminins. Les auteurs nont observé aucune compensation des apports chez les hommes et une compensation de lordre de 25 à 30 % chez les femmes.
Si lon fait une revue des études scientifiques prospectives dinterventions, publiées de 1990 à 2000 (n=16), on observe que 3/4 des études démontrent un effet statistiquement significatif sur la perte pondérale entre un groupe dont lactivité physique a été stimulée par rapport à un groupe témoin. Néanmoins on peut se demander si les conclusions de ces études expérimentales contrôlées peuvent sappliquer directement à la vie courante : en effet ces études proposent souvent un programme contraignant, régi par une discipline » pseudo militaire », qui na que peu de relation avec une réalité quotidienne. Par ailleurs, la rétribution des volontaires a un effet certain sur la motivation et la compliance à lactivité physique, cette dernière étant renforcée par des investigateurs très empathiques. Le suivi très serré, voire quasi journalier, diminue le degré de liberté du sujet et probablement permet une meilleure compliance que celle rencontrée par les patients dans la vie courante.
A Lausanne, nous utilisons différentes méthodes de mesures objectives (capteurs miniaturisés) pour lauto-observation et lauto-évaluation de lactivité physique par les patients : 1) podomètres (mesurant le nombre de pas effectués) ; ou 2) accéléromètres (fournissant le profil de lactivité physique sur 24 heures); ou 3) un système combinant accéléromètre/GPS/fréquence cardiaque. Il sagit de systèmes basés sur le principe de « feedback » qui, à notre avis, est susceptible de motiver le sujet car il permet de faire un bilan continuel de sa propre activité physique et ainsi de la moduler. La compliance sen trouve donc améliorée.
Par ailleurs, le système le plus sophistiqué, reposant sur le monitorage par satellite GPS permet dobtenir la vitesse instantanée de déplacement des individus, la distance effectivement parcourue par jour, la durée du déplacement et le positionnement lors dune marche à lextérieur (optimalisation dun parcours en ville). Le sujet peut moduler à sa guise son activité physique hebdomadaire dune manière individuelle et des ajustements sont possibles lorsque certaines périodes dinactivité apparaissent comme inévitables (télévision ou ordinateur !).
En conclusion, lactivité physique ne fait pas nécessairement maigrir, mais elle contribue à mincir. Limportance de lactivité physique repose avant tout sur la prévention du gain de poids au cours des années (ou du regain de poids après amaigrissement), plutôt que sur la perte de poids elle-même.
La prescription de lactivité physique demeure complexe pour le médecin et ses modalités restent à définir afin doptimaliser sa pratique assidue (compliance) à long terme dans la vie courante.
SAMEDI 16 NOVEMBRE 2002
SYMPOSIUM 4 : LA SIGNIFICATION DU CORPS GROS
Président : Francine DURET-GOSSART (nutritionniste, Paris)
- Le corps à travers le temps et les cultures. Francine DURET-GOSSART (nutritionniste, Paris).
- Corps sans limite ? Jean-Pierre LEBRUN (psychanalyste, Belgique).
- LEn-Bon-Point, les images du corps féminin entre rondeur et minceur. Bruno REMAURY (anthropologue, Paris).
- Les liens précoces entre les sensations corporelles et les images de soi. Suzanne ROBERT-OUVRAY (psychomotricienne, Paris).
- Echecs de la symbolisation , le corps en danger. André YHUELLOU (psychanalyste, Paris).
- Discussion de synthèse et cas cliniques. Pierre DALARUN (psychomotricien, Paris)
Compte-rendu du symposium 4:
La recherche dune signification à lanormale grosseur de son corps est une préoccupation souvent présente pour la personne obèse. «Pourquoi suis-je gros? Pourquoi ai-je grossi? De qui je tiens ça? Quelle faute ai-je commise?» La recherche de sens à une situation corporelle hors norme est donc une question à laquelle, nous thérapeutes, nous devons chercher une réponse. Cette réponse concerne aussi bien le généticien que le psychanalyste, voire le sociologue, lanthropologue, le philosophe ou lhistorien.
Dans lintervention qui inaugurait la matinée, Francine Duret-Gossart nous a rappelé que le corps a une Histoire, une histoire et des histoires. Après avoir retracé lévolution de lesthétique corporelle à travers les âges, FDG pose la question du sens du symptôme, question souvent éludée par un court-circuit des affects pouvant se transformer en court-circuit digestif (opération de gastroplastie ou de by-pass). Si tant est que le symptôme a une valeur adaptative pour le sujet, il est donc dangereux de vouloir réduire ce corps gros pour souscrire à une normalité esthétique ou médicale, en négligeant lhistoricité du poids. La parole, vecteur de cette compréhension signifiante, est donc prise au piège dans le corps.
Phénomène culturel historique, vécu individuellement, lobésité, «première épidémie non-infectieuse, est à la frontière du singulier et du collectif», souligne quant à lui Jean-Pierre Lebrun. Lhomme, animal disposant de la parole (donc du symbolique), serait trop occupé à manger et plus largement à consommer pour pouvoir user dune parole chargée de sens et de désir
parce quon ne parle pas la bouche pleine.
J.-P. Lebrun, qui navait pas la bouche pleine et plutôt le verbe aisé, situe lobésité comme lun des aspects dune société sans lois, où le corps lui-même ne trouverait plus ses limites. Modification du lien social, individualisme, globalisation, inflation, excès de savoir, démocratie mal intégrée, libéralisme économique débridé, telles sont quelques-unes des caractéristiques de cette société en pleine mutation, où lindividu semble vouloir se dédouaner de la pesanteur comme de toute autorité.
Et J.-P. Lebrun de nous rappeler que si maman peut se dire la bouche pleine, ce nest pas le cas pour papa.
Du corps sans limites, Bruno Remaury nous a fait passer au corps trop plein de substance, engorgé par le gras et les humeurs. Centrant son exposé sur le corps de la femme, il le décrit comme mou et poreux, selon notamment limaginaire de la pensée médicale, donc des hommes. La mollesse renvoie au gras de surface (la cellulite) et au gras des profondeurs (le cholestérol), et sassocie à lobsession de lengorgement des corps.
Quy-a-t-il donc de contenu dans le gras qui soit à ce point détesté? Le gras fait-il taire le corps et lui confère-t-il une porosité à sens unique, de lextérieur vers lintérieur? Une porosité qui renforcerait la lipophobie jusquà craindre de soindre avec une crème de beauté qui contient du gras, et viendrait directement nourrir le corps par une «peau-estomac». Cest par ce fantasme que les crèmes amincissantes pourraient pénétrer la peau et détruire la cellulite grâce à une enzyme gloutonne. En prolongeant la pensée de Bruno Remaury, le muscle représenterait-il alors la cuirasse tellement rêvée, protégeant à la fois de la mollesse et de la porosité?
Mais comme la peau, le muscle et son tonus représentent un système de communication et déchanges entre lintérieur et lextérieur de lêtre. Suzanne Robert-Ouvray nous la rappelé en nous parlant de limportance du dialogue tonique et des relations précoces mère-enfant dans la construction des images de soi. Lexcès de poids serait-il voué, dans certains cas, à combler sans fin un vide identitaire qui soriginerait dans les six premiers mois de la vie? La communication pré-langagière, essentiellement émotionnelle, serait perturbée, distordue, carencée, désynchronisée. Car cest à partir du tonus musculaire et de ses variations (tension-détente) que les sensations, les affects et les représentations mentales vont pouvoir sélaborer et sorganiser.
Le recours au travail corporel et émotionnel serait donc tout indiqué pour mettre le corps en mots, et sortir le patient dun clivage corps-psyché dans lequel une psychothérapie verbale pourrait lenfermer. Dans ce cadre thérapeutique, le thérapeute nest pas neutre et bienveillant car il doit être en interaction corporelle et émotionnelle avec son patient.
Le corps gros serait-il alors le symptôme des échecs de la symbolisation? Cette hypothèse, formulée lors du dernier exposé de la matinée par André Yhuellou, était perceptible à des degrés divers chez tous les intervenants Les métaphores, métonymies et autres synecdoques nintéresseraient plus le corps. Le symbole («ce qui unit, qui donne consistance») serait vaincu par le diabole («ce qui sépare, morcelle ou ronge»).
Mais est-ce dune opposition corps/ esprit dont souffre le sujet ou bien plutôt dune rupture entre le conscient et linconscient, entre le Moi et le Ça? Symboliser le corps, cest dune certaine façon lextraire de sa réalité pour pouvoir le vivre autrement, et peut-être pouvoir enfin loublier sans le faire taire pour autant. Mais le corps gros peut-il se faire oublier au regard des autres et de lAutre ?
Les réflexions soulevées durant cette matinée, autour de la question de la signification du corps gros nous conduisent à penser que le corps gros na pas de sens ou bien manque de sens, dans tous les sens du terme. Manque de symbolisation, confusions sensorielles, défaut de communication prélangagière, non-accès aux sentiments et aux émotions, absence dautorité et didéal: voilà quelques-unes des pistes que ce symposium a ouvertes. Donner ou redonner la parole à son corps, cest donc peut-être faire taire le poids et soffrir une chance de vivre.
En filigrane, se pose la question des modalités thérapeutiques à proposer. Quel peut être lapport de la psychanalyse, quel intérêt doit-on porter aux thérapies corporelles et émotionnelles?
À ce sujet je citerai un court extrait des savoureuses «Leçons sur Tchouang-tseu» de Jean-François Billeter qui a son avis sur la question et que je partage: «Sur ce thème de la retraite, du retour à soi, donc aux ressources du corps, je ne ferai quune remarque. La psychanalyse ne peut recommander le recours à ces forces-là parce que, somme toute, malgré laudace de Freud, elle reste prisonnière du dualisme de Descartes. Elle part de la conscience diurne et, pour en sonder les soubassements, lui suppose un double négatif, linconscient. Elle sest enfermée demblée dans ce paradigme spéculaire du conscient et de linconscient, et nen est plus sortie. Elle est congénitalement incapable de rendre compte des relations de la conscience et des ressources du corps, et donc daider ses patients à y avoir recours. Doù inversement, lactuelle prolifération de thérapies par le corps seulement. Tchouang-tseu naurait pas manqué dinventer quelques dialogues pour se moquer de ce monde de fous.»
Des modalités thérapeutiques sont donc sans doute à proposer pour établir une continuité entre le travail corporel et le travail verbal, et ainsi éviter les clivages dun monde de fous.
P. Dalarun
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Francine DURET-GOSSART. Images de corps à travers temps et cultures
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Images de corps à travers temps et cultures
Francine DURET-GOSSART( nutritionniste, Paris)
fdgossar@club-internet.fr
Il ne sagit pas de faire un exposé dhistorien ni de sociologue, mais d'introduire le sujet de ce matin : " le corps" de nos patients. Ces derniers consultent médecins, diététiciens, psychiatres ou psychanalystes voire chirurgiens avec une demande de réparation de leur corps. Le "trop de poids "est leur souffrance, que ce trop soit réel ou imaginaire.
Le corps de nos patients, qu'ils le sachent ou non porte leur histoire dans leur chaire . Le poids est parfois la seule trace ou cicatrice des avatars de la vie, le signe des deuils non faits ou celui des conflits non résolus.
Prendre en charge le corps, n'est pas seulement l'affaire des thérapeutes du corps, c'est aussi de l'ordre de la psychanalyse , même si celle-ci est affaire de parole. Le kinésithérapeute touche, le psychomotricien cherche à faire ressentir, pourtant c'est bien la parole qui touche au plus profond de l'être. Toucher et ressenti est aussi parole.
Il s'agira donc de confronter nos approches, mais avant, replaçons le corps et ses images dans une perspective plus socioculturelle.
Au cours des siècles, l'image des corps transmise, à travers écriture, peinture ou sculpture, est une image interprétée, remaniée, correspondant à des groupes socioculturels précis et restreints, il ne s'agit pas des corps réels.
Chaque société propose une image idéalisée des corps, certaines cultures ne représentent les corps que par des images symboliques. La représentation est toujours liée à la culture et au contexte socioéconomique.
Si culture et nature se sont toujours affrontées, les femmes (car le plus souvent dans le contexte actuel il s'agit de femmes) doivent elles se laisser enfermer ou se libérer du modèle qui leur est imposé ?
Il sera question dans l'exposé de l'évolution |