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Le PNNS 2 vient d’être présenté par le ministre Xavier Bertrand avant même que le PNNS 1 qui s’engageait à réduire le nombre de personnes obèses de 20% en 5 ans ait été soumis à une évaluation. Il s’inscrit dans le prolongement du PNNS 1 et renforce encore les efforts en matière de lutte contre l’obésité.
En termes de lutte contre l’obésité, le PNNS repose sur une analyse des causes de l’obésité avec laquelle le GROS se trouve en profond désaccord. Pour nous, la prise de poids résulte essentiellement d’une anomalie des capacités d’ajustement des apports alimentaires par rapport aux dépenses énergétiques de l’individu et non à des anomalies dans la composition de son alimentation.
Certaines mesures nous semblent toutefois aller dans le bon sens, notamment la lutte contre la stigmatisation des obèses et l’adaptation des structures médicales à des personnes de plus fortes corpulences.
Cependant par bien des aspects, les mesures préconisées nous déçoivent et nous inquiètent grandement. En particulier, le dépistage précoce du surpoids chez l’enfant et le renforcement des incitations à consommer certaines catégories d’aliments plutôt que d’autres.
En quoi ces mesures sont-elles dangereuses ?
Nous craignons fort que la mobilisation de tous les personnels au contact de l’enfant afin de dépister plus précocement le surpoids et l’obésité se transforme très rapidement en une traque du moindre bourrelet, chez le moindre enfant, par le moindre professionnel de santé, et qu’elle aboutisse à davantage de stigmatisation de l’obésité, au développement d’un climat de peur de l’obésité et de ses conséquences, à l’idée qu’il est nécessaire de surveiller et de contrôler son alimentation à tout instant et à tout âge.
Si l’objectif est de traiter plus tôt en âge et plus tôt dans l’évolution de la maladie, nous devons nous attendre à une augmentation très importante du nombre d’enfants mis au régime. Or, il nous faut rappeler les études qui attestent que les traitements diététiques, même lorsqu’il s’agit de régimes équilibrés, échouent sur le long terme dans 95% des cas et se soldent par une augmentation du poids, une aggravation des complications médicales liées au surpoids, l’apparition de troubles du comportement alimentaire et l’aggravation des difficultés psychologiques. Plus tôt les enfants sont mis au régime, même équilibré, plus le risque de développer des troubles du comportement alimentaire et un surpoids augmente à l’âge adulte.
Nous préconisons pour notre part une approche différente, qui considérerait la lutte contre toute discrimination et toute stigmatisation des enfants et des adultes en surcharge pondérale ou obèses comme un outil dans la lutte contre l’obésité elle-même, qui valoriserait l’éducation alimentaire plutôt que l’information nutritionnelle, les activités de tous ordres, qu’elles soient physiques, intellectuelles ou artistiques et non pas seulement la dépense physique.
La responsabilité que l’on fait porter aux aliments gras ou sucrés dans les causes de l’obésité aboutit inévitablement, et même si l’on s’en défend, à leur diabolisation. Nous devons rappeler que les preuves de cette responsabilité n’existent toujours pas et que leur réduction dans l’alimentation n’entraîne pas systématiquement une diminution du poids. Il arrive même qu’elle soit associée à des prises de poids comme on le voit dans certaines populations. Les Américains ont réduit leur consommation de lipides de 42 à 38 % en même temps qu’ils ont vu la prévalence de l’obésité presque doubler.
La diabolisation des aliments constitue un obstacle grave à la lutte contre l’obésité en désorganisant les processus de rassasiement qui supposent à la fois une disparition de la faim et l’apparition d’un sentiment de satisfaction. Or l’anxiété ou la culpabilité avec laquelle certains aliments sont de plus en plus souvent consommés empêche que cette satisfaction soit éprouvée et aboutit à prolonger l’acte alimentaire au-delà de la faim et donc des besoins énergétiques, conduisant ainsi à une augmentation du risque de surpoids.
Il nous semble donc urgent de modifier nos politiques de santé nutritionnelle comme d’autres pays sont en train de le comprendre. La République de Genève, qui vient de faire connaître son programme de lutte contre l’obésité a complètement renoncé à diffuser des messages stigmatisant certaines catégories d’aliments.
Les messages promus seront :
« Ecoutez votre faim pour ne pas manger sans fin » et « Maigrir fait grossir… ».
À quand, pour nous, de tels messages ?
Page créée le 15 décembre 1999.
Dernière Mise à Jour le 18 nov 2008